La guerre n’est pas finie

Presque 4 mois après le début de la guerre russo-ukrainienne, l’équipe ASFE s’est entretenue avec un ressortissant français qui fait des allers-retours en Ukraine pour s’y réinstaller. Nous lui avons demandé quelle était la situation sur place.

Pouvez-vous nous dire quelle est la situation actuelle en Ukraine ? 

Les combats sont encore intenses mais centralisés dans l’est et le sud du pays. Dans ces zones, les bombardements continuent 24 heures sur 24.

Les missiles ne tombent plus sur Kiev mais la semaine dernière, Zolochiv, une ville à 60 km de Lviv a été bombardée. La tension est palpable dans les rues de Kiev, c’est assez triste. 

Emmanuel Macron se rendait il y a quelques jours pour la première fois en Ukraine depuis le début du conflit : quel sens a sa visite ? Comment a t-elle été perçue ? 

Il était important et attendu qu’Emmanuel Macron vienne en Ukraine : la symbolique est forte après le soutien de la France depuis le début du conflit. Je crois que les Ukrainiens s’en sont réjouis. Son accord pour un droit à l’adhésion dans l’Union européenne est important pour le pays. Mais on sait que cela est aussi beaucoup de communication et de médiatisation après les élections. 

Certains Ukrainiens commencent à rentrer en Ukraine et à retrouver leur domicile : en est-il de même pour les Français ? 

Les Ukrainiens ont compris que la guerre allait durer dans le temps et effectivement, beaucoup sont rentrés quand leur logement était encore habitable. Les plus aisés sont encore à l’étranger, et beaucoup de femmes et d’enfants préfèrent rester en sécurité aussi pour l’instant mais cela ne pourra pas perdurer dans le temps. Le sentiment de vouloir reprendre sa vie et retrouver sa terre natale prédomine chez beaucoup d’Ukrainiens. Pour les Français qui sont binationaux, ou ceux qui ont aussi toute leur vie ici, le retour est aussi parfois en tête. On commence à faire des allers-retours pour voir ce qui est possible de faire. La moitié des Français que je connais sont déjà rentrés en Ukraine depuis quelques semaines mais ils vivent à Kiev ou en banlieue proche. Ces lieux ont été moins touchés que d’autres parties du pays par les combats. 

Quelles sont les conditions de vie en Ukraine ? Quelles traces ont laissé ces mois de guerre et de bombardements ? 

Les Ukrainiens qui ne sont pas au combat essaient de continuer de mener une vie la plus normale possible. Si vous habitez dans une grande ville comme Kiev, cela est relativement facile mais si vous habitiez dans une région qui a subi des bombardements et des pillages, beaucoup d’infrastructures sont inutilisables. 

A Kiev, les conditions de vie sont à peu près normales : l’eau, l’électricité et internet sont accessibles sans trop de difficultés. Le couvre-feu à 23 heures a été maintenu et tout ferme à 21 heures. Les magasins ne sont pas tous recouverts : des contreplaques protègent encore beaucoup de vitrines. Le quartier présidentiel reste extrêmement surveillé : block posts, snipers etc. Quelques restaurants et commerces de base sont ouverts. Les difficultés d’approvisionnement sont compensées par une hausse des prix considérable. Le cours de la monnaie a aussi chuté de 25%.

Psychologiquement, la fatalité a remplacé l‘émulation première de la guerre et l’appel à la mobilisation du monde entier à se lever contre l’invasion russe. Les Ukrainiens sont cependant extrêmement résilients : ils ont déjà connu récemment la guerre et ses conséquences.

Quelle est la position du président ukrainien : la population est elle encouragée à reprendre une vie normale ? 

Il apparait encore comme un chef de guerre et non d’Etat en tee-shirt kaki et ses discours restent belliqueux pour motiver tous ceux encore au combat. Il a commencé à communiquer pour la première fois sur les pertes humaines ukrainiennes : à peu près 300 hommes mourraient chaque jour sur le front, ce qui est extrêmement symbolique pour le pays. Il commence à aborder l’avenir mais reste loin du chef d’Etat classique. La guerre n’est pas finie. 

Un commentaire

  1. bonjour, Je suis en France en raison du conflit mais j’habite normalement à Kherson avec mon épouse qui s’assure que son appartement n’est pas occupé. Je voudrais la rejoindre. Je n’ai plus de visa et le consulat d’Ukraine à Paris ne m’a pas répondu. Le seul document en ma possession est mon certificat de mariage original apostillé. Si les démarches administratives ukrainiennes avançaient, ce serait la moitié du chemin car pour aller à Kherson, faut-il un visa russe en complément? Sa réserve d’argent se termine et comment lui faire parvenir de l’argent avec les banques fermées ou semi-ouvertes. Le rouble fait son apparition à Kherson comme les passeports offerts. J’aimerai quelques conseils pour sortir de cette pénible situation qui ne semble pas régler. Merci de votre attention.

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