“Women’s Lisboa” : une association francophone luttant contre les violences conjugales

Isabel Costa et Emilie Silva, françaises installées à Lisbonne, ont fondé l’association « Women’s Lisboa » pour aider les victimes de violences conjugales. Nous avons voulu en savoir davantage sur ces femmes qui ont décidé de consacrer leur vie à ce combat.

PARCE QUE DES MILLIONS DE VOIX DE FEMMES NE SONT JAMAIS ENTENDUES

ALLEZ-VOUS ENTENDRE LA NOTRE ?

Pourquoi avoir fondé Women’s Lisboa ?

Women’s Lisboa est une association européenne et francophone basée à Lisbonne, qui aide principalement les Français et Françaises – et également toute personne quelque soit sa nationalité – victimes de violences domestiques conjugales. Notre association à but non lucratif défend les droits des femmes et des enfants et a pour objet principal la protection contre toutes les formes de violences.

C’est un vrai combat que d’aider les femmes, les mères françaises mariées ou vivant en concubinage à un homme portugais, ou mariées avec une femme portugaises (homosexuelles) qui subissent des violences conjugales dans un pays dont elles ne parlent pas bien ou pas du tout la langue et dont elle ne connaissent pas non plus le système institutionnel. C’est un labyrinthe pour certaines d’entre elles.

Comment se passe l’accueil des femmes et des enfants victimes de violences domestique au Portugal ?

Les femmes et les enfants victimes sont éloignés dans un lieu d’urgence, puis en fonction de la gravité des cas sont acheminées vers des foyers qu’on appelle au Portugal des « casa abrigo » (maison d’abri). Ils peuvent y rester jusqu’à 6 mois reconductibles. Certains d’entre eux restent plus, j’ai le cas d’une mère qui rentre dans sa 4ème année avec deux enfants en bas âge, ce n’est pas normal.

Aucun logement social ne leur est attribué et une grande précarité s’installe. Pendant ce temps les institutions perçoivent des subventions pour les loger et les nourrir dans leur casa abrigo. Dans certaines maisons les conditions sont lamentables : manque de nourriture, froid, insalubrité et hygiène limitée. Pour les femmes francophones s’ajoute à cela, la barrière de la langue car peu de personnes parle le français. Elles retournent donc chez le bourreau. Nous avons assez de témoignages de femmes victimes pour vous dire que c’est une honte.

Quelles sont les activités de Women’s Lisboa et à qui s’adresse votre association ?

Nous nous adressons aux familles, aux femmes, aux mères, aux enfants. Nous les aidons et les accompagnons dans leur démarches administratives et juridiques ou autres. Nous leur trouvons les bons interlocuteurs. Nous mettons aussi en place aussi une aide alimentaire, vestimentaires et de recherche d’emploi. Nous allons commencer, grâce à la générosité de certaines personnes, un accompagnement en thérapie avec un psychologue qui parle le français, et qui se déplace auprès des femmes qui ne sont plus dans ce système de maison d’abri.

Aider c’est avoir du courage, aider c’est soutenir, aider c’est ne pas juger, aider c’est les comprendre, aider c’est aussi les secourir quand il y a un danger réel de vie et de santé. Le temps de chaque personne est précieux, ne le gaspillons pas, on parle de vie, car la violence conjugale tue.

Qui sont les femmes touchées par la violence conjugale ?

La violence domestique touche toutes les classes sociales, toutes les orientations sexuelles. J’ai découvert une avocate, une femme homosexuelle, des femmes prostituées, des mères de famille, des retraitées, une femme victime d’un AVC, une femme atteinte de la maladie d’Alzheimer, des étudiantes, des chefs d’entreprise, une professeure des écoles, des femmes handicapées. Le monde est en perpétuel changement, mais les mentalités ne changent pas, elles.

Cette violence extrême les mènent à la précarité et parfois à l’exclusion sociale avec souvent un manque d’accès à la médecine et aux soins. Et les maisons d’abri ne les aident pas quand elles s’y installent ! Une femme a été ainsi obligée d’emprunter de l’argent pour se faire soigner les dents, alors qu’elle n’avait pas de revenu. La maison d’abri n’a pas pris en charge la dépense. Une autre femme a eu un accident dans la maison en question, elle n’a pas été transportée aux urgences malgré son état de santé, et je peux énumérer d’autres cas….

Comment s’est construit votre engagement ?

J’ai été une chef d’entreprise pendant de nombreuses années, puis ma vie a été désorientée. Aujourd’hui je ne vis plus dans la violence et ma vie s’accompagne de joie. Ma priorité a été de donner à mes enfants un autre envol. C’était une évidence d’orienter ma vie vers les autres. On ne m’avait pas aidé moi. Je ne voulais plus que cela arrive à d’autres femmes, à d’autres enfants, de tout perdre jusqu’à sa dignité.

