Chères élues, chers élus,

Les violences dont Paris et plusieurs villes ont été le théâtre le 1er décembre ont dû vous choquer, et susciter de nombreuses interrogations parmi votre entourage. Ces scènes, tout à fait inadmissibles – en particulier lorsque l’on s’en prend aux symboles les plus honorables de la République – ne doivent pas masquer le malaise d’une partie des Français dont le mouvement dit des « gilets jaunes » est l’expression.

Certes, les motifs de la colère sont multiples, parfois même contradictoires, mais ils paraissent être le condensé d’années et d’années de frustration et d’exaspération chez ceux que j’appellerai les « invisibles » de la République. Ce peuple des classes moyennes, qui se lève tôt pour aller travailler, habite loin des centres-villes, redoute le déclassement pour ses enfants et vit mal les effets d’une mondialisation débridée remettant en cause ses habitudes et son environnement immédiat.

Longtemps, ces « invisibles », pas assez modestes pour prétendre aux aides de l’Etat, mais pas assez riches pour s’en sortir sans mal, n’ont rien dit, n’ont pas manifesté leur mécontentement. Ils ont désormais le sentiment que le pays les a oubliés, délaissés, voire abandonnés. A tort ou à raison, la coupe est pleine. L’augmentation des taxes sur les carburants, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique dont ils ne voient pas pourquoi ils seraient tenus pour seuls responsables, a fait exploser la marmite.

Nul ne sait de quoi l’avenir sera fait et chacun doit se garder de souffler sur les braises ou de rivaliser en propositions démagogiques en ces circonstances. Ni la violence, ni la surenchère contestataire ne résoudra la crise sociale que traverse notre pays. La solution ne peut être que politique. Elle doit appréhender le court terme afin de calmer les esprits, et envisager le long terme pour réparer les fractures qui divisent les Français depuis longtemps, entre ceux qui ont tout en main pour épouser l’avenir avec sérénité et ceux qui ont peur d’être les laissés-pour-compte du XXIème siècle.

Il est impératif que cesse le désordre qui menace grandement l’économie française, dont la dégradation ferait probablement des « gilets jaunes » les premières victimes. L’urgence nationale commande qu’un dialogue s’instaure pour redonner espoir à tous les Français, à commencer par ces « invisibles » de la République…

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