La propagation du coronavirus met en lumière la fragilité de l’économie dans sa version mondialisée. Jamais la dépendance intercontinentale n’a été aussi poussée. Celle-ci a transformé la planète en un village dans lequel les échanges, les communications et les modes de production de biens et services sont accessibles à tous. Ce système global auquel adhère les démocraties comme les régimes les plus autoritaires – à part quelques-uns – a des avantages : il permet de fabriquer au moindre coût et de partager les savoir-faire. Mais, quand une poussière vient gripper la machine, c’est la planète entière qui déraille. Telle est bien la réalité aujourd’hui, depuis l’apparition du Covid-19. A la crise sanitaire s’ajoute une crise boursière, économique et sans doute bientôt sociale si, pour se protéger, des nations doivent vivre claquemurer : c’est déjà le cas d’une partie de la Chine et du nord de l’Italie.

La pandémie est loin d’être contenue, mais déjà quelques enseignements peuvent être tirés de la période que nous traversons. Inutile de dire que la mondialisation n’est pas condamnée. Il est, en revanche, nécessaire de la reconsidérer, pour mieux la réguler et la contrôler. Les économies nationales devront, à l’avenir, savoir se réorganiser, ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, sur des marchés lointains, sans solides garanties. Le coronavirus, a dit avec raison Bruno Le Maire, le ministre français de l’Economie, est un « game changer » : un motif de changement des règles du jeu.

Il ne faut pas sous-estimer l’impact des épidémies sur le fonctionnement des sociétés. Les historiens, rappelait récemment l’économiste Jean-Pierre Robin dans « Le Figaro », ont démontré que la peste noire du XIVe siècle (1347-1353) avait provoqué la mort de 30 % à 35 % de la population européenne. « Avec pour conséquence, écrit l’expert, un manque durable de main-d’œuvre qui s’est traduit par la fin du servage dans toute l’Europe et, en Angleterre, par l’instauration des « enclosures », autrement dit la fermeture et la privatisation des terres agricoles. Ce processus très progressif qui s’est achevé au XVIIe siècle est considéré comme le prélude au capitalisme moderne de la première révolution industrielle. Le coronavirus engendrera-t-il de tels bouleversements civilisationnels ? »

Nous n’en sommes pas là. Mais à l’heure de l’individualisme forcené dans nos sociétés et du multilatéralisme déclinant dans les relations internationales, une page est peut-être en train de se tourner. La vulnérabilité rapproche les hommes et les nations. Pourvu que cela dure…

L’équipe de l’ASFE