“La pandémie de COVID-19 a montré toute la nécessité d’une coopération internationale”

Monsieur Éric Rosenthal, Professeur de médecine, conseiller scientifique recherche clinique de l’ANRS|Maladies infectieuses émergentes et en charge de la politique science ouverte de l’agence, a participé au colloque international « Science ouverte au Sud » qui s’est tenu du 25 au 27 octobre 2022 à Cotonou au Bénin. L’équipe de l’ASFE s’est entretenue avec lui.

Du 25 au 27 octobre 2022 s’est tenu à Cotonou au Bénin ce colloque international « Science ouverte au Sud », que pouvez-vous nous dire sur cet évènement ? Comment s’est-il déroulé, quels en étaient les objectifs ?

Ce colloque était co-organisé par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et l’Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin (ANSALB).

Son objectif était de dresser un panorama des approches en matière de gestion et d’ouverture des données de recherche en Afrique, particulièrement en Afrique francophone, de partager et promouvoir de bonnes pratiques. Ouvrir les données de la recherche est en effet un point essentiel pour consolider des résultats, renforcer la transparence du processus scientifique, permettre la réutilisation de ces données par d’autres équipes de recherche, voire par des publics plus larges.

Partager les données de la recherche nécessite néanmoins des savoir-faire et des moyens techniques qu’il faut acquérir ou mettre en place, une prise en compte des contraintes légales et réglementaires, une volonté politique ainsi que des changements culturels qui sont différents selon les domaines scientifiques et les pays concernés. Le colloque a mobilisé plus de 150 participants venus de 21 pays dont 16 d’Afrique, des scientifiques mais également des professionnelles/professionnels de l’information, des représentantes/représentants d’institutions de recherche, d’organisations en charge de politiques de recherche.

Ce colloque présage-t-il la mise en œuvre d’un partenariat accentué entre les acteurs locaux et les partenaires français dans le cadre d’une coopération scientifique ? En quelle qualité avez-vous pris part à ce colloque ?

Le colloque de Cotonou s’inscrit dans la continuité du 1er colloque de Dakar organisé en 2019. Les échanges y étaient porté sur les enjeux et les perspectives de la science ouverte en Afrique francophone et avaient abouti à la rédaction de la « Déclaration pour le partage et l’ouverture des données de la recherche pour le développement durable ». Le colloque de Cotonou comportait 3 thèmes principaux :

  • Recommandations et exigences des gouvernements, des institutions et des bailleurs de la recherche pour la science ouverte ;
  • Dispositifs de gestion, de partage et de diffusion: pratiques, bénéfices, freins ;
  • Enjeux éthiques et juridiques, modèles éditoriaux et économiques.

Ces deux colloques et les travaux construits dans l’intervalle traduisent une volonté affirmée de partenariat sur le temps long. Le lieu du troisième colloque prévu en 2024 n’est pas encore déterminé. Les organisateurs souhaitent qu’il puisse se tenir dans un pays d’Afrique anglophone, de manière à étendre les partenariats sur le continent et pour profiter de l’expérience de ces pays sur le partage des données.

Pour ma part, j’ai présenté au colloque un retour d’expérience sur le réseau d’échanges que nous avons mis en place entre cinq agences françaises de financement de la recherche, l’Agence de la transition écologique (ADEME), l’Agence nationale de la recherche (ANR), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), l’Institut national du cancer (INCa) et l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales et les maladies infectieuses émergentes (ANRS|MIE).

Nous travaillons dans le cadre du réseau pour développer une approche concertée en faveur de la science ouverte. Notre expérience témoigne la faisabilité d’une telle approche, qui favorise l’émulation et l’évolution des pratiques des partenaires au sein du réseau et permet également aux chercheurs de bénéficier d’un cadre d’exigences harmonisé en matière de science ouverte. Il nous a donc paru utile de porter ce témoignage à l’occasion du colloque, même s’il est par nature franco-français.

Quels sont les différents aspects de la coopération scientifique Nord-Sud et plus, particulièrement de la coopération franco-africaine ?

Dans le cas de l’ANRS|Maladies infectieuses émergentes, la projection internationale de l’Agence s’est consolidée et étendue récemment dans l’objectif de fédérer les énergies de recherche et pour mieux prendre en compte la géographie des émergences.

Les collaborations Nord-Sud, en particulier avec de nombreux pays d’Afrique, étaient déjà bien présentes dans les domaines du VIH et des hépatites, avant que le périmètre d’intervention de l’ANRS ne s’ouvre aux émergences infectieuses début 2021. L’Agence coopère ainsi avec des sites partenaires officiels au Mali, au Burkina Faso, au Cameroun et en Côte d’Ivoire et plus ponctuellement avec d’autres.

