” Il ne faut surtout pas perdre sa langue de traduction”

L’ASFE s’est entretenue avec Aline Azoulay-Pacvon, parisienne d’origine, mère de deux adolescents, mariée à un Tchèque depuis 2003. Après avoir vécu plus de 16 années à Prague et exercé comme traductrice, elle a décidé de se lancer dans une formation d’art thérapeute afin de se connecter davantage avec son pays d’accueil.

D’où vient cette passion pour la traduction ?

J’exerce le métier de traductrice depuis près de 25 ans. Je traduis de l’anglais au français, nous traduisons toujours vers notre langue maternelle. Le fait de savoir bien parler anglais n’est pas le plus important. J’ai donc fait des études de lettres suivies d’étude d’anglais. A l’époque, un professeur m’avait dit que j’avais un talent particulier pour ça mais je n’ai pas voulu m’orienter directement vers la traduction.

J’ai commencé à travailler dans l’édition comme lectrice puis j’ai travaillé au sein de l’équipe éditoriale d’une émission littéraire à la télé grâce à laquelle j’ai pu me faire quelques contacts. Finalement, je n’aimais plus trop cela et un éditeur m’a donné ma première chance. Pour en vivre le processus est long mais après une première traduction c’est plus simple, on peut envoyer ce que l’on a déjà fait.

Comment se passe la traduction d’un livre ?

Le processus de traduction est très secret, par exemple pour Annie Barrows il y avait un gros enjeu, il s’agissait d’un deuxième grand roman que nous avions à traduire à 3, ce qui est rare, dans un délai de 3 mois. Nous avons divisé le livre puis je m’occupais de la relecture afin d’harmoniser. Lorsqu’il s’agit de best-sellers internationaux, j’ai entendu dire que certains traducteurs sont en résidence la durée de la traduction, ce seront par exemple les livres Harry Potter. L’enjeu financier est tellement énorme, il y aura des films derrières que rien ne doit fuiter.

Quels sont les livres les plus connus ou marquants que vous avez traduits ?

Le livre le plus connu s’appelle « Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » de deux auteures, Mary Ann Shaffer et sa nièce Annie Barrows. C’est un roman épistolaire qui se déroule sur 2 époques et qui mène l’enquête afin de retrouver une femme ayant vécu durant la Seconde Guerre mondiale. Ce livra a ensuite fait l’objet d’une adaptation au cinéma.

Mon grand auteur est Richard Yates. Il a par exemple écrit « La fenêtre panoramique ». J’ai traduit tous ses inédits.
Ce n’est pas l’auteur le plus connu du grand public, mais c’est celui grâce auquel on m’identifie le plus. 

Au total j’ai dû traduire une centaine de livres.

Le cerce littéraire des amateurs d’épluchures de patates écrite par Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, traduit par Aline Azoulay-Pacvon

Est-ce-que avec votre métier ça a été plus facile d’aller vivre à l’étranger ?

Je dirais que c’est une chance d’être traductrice car je peux travailler partout. Lorsque mon mari a eu l’occasion de revenir dans son pays d’origine, j’ai pu le suivre et poursuivre ma carrière professionnelle. Il ne faut surtout pas perdre sa langue. Parfois, certains collègues au bout de 15 ans à l’étranger traduisent moins bien car ils perdent leurs français. Au début, nous avons conclu un deal avec mon mari : à la maison, c’est la France. Nous avons élevé nos enfants dans les films, les livres, la langue et la culture française mais ils ont été scolarisés dans une école tchèque.

L’année dernière vous avez fait une formation d’art thérapeute, qu’est-ce que c’est ? Souhaitez-vous complètement changer de carrière ?

C’est une forme de thérapie sans forcément devoir se confier. On travaille de manière transversale en partant du principe que réactiver la créativité peut permettre de surmonter des périodes difficiles. J’ai fait cela car je vis à Prague depuis longtemps et j’ai toujours voulu créer un lien avec ce pays.

Au début, avec des livres pour enfants mais ça n’a pas fonctionné. C’est donc ma deuxième tentative pour m’inscrire dans un rapport avec la République tchèque en ayant des clients ici, et un rapport plus direct aux gens.
Je ne parle pas bien tchèque justement car mon français doit être parfait et pur, je ne veux pas perdre en souplesse. J’apprends le tchèque par captation mais parfois c’est justement un effort de ne pas parler tchèque.Je n’ai pas envie d’arrêter la traduction, j’aimerais pouvoir combiner les deux.

Aline Azoulay-Pacvon

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