Alors que tous les pays, ou presque, vivent à l’heure du déconfinement – après plusieurs semaines d’immobilisme et d’assignation à résidence – chacun a bien conscience que l’exercice est périlleux. Le risque d’une deuxième vague épidémique est dans toutes les têtes. Si tel était le cas, celle-ci serait catastrophique. Elle mettrait le monde une nouvelle fois à l’arrêt. Outre les victimes qu’elle engendrerait, elle provoquerait un séisme éducatif, économique, social et politique dont nul ne peut prédire l’ampleur.

Cette crainte explique la prudence dont font preuve tous les gouvernants. Notamment en France. La date du 11 mai, fixée par le président de la République, se révèle très difficile à mettre en œuvre. Un projet de loi a fait grand bruit parmi les Français de l’étranger : celui prorogeant l’état d’urgence sanitaire et complétant ses dispositions, débattu cette semaine au Parlement.

Celui-ci prévoit – à l’image de ce que font un très grand nombre de pays, dont 19 en Europela mise en place d’une « quatorzaine » (à ne surtout pas confondre avec « mesure d’isolement ») pour toute personne arrivant en France depuis l’étrange. Cette mesure s’appliquera – en principe, car tout ceci est très évolutif et la loi ne fait qu’ouvrir la possibilité de le faire – en fonction d’une liste rendue publique des zones de circulation du virus, en excluant – d’après les déclaration de l’Elysée – les pays de l’Union européenne, l’espace Schengen et le Royaume-Uni, exception dont on a du mal à comprendre le sens du point de vue sanitaire, même si le Gouvernement assure que cela va dépendre de l’état d’avancement de l’épidémie dans les pays européens également.

Cette mesure a été dénoncée ces derniers jours comme une discrimination de plus à l’égard des Français de l’étranger, qui seraient encore une fois traités comme des « citoyens de seconde zone ». Certains parlementaires ont même déposé des amendements visant à exonérer les Français de l’étranger de « quatorzaine ». Tenir ce discours est à nos yeux non seulement purement opportuniste, il est également particulièrement dangereux. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’un Français, car il est Français, serait moins contagieux que les autres ? Il faudrait faire subir une quatorzaine aux étrangers, mais non à ceux qui ont la chance de posséder le passeport bordeaux ? Et que fait-on des conjoints de Français qui n’ont pas la nationalité et veulent venir en France également ? Il ne s’agit pas d’une disposition qui vise uniquement les Français de l’étranger, mais une mesure de santé publique qui concerne l’ensemble des individus.

Remplacer le confinement par le fait de se faire tester n’est pas non plus une solution satisfaisante. En effet, une personne peut être testée négatif à un moment t, tout en commençant à développer le virus, d’où la « quatorzaine » qui correspond à la période d’incubation. Vous avez également les personnes asymptomatiques, les porteurs sains et les faux positifs. Doit-on ignorer que dès lors qu’une personne se déplace – d’autant plus si elle réalise un long voyage – elle peut être contaminée à tout moment ?

Les Français de l’étranger veulent, de façon tout à fait compréhensible, rentrer en France cet été pour être près de leurs proches, comme si la vie pouvait reprendre normalement. Or ce n’est pas le cas. Lundi prochain, une porte va s’entrouvrir, guère plus. La vie ordinaire ne reprendra pas ses droits. Les citoyens de ce pays ne pourront pas faire plus de 100km sans justifier d’un motif impérieux. Les vacances, pour ceux qui auront la chance d’en prendre, se dérouleront certainement à proximité immédiate. Les frontières extra-européennes ne rouvriront que progressivement, par « cercle concentrique autour de la France ». La sécurité continuera malheureusement à l’emporter sur les libertés individuelles, et ce tant que ce virus ne sera pas maîtrisé et un vaccin trouvé.

Est-il vraiment nécessaire de rappeler que plus de 25.000 personnes sont mortes en France à cause de ce virus ? Au 1er mai, 25 887 personnes étaient hospitalisées pour infection au COVID-19, pour un total de 92.087 hospitalisations. La France – et le monde – sont confinés depuis des mois, entraînant la plus grande perte d’activité que nous ayons connue. L’effort réalisé par chacune des personnes respectant les mesures sanitaires est considérable. Celui des soignants l’est bien plus. A l’heure où l’on s’apprête à déconfiner progressivement, ce n’est certainement pas le moment de l’oublier…

Si cette crise prouve une seule chose, c’est que nous sommes tous liés. Les responsabilités de nos gouvernants pour expliquer l’état d’impréparation dans lequel se trouvait notre pays devront bien entendu être recherchés, le moment venu. Mais l’heure est à la sortie de crise et en cela nous avons tous, en tant que collectif et en tant qu’individus, une responsabilité : celle d’être à la hauteur des circonstances !

L’équipe de l’ASFE