“La Norvège est un modèle en matière de développement des énergies renouvelables”

L’équipe ASFE s’est entretenue avec Mamadou Baldé, référent à Stavanger en Norvège. Après de multiples expériences professionnelles en France et à l’étranger (Afrique de l’Ouest/ Etats-Unis), il a emménagé en Norvège en 2015 pour diriger les activités logistiques d’une compagnie d’ingénierie norvégienne.

« Le cœur de mon métier est de trouver des solutions aux problèmes des autres, et j’adore ça ! C’est avec grand plaisir que je mettrai mon expérience de la Norvège – tout particulièrement de la ville de Stavanger et du comté de Rogaland – au service des Français de Norvège et d’ailleurs. »

Quel est votre parcours et comment êtes-vous arrivé en Norvège ?

J’ai la bougeotte ! Il faut croire que c’est un trait de famille car mon père l’a eu en son temps et là j’ai plusieurs frères qui vivent eux aussi à l’étranger.

Pour ma part, après mes études en France, je me suis très vite orienté vers des postes à l’international. J’ai eu de la chance car mon premier CDI était un poste basé en France avec de multiples missions en Afrique de l’Ouest et dans le Golfe du Mexique.

Du coup, au travers de multiples missions, j’ai pu découvrir le Gabon, le Nigeria, le Congo et les Etats-Unis. J’ai passé quelques années d’expatriation à Houston et à Pointe-Noire.

Ensuite, j’ai voulu un poste plus stable (moins de missions). Un ami m’a recommandé une opportunité en Norvège et 6 mois plus tard j’étais à Stavanger avec mon parapluie !

En quoi consiste concrètement votre rôle de responsable de la supply chain ?

Ça peut paraitre un peu abstrait mais je prends souvent l’exemple d’un « chef d’orchestre » pour illustrer mon rôle de responsable supply chain.

Pour qu’un orchestre soit agréable à écouter, il ne faut pas juste des instrumentistes et des instruments. Il doit aussi y avoir de la coordination, du rythme, de la cohérence, de l’harmonie, de l’équilibre … bref vous voyez l’idée. Chez nous c’est un peu pareil, on a des opérations partout dans le monde qui chacune génère d’énormes flux ; matériel, information et/ou financier avec des interfaces diverses et variées.

Sans trop rentrer dans les détails, je dirai que mon rôle consiste à mettre de la cohésion dans tout ça afin que le bon flux arrive auprès de la bonne personne, au bon moment, en bon état et avec le meilleur rapport qualité/cout.

Pouvez-vous nous présenter des activités en matière de transition écologique ?

Plusieurs prototypes ont vu le jour ces dernières années. Des panneaux photovoltaïques, aux projets éoliens onshore/offshore en passant par les projets de stockage de CO2. A savoir qu’en matière d’éolien offshore il existe deux types ; les éoliennes fixes (implantées sur des fondations reposant sur des hauts-fonds) et les éoliennes flottantes (implantées dans des zones ne permettant pas la construction de fondations).

Les éoliennes flottantes sont plus compliquées à installer que les fixes du fait de leur instabilités… Il existe aussi les éoliennes subsea qui fonctionnent avec les courants sous-marins.

Nous avons installé un prototype au large de Paimpol en 2019. Tous à l’exception du stockage CO2 ont pour point commun de favoriser la transition énergétique en misant sur un changement de l’approvisionnement énergétique via des énergies renouvelables. 

Y-a t ’il un modèle qui se dessine de transition pour les géants de l’énergie dans le monde ? Quel serait pour vous le modèle idéal de transition écologique ?

Le modèle de transition énergétique vers lequel la plupart des géants de l’énergie se tournent sont les projets éoliens offshore (fixe, flottant ou subsea). Ce n’est pas le seul mais c’est un des principaux. Il y a plusieurs raisons à cela ; en termes d’ingénierie, de technologie et de développement ce modèle arrive à maturité, du fait de sa maturité il commence et va devenir de plus en plus rentable, ce modèle représente une extension naturelle pour toute entreprise évoluant dans le secteur parapétrolier du fait d’un grand nombre de synergies.