L’ANRS|MIE a signé en mai un accord avec la Guinée qui se concrétise à travers la création d’une Plateforme de Recherche Internationale en Santé mondiale (PRISME), notamment dédiée aux maladies infectieuses émergentes. De manière très pratique, l’ANRS|MIE contribue à l’animation de la recherche dans de nombreux pays d’Afrique et elle finance des projets de recherche portés de manière conjointe par des équipes françaises et africaines. Je citerai ici le projet AFROSCREEN qui associe 13 pays (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Madagascar, Mali, Niger, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sénégal, Togo) et dont les objectifs sont, d’une part surveiller l’évolution du SARS-CoV-2 et d’autres agents pathogènes émergents, d’autre part de renforcer les capacités de séquençage et de bio-informatique des laboratoires des pays concernés. Bien entendu, mentionner cet unique projet de recherche est très réducteur de l’ensemble des recherches menées par l’Agence sur le VIH, l’hépatite B, EBOLA, etc

Est-ce que des crises majeures, en occurrence la COVID-19, ont modifié le paradigme de coopération Nord-Sud ?

La pandémie de COVID-19 a montré toute la nécessité d’une coopération internationale, notamment avec les pays du Sud. L’étude AFROSCREEN mentionnée plus haut en est un exemple. L’épidémie de variole simienne (monkeypox ou variole du singe) est une illustration encore plus récente du caractère indispensable de collaboration internationale, en particulier avec les pays d’Afrique.

L’ANRS/MIE met en place actuellement dans ce contexte un essai clinique international adaptatif multi-pays pour évaluer la tolérance et l’efficacité des traitements. Il y a quelques semaines, l’ANRS|MIE a accepté pour financement un projet de recherche, co-porté par une équipe de la République Démocratique du Congo, visant à documenter l’étendue des infections par les virus de la variole du singe et évaluer la fréquence et le risque de transmissions entre espèces à l’homme en Afrique. Ces évènements épidémiques et pandémiques démontrent très clairement la nécessité de coopération Nord-Sud et celle tout aussi capitale du partage des données de la recherche sans lequel aucune réponse scientifique rapide et pertinente ne peut être apportée en situation de crise.

Quelle place occupe la coopération scientifique dans le cadre de la coopération internationale de la France ?

Dans le domaine de la santé que je connais mieux, la France s’est distinguée ces précédentes décennies par son engagement conséquent dans la lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, notamment à travers sa contribution au Fonds mondial et la promotion de la santé maternelle et infantile.

La santé est à la fois une condition et un outil du développement humain et économique, et pour la France, les maladies, la sécurité sanitaire, la recherche, les innovations, la part croissante de l’industrie de la santé dans l’économie mondiale, font de la santé un enjeu majeur.

Pour répondre à ces enjeux, la France s’est dotée de moyens tels qu’Expertise France, dont la création est récente (2014). Cet établissement public, placé sous la double tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance, est l’agence française de coopération technique internationale.

Son soutien est un des moyens pour l’ANRS|MIE de financer des experts techniques internationaux (ETI). Ces experts sont importants pour l’ANRS|MIE car ils apportent leur appui à la coordination des sites Sud et contribuent à la mise en œuvre et à la promotion des programmes de recherche des sites sur les thématiques soutenues par l’Agence.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous investir sur ce sujet ?

Le 1er janvier 2021, dans le contexte de la pandémie liée à la COVID-19, le Président de la République a créé l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes dont la mission est le financement, la coordination et l’animation de la recherche sur les maladies infectieuses (VIH/sida, hépatites virales, IST et tuberculose) et les émergences (infections respiratoires émergentes dont la Covid-19, fièvres hémorragiques virales, arboviroses…).

La création de cette nouvelle agence, qui s’appuie sur les piliers organisationnels de l’ANRS historique et sur l’expertise de REACTing en matière de réponse aux crises liées aux maladies émergentes, était un challenge particulièrement motivant et j’ai accepté sans hésitation d’y participer.

Mon expertise en matière de recherche clinique est très orientée sur le VIH et les virus des hépatites, avec une expérience internationale essentiellement issue de fonctions d’expert auprès de l’OMS dans le domaine de la leishmaniose, une infection parasitaire responsable d’épidémies sévères en Inde et en Afrique de l’Est. J’apprends donc beaucoup dans mes nouvelles fonctions et la coopération avec les pays du Sud est particulièrement enrichissante.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

J’ai appris à connaitre ces derniers mois l’engagement et le travail réalisé par l’ASFE auprès des Français établis à l’étranger. L’ASFE a été particulièrement aidante et efficace dans l’organisation des contacts avec les autorités diplomatiques françaises à l’occasion de mon déplacement récent au Bénin. Je tiens à l’en remercier tout particulièrement.  

Marc Visy (ambassadeur de France au Bénin) et Éric Rosenthal, Professeur de médecine et conseiller scientifique

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