Le 15 mars 2019 se tenait à l’Assemblée nationale un colloque sur le développement de l’enseignement français à l’étranger, à l’initiative de la députée Samantha Cazebonne, à la suite de son rapport sur le sujet. 

Jean-Michel Blanquer et Jean-Baptiste Lemoyne ont ouvert le Colloque.

Quatre tables rondes se sont succédées pour évoquer la qualité de l’enseignement, la coopération éducative, la gouvernance et le développement du réseau. 

Parmi les points importants à relever en termes de gouvernance, il est apparu qu’il faudrait davantage impliquer les parents, que ce soit dans la désignation du chef d’établissement, que dans le vote sur le budget ou sur d’éventuels projets immobiliers, en rendant leur avis contraignant et pas simplement consultatif. Si les parents ont des attentes élevées et un attachement fort à l’établissement de leurs enfants, qu’ils financent à 80%, le nombre de sièges qui leur est réservé au CA demeure marginal et devrait être revu à la hausse.

Laurent Signoles, Secrétaire générale de l’AEFE, a ajouté que les anciens élèves sont également les grands absents du conseil d’administration. Tous les acteurs du dispositif sont à associer, élèves ou élus. Selon lui, il faudrait simplifier le schéma actuel de gouvernance de la plupart de s établissements, complexifié en raison du droit local. Sauf en modifiant le Code de l’éducation, il lui apparaît impossible de réformer la gouvernance des établissements. 

Deux établissements ont été cités en guise d’exemples : celui de Zurich ainsi que celui de Singapour

Celui de Zurich avec 1060 élèves comprend des filières bilingues allemands et des sections internationales. Son fonctionnement est celui d’une « véritable entreprise » avec une importante masse salariale et un « chiffre d’affaire » assez conséquent. 

Le lycée de Singapour est composé de 2865 élèves, l’enseignement est dispensé de la petite section au CM2 pour deux tiers en français et un tiers en anglais. Au secondaire, une section classique mais aussi une européenne et une internationale britannique ont vu le jour ; une section orientale est même en cours de création. Un programme spécifique est entièrement dédié aux non francophones afin qu’ils puissent rapidement rejoindre le cursus classique. L’essentiel semble résider dans la clarification des rôles de parties puisque les parents ne peuvent s’immiscer dans le fonctionnement pédagogique. Le comité de gestion doit faire son travail sans ingérence des familles, même si répondre à leurs attentes, offrir un enseignement international de qualité et conserver des frais de scolarité abordables peuvent apparaître comme autant de défis à concilier.

Des modèles de gouvernance d’autres établissements ont été mis en avant afin d’esquisser les contours de nouvelles pistes dont l’enseignement français à l’étranger pourrait s’inspirer. A ce titre, l’école internationale de Paris ainsi que l’American School of Paris ont été mis à l’honneur. 

La première est une école dite ” apprenante” et dotée de trois objectifs clairement définis : 

  • le plurilinguisme ; 
  • un socle académique très fort permettant la construction d’un esprit critique ;
  • une initiation au numérique.

La gouvernance associe l’ensemble des acteurs. Le goût du risque et le fait d’apprendre par le biais d’échecs sont inculqués aux élèves dès leur jeune âge afin qu’ils développent des initiatives et leur autonomie. L’American School of Paris a, quant à elle, a coeur de mettre l’excellence et l’intégration de la famille au centre de leur offre de programmes. 

Il a également été question du CNED. Cet organisme d’enseignement par correspondance est en train de développer des CAP pour les francophones en rupture d’études, de mettre en oeuvre une scolarité dite hybride et des cursus complémentaires dans le cas éventuel où l’intégralité du programme scolaire ne peut être dispensé. Le CNED s’est aussi penché sur la question de fournir des supports d’accompagnements personnalisé, dont un assistant virtuel destiné à aider les élèves à faire leurs devoirs. 

D’autres innovations vont être mises en place : des spécialités dans des lycées – inexistantes jusqu’ici – des BTS, ainsi que des dispositifs de remplacement permettant de pallier à l’absence de professeurs.

Dans un contexte de grande concurrence internationale, il s’agit – pour certains des participants –  de développer un « esprit d’entreprise”, de faire en sorte que l’AEFE se comporte comme une multinationale. D’autres participants, à l’instar d’une représentante d’un syndicat – la CFDT – s’interrogent sur la manière de rendre compatible le socle des valeurs républicaines avec des valeurs marchandes. Cette dernière a prôné un renforcement du volet social, souligné la nécessité d’un statut unique des travailleurs dans les établissements français à l’étranger pour tendre vers plus d’équité et une rémunération plus juste. 

Le Gouvernement dévoilera prochainement une feuille de route pour les lycées français à l’étranger.