“Les Polonais montrent un exemple sans égal au reste de l’Europe”

Cela fait maintenant plusieurs semaines que l’Ukraine fait face à l’invasion Russe. Depuis, des sanctions économiques européennes se sont abattues sur la Russie et des millions de réfugiés ukrainiens ont quitté le pays, fuyant les horreurs de la guerre. Ces derniers se retrouvent par millions dans un Etat voisin, la Pologne.

L’équipe de l’ASFE a eu l’opportunité de s’entretenir avec Eric Salvat, Conseiller ASFE des Français de Pologne, sur la situation géopolitique, économique et sociale polonaise.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, la Pologne a accueilli à elle seule plus de la moitié de tous les réfugiés qui ont fui le pays, soit environ six réfugiés sur 10. Comment les réfugiés sont-ils accueillis en Pologne ? Et comment s’occupe-t-on d’eux ?

Les Polonais montrent un exemple sans égal au reste de l’Europe. Il y a une mobilisation sans précèdent pour recueillir les refugiés ukrainiens. Il y en a eu plus de 2 millions à ce jour. Les Polonais n’ont pas de structure d’accueil préparée a ce genre d’évènements, et malgré tout aucun Ukrainien ne dort dans la rue. Ils sont logés gratuitement chez l’habitant ou par les associations locales.

Rappelons-nous que les Polonais furent fustigés lorsqu’ils refusèrent l’entrée à d’autres migrants depuis la Biélorussie en 2021. Ils furent accusés de tous les maux, et de non-conformité aux valeurs humanistes universelles. Aujourd’hui, ils montrent exactement le contraire avec la crise ukrainienne. Certes, les Polonais considèrent les Ukrainiens comme des Frères slaves, ennemis de l’oppression russe. Mais cela n’explique pas tout. Il existe un fond polonais généreux, solidaire et fraternel, formé par l’histoire de leur pays.

La société civile polonaise est en premier plan en Europe pour s’occuper de la migration ukrainienne. Mais il y a aussi l’État polonais avec l’engagement du monde politique au complet qui joue un rôle complémentaire et subsidiaire.

Cet élan de générosité sociétal doit nous interpeller dans ce conflit russo-occidental, car il est l’exemple d’une solution dans laquelle le peuple intervient en premier lieu : une belle leçon qui nous conduit à méditer…

Comment expliquez-vous que la majorité des Ukrainiens ait préféré faire le choix de rejoindre la Pologne plutôt qu’un autre pays de l’Europe de l’Est ?

Il y a 2 raisons : la première c’est la proximité géographique et la frontière commune.

La seconde c’est l’immigration ukrainienne économique qui existait déjà en Pologne de manière significative avant l’éclatement du conflit.

Ces deux facteurs expliquent que la Pologne soit le pays de transit privilégié. N’oublions pas qu’ à l’époque de l’URSS, les Polonais sont ceux qui ont montré le moins d’alignement vis-à-vis des autorités soviétiques. C’est en Pologne que l’effondrement de l’URSS a démarré. C’était le seul pays du bloc dans lequel les communistes n’avaient ni nationalisé les terres agricoles, ni éradiqué l’église.  Il y a donc un capital confiance fort dans les esprits ukrainiens, et la Pologne est de fait en Europe centrale le pays le plus légitime pour accueillir les réfugiés en toute confiance.

Face à une vague migratoire sans précédent, quel est aujourd’hui l’état d’esprit des Polonais ?

Comme je l’ai dit précédemment, il se sentent concernés par ce conflit alors que la majorité des pays européens se sentent menacés par ce conflit. La différence est de taille. Les Polonais iront jusqu’au bout pour lutter contre l’ennemi Russe.

Céder aux Russes serait tromper leur sentiment patriotique. Je rappelle que la Pologne a été rayée de la carte pendant 200 ans entre 1793 et 1918.

Ce traumatisme a créé un sentiment patriotique que rien ne viendra ébranler. Les Polonais iront jusqu’au bout, et aideront les Ukrainiens au maximum de leurs possibilités. Le combat des Ukrainiens est d’une certaine manière un combat russe contre un ennemi historique.

La défiance des Polonais envers les Russes est substantielle, mais attention à ce que leurs actions ne viennent pas contrecarrer les plans de l’Europe. Le gouvernement actuel joue une nouvelle place stratégique en Europe. La Pologne est devenue un pays tampon à l’avant-garde du conflit et qui bénéficie du soutien très large des États Unis et de l’Otan. Rappelons que des missiles de l’Otan sont présents sur le sol polonais.

La Pologne à ce jour accueille et entraine des futurs Ukrainiens pour les former aux combats sur les terrains de l’Otan et prend des postures parfois arrogantes vis-à-vis de la Russie. La Pologne est depuis longtemps et pour des raisons historiques en alignement total avec les États Unis, et parfois même en opposition avec l’Europe.

Les rapports entre la Pologne et L’Europe ont déjà changé et le conflit lui a apporté une nouvelle place stratégique. Cela aidera t’il les dirigeant européens à oublier ses critiques sur l’état de droit en Pologne ? Nous verrons bien.

Gazprom a confirmé, mercredi dernier, de cesser ses livraisons de gaz en destination de la Pologne, qui elle, refuse d’effectuer le paiement en roubles réclamé par le Kremlin. Quelle a été la réaction de Varsovie ? Quelles sont les conséquences de cet arrêt de livraison pour la population polonaise ?

La Pologne a déjà mis en place des solutions alternatives qui fonctionnent mais qui vont coûter plus cher.

L’inflation est repartie à la hausse et cela ne manquera pas de créer des tensions sociales fortes surtout sur les bas salaires.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

En tant que Conseiller des Français de l’étranger en Pologne, je tiens à saluer l’engagement des associations françaises en Pologne, et les associations de droit local, qui font un travail courageux et remarquable. Ces associations ont organisé des envois de vivres en Ukraine mais aussi hébergé des dizaines de familles réfugiées chez les Français de Pologne.

Eric Salvat, Conseiller des Français de l’étranger en Pologne.

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