“On porte et on défend les couleurs d’un club depuis tout petit. C’est à la vie ou à la mort”.

A l’issue d’un match épique, l’Argentine de Lionel Messi détrône la France d’un Mbappé qui rentre déjà dans la légende. L’Albiceleste s’offre son troisième titre mondial et rend tout un peuple heureux. L’équipe de l’ASFE s’est entretenue avec Christophe Dubois, Conseiller des Français d’Argentine, sur cette partie d’anthologie et sur l’atmosphère qui règne actuellement dans les rues de Buenos Aires.

L’Argentine attendait ce sacre depuis 36 ans. Pouvez-vous nous décrire les jours qui précédaient le coup d’envoi de la finale de la coupe du Monde ? L’Argentine voyait-elle la France comme un adversaire redoutable ?

L’Argentine est le pays du football par excellence. Il est présent en permanence, coupe du monde ou pas. Il n’y avait qu’à regarder les gradins des stades pour se rendre compte que les Argentins avaient décidé de se rendre sur place même à n’importe quel prix, beaucoup ont dépensé les économies d’une vie. La France, le champion sortant, était vu comme un adversaire redoutable, potentiel seulement, vu la configuration des différentes étapes allant jusqu’à la finale. Au fur et à mesure des matches la probabilité d’une finale France Argentine était attendue et espérée : le champion en titre en finale !

Nous avons probablement vécu une des plus belles finales de coupe du monde dans l’histoire du football. Racontez-nous le moment de la victoire et la fête qui a suivi ?

Au moment du match, les rues étaient absolument désertes. C’est alors que le dernier goal des tirs au but a défini l’issue du match et que tous les Argentins ont exulté de joie dans la rue et spontanément se sont rendus vers le cœur du pays : l’Obélisque et l’avenue 9 de Julio. Plus d’un million de personnes se sont retrouvés là pour laisser déborder leur joie dans une ambiance bonne enfant et au milieu de chants.

Quelle est l’ambiance actuelle en Argentine ? Un nouveau pays est en train de naître ?

Les voitures klaxonnent dans la rue depuis dimanche soir, cette victoire leur a redonné l’espoir dans un pays secoué par les différentes crises politiques, sanitaires, sociales, judiciaires et économiques. L’équipe de la Selección devait faire une parade jusqu’à l’Obélisque mais la ferveur fut telle que la concentration près de quatre millions de personnes ont bloqué tous les accès et empêché le bus de d’avancer.

Le pays s’identifie finalement avec cette équipe pourtant critiquée et malmenée au départ.

Un nouveau pays est-il en train de naitre ? C’est encore trop tôt pour le dire vu toutes les déceptions qu’il a eues. Ce qui est certain c’est qu’il aspire à quelque chose de nouveau et cette équipe le fait rêver, lui donne l’espoir qu’il est possible d’aspirer à autre chose dans un pays avec un taux de pauvreté de près de 50% et qui ne voyait pas la lumière au bout du tunnel.

Toutes les Argentines et les Argentins étaient envahis de passion pour le foot. Comment expliquez-vous cette ferveur qu’ont les Argentins vis-à-vis du ballon rond ?

Le foot c’est la rencontre, le partage, comme l’asado du dimanche. C’est la passion du sport aussi, à l’école, en famille, comme le rugby, le polo ou le hockey. Les enfants ont toujours un ballon pour disputer un match sur n’importe quel terrain improvisé. Et puis il y a la passion pour les joueurs qui sont des idoles vivantes et qui comme des chevaliers modernes qui organisent des tournois au niveau de la ville où il y a souvent deux clubs concurrents, ou au niveau du pays ou du continent. On porte et on défend les couleurs d’un club depuis tout petit. Et c’est à la vie ou à la mort.

Pour le dernier match de coupe du monde de Lionel Messi, ses coéquipiers ont tout donné sur le terrain. Comment expliquez-vous cette folie qui gravite autour de la Pulga, et qui n’a pas toujours été aussi apprécié du peuple argentin ?

On parlait d’un nouveau pays, je parlerais plutôt d’un état d’esprit : ce que Messi met en avant c’est l’esprit d’équipe, la rigueur, l’effort et l’humilité, qualités qui sont souvent dédaignées par certains secteurs de la société qui valorisent plutôt le gain immédiat sur l’effort.

Ces secteurs le critiquaient mais ont dû se rendre face au joueur qui a réussi à cumuler tous les titres qu’aucun autre joueur, même Maradona, n’a conquis.

Les qualités de Messi et le culte de la personnalité aidant, Messi est devenu le centre d’attention et un modèle que je qualifierais de vertueux.

Comment les Français d’Argentine réagissent-ils face à ce résultat ?

Nous avons tous été déchirés, car nous avons tous une partie de notre cœur en France et l’autre en Argentine. Beaucoup ont salué un match avec un certain fair play, un duel entre Mbappé et Messi. En même temps beaucoup pensaient que c’était le dernier mondial de Messi mais certainement pas celui de Mbappé !

Avez-vous autre chose à ajouter ?

Certains veulent voir un changement de paradigme dans la société argentine. Contrairement à Maradona manipulé par la politique, Messi esquive ceux qui veulent utiliser cette victoire à des fins électoralistes et personnelles et inspire une jeune génération avec des valeurs comme l’effort, le respect et le travail en équipe, valeurs rarement mis en avance dans un pays marqué par la figure du chef omniscient et omnipotent.

Christophe Dubois,  tête de liste de Alliance Solidaire des Français d’Argentine
Christophe Dubois, Conseiller des Français d’Argentine

Un commentaire

  1. Ah, l’opium du peuple, quand j’ai vu ces rues noires de monde j’ai eu un moment d’effarement, si les gens mettaient autant d’ardeur pour défendre leur condition dans la société …

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