Je reste convaincue que la solidarité humaine existe car j’ai rencontré dernièrement des personnes formidables avec un parcours qui ne nous a pas laissé indifférentes Émilie et moi. Émilie est arrivée dans ma vie et est tout de suite devenue membre à part entière de cette association. Nous avons eu ensemble une alchimie sur notre engagement et partageons la conviction et le souhait qu’un enfant ne doit jamais voir sa mère souffrir. Nous avons ainsi tout de suite mis en place des actions sociales pour des récoltes de fonds et vestimentaires à l’occasion de la fête de Noël. Des personnes ont répondu présentes à cette cause, et nous les remercions. Émilie rappelle souvent qu’un « enfant à le droit à sourire, au bonheur, à rire aux éclats, et sa mère a besoin de paix intérieure pour recommencer et porter ses enfants et sa vie dans les meilleurs conditions ».

C’est pour cela, que nous nous devons d’alerter quand les choses ne s’améliore pas pour ces femmes et ces enfants.

Quelles sont les autres difficultés que rencontrent les victimes de violences conjugales ?

Je pense que le plus terrible, c’est l’indifférence et le mépris quand on demande de l’aide. J’ai été confrontée à cela parfois et je suis très en colère.

Le système des maisons d’abri fait qu’une victime devient encore une victime et tout est fait pour ne pas parler, on vous menace, et les gens ont du mal à vous croire. Les maisons d’abri ne sont pas facilement accessibles aux personnes extérieures, seules les autorités compétentes le peuvent. Les femmes qui y résident sont peu à peu coupées du monde. Il y a par exemple des couvre-feux. Nous avons des témoins qui y ont vécu dans ces maisons et qui nous ont montré des photos et des vidéos révoltantes. Stop à cette nouvelle violence ! Nous avons aujourd’hui des femmes qui sont sorties d’un système, qui n’ont pas été aidée, qui retournent auprès de leur conjoint violent. Certaines quittent le Portugal pour l’Espagne afin d’y trouver un meilleur accueil en matière de protection. Puis, il y a la honte qui leur colle à la peau. Elles ont peur, elles sont épuisées. Il y a des conséquences réelles et graves sur la santé.

Les femmes victimes de violences ne se rendent pas dans leur ambassade, elles ne le savent pas qu’elles peuvent être accompagnées ou aidées. Certains enfants nés de mères françaises et de pères portugais ne sont même pas enregistrés dans les consulats. Les femmes franco-portugaises qui viennent vivre au Portugal ne s’inscrivent même pas au registre. Il y a un manque d’information totale et aucune visibilité sur le sujet. Il est temps d’agir, nous sommes prêts à travailler sur ce projet.

Au Portugal, c’est à la victime de faire les démarches sur le territoire, mais il n’y a pas de logement. Les femmes que nous aidons n’ont pas le droit aux logements sociaux et les APL n’existent pas dans le pays, sauf pour les moins de 25 ans. Il y a une pénurie importante en ce qui concerne les logements et les loyers sont hors normes, au delà de 1000 euros pour un T2. C’est inadmissible ! Alors que le salaire moyen, ici, est de 700 euros.

Comment faire face à ce problème d’accueil et de logement?

Notre association est en recherche de participations financières. Nous cherchons des partenaires, des entreprises, des donateurs qui seront la clé de la pérennité de notre projet. Nous souhaitons ouvrir un lieu francophone pour accueillir les victimes de violences conjugales 7j/7 et 24H sur 24H. Il s’agit d’une maison familiale d’accueil pour les femmes et les enfants, victimes de violences conjugales. Nous souhaitons leur assurer une protection dans la dignité avec un accompagnement journalier jusqu’à l’autonomie pour elles et leurs enfants. Nous commençons déjà sur Lisbonne où nous avons déjà rencontré de potentiels partenaires portugais avec qui une belle collaboration est possible.

Women’s Lisboa souhaite également être présente dans tout le Portugal. Nous voulons apparaitre dans tous les commissariats, les tribunaux, les ambassades, les aéroports. Nous souhaitons préparer un événement pour nous faire connaître et sortir les héroïnes de l’ombre, leur rendre hommage à l’occasion d’un bal de printemps où nous récolterons des fonds pour notre association. Women’s Lisboa, cherche donc des parrains ou marraines pour nous aider à réunir ces fonds.

Avez-vous quelque chose à ajouter?

Je demande aux lecteurs de ne pas rester indifférent à mon appel. L’indifférence et le mépris je les ai côtoyés, ce sont des mots qui ne vont à personne. C’est une forme de lâcheté en quelque sorte que de ne pas aider les plus faibles. Je veux juste réveiller les consciences, dire que chaque être humain a le droit au respect et d’être heureux. J’attends juste que chacun de nous soit impliqué car je crois à l’importance de la solidarité humaine. Éléonor Roosevelt disait « faites chaque jour quelque chose qui vous fait peur. » J’ai commencé… Et vous ?

Pour écrire ou devenir donateur : womenslisboa@gmail.com

Facebook : Isabelcosta Emiliesilva Lisboa

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