“Les modèles actuels de distribution en eaux potables ne sont plus fonctionnels”

L’ASFE a eu l’occasion d’échanger avec Mickael Pourteau, co-fondateur et chef de la direction de Takatso, une entreprise multidisciplinaire d’ingénierie et de gestion de projets fondée en 2018 en Afrique du Sud qui intervient dans les domaines de l’accès à l’eau, à l’énergie, et à l’alimentation.

Pouvez-vous nous parler de votre entreprise « Takatso »? Comment avez-vous eu l’idée de développer un projet comme celui-ci ?

Avant de débuter, je souhaitais vous remercier de l’opportunité, je suis ravi d’échanger avec vous et de pouvoir partager des informations sur notre entreprise Takatso.

En ce qui concerne notre entreprise Takatso, nous avons décidé avec mon associé Pierre-Yves Legris de se lancer dans l’aventure avec une idée première, à savoir de proposer des solutions d’ingénierie et des interventions dans les domaines d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’énergie.

Notre vision est de devenir le réfèrent privé principal quant aux interventions nécessaires sur des sujets de stress hydriques et de manque en énergie. 

Pour cela, notre mission première est de proposer des solutions d’ingénierie afin d’offrir un accès à une eau potable de bonne qualité, de manière décentralisée et complètement autonome sur la base d’énergies renouvelables.

Afin de mener à bien cette mission, nous avons développé au cours de 3 années de recherche et développement des systèmes de purification afin de traiter l’eau provenant des lacs, rivières, nappes phréatiques, des eaux grises et eaux de récupérations. Sur un axe équivalent, nous avons aussi développé des équipements pouvant traiter et dessaler les eaux des océans, mers et estuaires.

L’idée de créer cette structure en Afrique du Sud nous est venue des différents épisodes de sècheresse et de stress hydrique dont nous avons été affecté en 2017 et 2018. Nous savions déjà que l’énergie était un problème national, mais l’épisode de sècheresse « Day 0 » dans la région du Western Cape nous a réellement poussé à essayer de trouver des solutions après avoir été affecté par ces catastrophes.

Nous avons également décidé d’ouvrir une structure en France, car aujourd’hui, l’histoire nous donne malheureusement raison, puisque nous vivons les même problèmes en Europe du Sud.

Quels sont les publics que vous avez identifiés qui ont le plus besoin d’aide ?

Lorsque nous développions nos solutions, nous voulions dans un premier temps avoir une approche humanitaire et répondre aux challenges que connaissent les communautés et municipalités reculées et isolées en Afrique Sub-Saharienne. En effet, ces communautés ne sont malheureusement pas servies en énergie et en eau, sans parler des problèmes alimentaires. C’est pour cela que tous nos systèmes fonctionnent sur l’énergie solaire ou de turbines à vent (ou les deux).   

Cependant, lorsque nous avons signé notre premier contrat de « Proof of Concept » avec SANParks et que nous avons commissionné notre première usine de traitement d’eau dans un camp de rangers à Mahlangeni, Kruger National Park, plusieurs secteurs privés se sont simplement présentés à nous. Nous offrons donc aujourd’hui des interventions sur les marchés miniers, des industries chimiques, des promoteurs immobiliers, des hôtels et lodges, des écoles et cliniques ainsi que dans l’agriculture au sens large,etc.

Selon l’UNICEF, des milliards de personnes n’auront pas accès à l’eau salubre, à l’assainissement et à l’hygiène en 2030, si les progrès n’avancent pas quatre fois plus vite qu’actuellement. Quelles sont les actions principales qu’il faudrait mettre en place localement et à plus grande échelle afin de travailler sur cette situation d’accès à l’eau salubre ? Combien de personnes aidez-vous aujourd’hui ?

Le sujet est clairement d’actualité, même en Europe et en France… donc nous verrons clairement que des nouvelles solutions et innovations arriveront rapidement sur les marchés globaux, suite à une approche plus réactionnaire que progressiste, malgré le nombre de players important dans ces secteurs. 