Cet intérêt pour l’éolien ne veut pas dire que ces entreprises abandonnent leurs activités historiques. Elles combinent les deux et pour beaucoup, elles s’appuient sur les revenus générés par leurs activités historiques pour financer l’éolien.

La Norvège est réputée pour ses politiques de développement des énergies renouvelables : avez-vous remarqué des différences par rapport aux autres pays où vous avez travaillé ? Aussi bien dans les missions qui vous sont données que dans la politique générale de l’entreprise, et plus largement, dans la mentalité norvégienne.

Je pense que la Norvège, et plus largement les pays scandinaves sont des modèles en matière de développement des énergies renouvelables. Il suffit d’observer le nombre d’initiatives dans ce domaine (champs éoliens, stockage CO2, avantages accordés aux voiture électrique) pour s’en rendre compte. La Norvège est consciente que ses ressources hydrocarbure sont limitées et s’appuie sur son expérience dans ce domaine pour enclencher sa transition énergétique. En comparaison, les Etats-Unis viennent tout juste de confirmer le lancement de vaste chantiers éoliens offshore sur la côte Est qui devraient démarrer d’ici 2023. Pour la zone Afrique de l’Ouest ce type de projet n’a pas encore vu le jour.

S’agissant de la politique générale d’entreprise et des mentalités, je dirai que chaque pays a ses spécificités. En Norvège, ce qui m’a beaucoup marqué et plu, c’est l’importance qu’accorde l’entreprise a l’équilibre vie pro/ vie perso. Cet équilibre est très règlementé par l’administration du travail et chaque entreprise est tenue de s’assurer que ses employés bénéficient d’un repos convenable. Il m’arrive souvent de dire à mes collaborateurs de se déconnecter pour aller se reposer !

Après, d’une manière générale, je trouve le cadre de travail en Norvège très convenable surtout quand on a des enfants – je pense que beaucoup de parents français qui vivent en Norvège confirmeront 😊

Certaines entreprises ont choisi de miser sur l’éolien : pensez-vous que ce type d’énergie est une alternative viable pour mener à bien une transition énergétique ?

Ce qui est sûr c’est que beaucoup d’acteurs en font le pari. Il s’agit aussi d’un enjeu géopolitique ; l’accord sur le climat de Paris, l’indépendance énergétique. Dans les années à venir on devrait voir se multiplier le nombre de parcs éoliens autour du globe ainsi que la taille des éoliennes qui devrai augmenter de manière significative d’ici à l’horizon 2050 afin de produire plus d’énergie.

Pensez-vous que les grandes entreprises du secteur de l’énergie se tournent vers l’innovation et les énergies renouvelables parce que c’est devenu une course au progrès pour se saisir de ce nouveau marché ou pour de réelles préoccupations écologiques ?

Je pense que c’est un peu des deux même si l’aspect économique est souvent un moteur dans ce genre de décisions stratégiques. En effet, pour investir une entreprise doit évaluer les risques et le retour sur cet investissement sur différent échelles de temps (court, moyen, long termes). Et clairement sur moyen/ long termes beaucoup d’études et d’analyses tendent à montrer que les modèles traditionnels comme l’Oil&Gas vont stagner puis commencer un lent déclin alors que l’éoliens devrai entamer un essor exponentiel d’ici à l’horizon 2050.

D’un autre côté, de plus en plus d’acteurs évoluant dans le secteur de l’énergies réclament des initiatives vers le renouvelable (cela va des jeunes salariés en sorties d’écoles aux actionnaires en passant par les consommateurs). Les entreprises doivent rester sensibles à ces demandes pour attirer des investisseurs et des talents, et garder leur image de marque.

Mamadou Baldé, référent à Stavanger en Norvège.

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