La loi de “sécurité globale” : un piège pour l’exécutif ?

Un nouvel épisode de l’actualité démontre que la France a décidemment les nerfs à vif. La moindre réforme vire très vite à la polémique, enflamme les débats et provoque des manifestations de rue qui se terminent souvent dans le désordre. Depuis deux ans et le début de la contestation des Gilets jaunes, les moments de répit sont rares. La pandémie et la menace terroriste ont même ajouté la peur au malaise. Singulier pays que le nôtre, qui donne l’image à l’étranger d’être toujours en ébullition, en rébellion, en révolution. Nos ressortissants qui habitent hors de nos frontières doivent être souvent interrogés sur le caractère éruptif de la population tricolore…

Actuellement, c’est une loi, dite de « sécurité globale », qui met le feu aux poudres. Un texte, somme toute consensuel au début, sur la répartition des missions entre tous les acteurs du maintien de l’ordre : police nationale et gendarmerie, polices municipales, agents privés… Nul, ou presque, n’y trouvait à redire si un article, rajouté en bout de course par le gouvernement, n’avait perturbé son adoption. L’article 24 dispose, en effet, que la diffusion d’images ou de vidéos de forces l’ordre portant atteinte à l’intégrité physique ou psychique de celles-ci est passible d’une peine d’un an d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.

Immédiatement, les journalistes professionnels sont montés au créneau estimant que cette disposition pourrait porter atteinte au droit d’informer. Tous les défenseurs de la liberté d’expression leur ont emboîté le pas. Autant le dire, cet article paraît inutile. D’abord parce son interprétation peut effectivement prêter à confusion. Mais, surtout, parce que la diffusion d’images avec l’intention de nuire aux forces de l’ordre est déjà pénalisée par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, l’article 9 du Code civil et l’article 226-1 du Code pénal, qui prévoient que tout policier ou gendarme a droit au respect de sa vie privée.

Le gouvernement et la majorité présidentielle, divisée sur l’opportunité de conserver l’article 24 de la nouvelle loi, auraient donc pu éviter de se mettre une partie de l’opinion et de l’opposition à dos. Dans le même temps, la révélation d’une grave bavure policière à Paris et, avant elle, de dérapages brutaux lors de l’évacuation d’un campement de migrants au cœur de la capitale n’a pas arrangé la cause du pouvoir. Ces faits ont effectivement pu être mis au jour grâce à l’enregistrement des scènes de violence.

Le Président de la République doit rapidement trouver une issue de sortie à cette controverse regrettable. Lui qui voulait se donner une image régalienne et montrer son soutien indéfectible aux forces de sécurité, peu ménagées en cette période de crise terroriste, sanitaire et sociale, se retrouve pris dans un piège plus que fâcheux. À l’heure où frappe le djihadisme, où explose la violence et s’expriment des colères incontrôlées, nombre de Français réclament toujours plus de protection. Emmanuel Macron en est conscient.

L’équipe de l’ASFE

5 commentaires

  1. Quand on veut nommer un clone de Sarkozy à l’intérieur pour racoler les voix du RN il ne faut pas s’étonner. D’autant que les électeurs du RN préfèreront toujours l’original à la copie.

  2. Que de contre-vérités et d’omissions complaisantes à l’égard d’un gouvernement incompétent et brutal, honni par une très large majorité de la population, montré du doigt pour ses dérives à répétition en matière d’atteintes aux droits et libertés élémentaires, par plusieurs institutions internationales et ONG. A qui espériez-vous plaire ?

  3. C’EST TYPICAL, jamais content ! Il faut toujours qu’en France les gens se plaignent, toujours a redire même si on t fait ou tente de faire des choses pou leur bien.
    Souvent je suis heureux de ne pas vivre en France.
    Quel dommage et qu’elle tristesse !

  4. Pour ceux que le sujet intéresse je recommande la lecture de l’analyse de Christian Mouhanna, sociologue des organisations policières, parue dans 20 minutes samedi 5 décembre.

  5. Ce qui m’inquiète le plus, c’est la dérive totalitaire noyée dans des réformes et des soi-disant moyens de nous protéger d’une pandémie somme toute bien venue. Déjà le nom de “sécurité globale”, nous ramène tristement vers Georges Orwell et son 1984. Je vais aller plus loin, un passeport vert, pour permettre aux personnes vaccinées de pouvoir circuler à leur guise, alors que les autres serraient confinés. Pourquoi pas, en venir à cette idée qui flotte en Chine, d’un passeport citoyen qui nous donnerait des droits en fonction de notre état de soumission au dictat gouvernemental et par là d’une faction financière qui dicterai le travail, la consommation et l’abrutissement.
    J’ai peur de cette dérive totalitaire de la société occidentale, que je vois se dessiner chaque jour, sans que personne ne réagisse vraiment.
    Je suis citoyen Français, libre et responsable, je suis parti de mon pays parce que je n’aimais pas ce qu’il s’y passait et je ne pense pas être prêt à y revenir.

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