Ceci étant dit, de nombreuses actions sont déjà mises en place que ce soit en Afrique-Subsaharienne ou ailleurs dans le monde (nouvelles technologies plus propres sur l’assainissement, des mesures contre le gaspillage d’eau industriel, etc.).

Je pense que les modèles actuels de distribution en eaux potables, les réseaux d’assainissement et la fourniture d’énergie ne sont plus fonctionnels du fait de plusieurs facteurs. Les populations augmentent rapidement et se doivent de se déplacer davantage en recherche de ces besoins vitaux, le changement climatique et ses catastrophes sont également de plus en plus sévères.

Afin de faire face, nous devons développer des solutions beaucoup plus simples, plus agiles et flexibles, décentralisées afin de toucher le maximum de populations et de faire en sorte d’emmener ces technologies novatrices où les populations se trouvent. Pour ce faire, l’utilisation des énergies renouvelables ainsi que la diminution des émissions de CO2e dans les chaines de distributions sont clés et absolument nécessaires.

Il nous est difficile de réellement comptabiliser le nombre de personnes que nous aidons aujourd’hui au sein de Takatso, cependant à titre d’exemple, notre usine de traitement au Kruger National Park, a déjà fourni 2 millions de litres d’eau potable aux rangers depuis le 5 Décembre 2021. Aussi, nous avons également proposé nos services à 5 écoles du Limpopo, dans le nord de l’Afrique du Sud, où nous avons foré 5 puits afin d’avoir l’accès à l’eau des nappes et traité celles-ci pour répondre au besoin de 2000+ élèves par école. Enfin, le projet le plus important sur lequel nous sommes en train de travailler est la fourniture d’eau potable à 76 villages dans le district du Venda. L’idée est de chercher l’eau dans les nappes afin de la traiter et de proposer 76 micro usines de purification d’eau. En terme de nombre de personnes, nous avons compté entre 1800 jusqu’à 3500 personnes par village.

Quelles sont les plus grandes difficultés auxquelles votre projet a dû se confronter lors de sa mise en place ?

La première difficulté a été de constituer une équipe ainsi que de développer et faire nos recherches pendant 3 ans, lorsque plus de la moitié de l’équipe travaillait encore au sein d’entreprises différentes.

Ensuite, comme toutes startups, le manque de financement a été vraiment compliqué car les technologies que nous utilisons, malgré leurs maturités sur le marché, ont un certain coût.

Enfin, la difficulté majeure à laquelle nous nous sommes confronté, était que nos cibles principales représentaient les gens et municipalités les plus démunis et donc pas forcement solvables. Cela incarnait énormément de risques pour une jeune entreprise comme la notre, ce qui nous a poussé à penser autrement et trouver des solutions à ce souci majeur.

En effet, nous approchons maintenant ces cibles là en ayant toujours des partenaires publics-privés qui peuvent supplémenter les manques en financement des communautés où nous intervenons.

Souhaitez-vous faire passer un message en particulier aux travers de vos actions ? 

Le message que nous faisons passer aux travers de nos actions s’oriente sur le fait que nous pouvons trouver des solutions aux challenges d’eau au sens large, en proposant des interventions clés en main, simples, uniques et « turnkey » et pour tous, mêmes les plus isolés, grâce à des techniques et technologies respectueuses de l’environnement et des portemonnaies de chacun.

Depuis notre démarrage commercial fin 2021, nous sommes toujours très surpris du retour de nos clients sur la qualité et le coût des solutions disponibles ainsi que de la rapidité à laquelle nous exécutons et construisons nos systèmes et usines.

Avez-vous d’autres sujets que vous désirez aborder ?

Le dernier point que je souhaitais aborder était sur notre développement. Afin d’être le plus cohérent que possible sur nos marchés, nous essayons d’alimenter et d’étayer nos propositions de valeur continuellement. Ainsi, nous avons complété nos offres en développant des services supplémentaires comme des services d’exploration et de forage, des nouvelles techniques de traitement des eaux usées, des fermes et exploitations agricoles utilisant des techniques de smart farming, etc. Tout cela en gardant la même vision et ligne directrice.  

Mickael Pourteau, co-fondateur et chef de la direction de Takatso

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