Comment allier création d’entreprise à l’international et respect de l’environnement ?

Pascal Bouquerel est le fondateur d’une entreprise de chauffe-eau solaires : Elioteknology. Installé en Chine et à Hong Kong depuis 20 ans, il met l’innovation et ses préoccupations écologiques au cœur du développement de sa société. En 2018, il est lauréat du Trophée Entrepreneur des Trophées des Français d’Asie. Il revient avec nous sur sa façon de faire le lien entre un engagement citoyen et ses activités professionnelles.

En quoi consiste votre projet et d’où vous est venue une telle idée ?

Elioteknology est une entreprise de chauffe-eaux solaires que j’ai créée il y a 10 ans. Avant mon arrivée en Chine, je travaillais sur l’île de la Réunion pour une entreprise de chauffe-eau solaires. Venir en Chine était un vieux projet de plus de 20 ans, et j’avais trouvé l’occasion de m’y épanouir. Après plusieurs années passées à l’étranger – en Afrique notamment – et dans les DOM-TOM où j’avais tissé un large réseau de partenaires et de clients, je connaissais les besoins du marché occidental vers lequel j’orientais ma production. La particularité de mon entreprise réside ainsi dans l’innovation apportée aux produits. Un système intelligent qui permet à l’utilisateur de limiter sa consommation d’énergie.

À mon arrivée, l’idée n’était donc pas de fabriquer un chauffe-eau solaire low-cost mais déjà, de s’inscrire dans quelque chose de durable, haut-de-gamme et bénéficiant des certifications européennes. Je souhaitais inscrire cette notion de durabilité dans l’ensemble de ma démarche. Pour preuve, la garantie de 10 ans qui nous permet de limiter l’obsolescence des cuves.

Comment avez-vous progressivement intégré l’environnement dans le développement de vos activités pour éviter qu’elles ne deviennent, sur le long terme, néfastes pour la planète ?

Intuitivement, la garantie d’une démarche qualité et la sélection de bonnes matières premières et de meilleurs moyens de production en est le premier élément. Éviter l’obsolescence des produits nous permet de contourner une logique de surproduction

Nous avons ensuite voulu penser nos chauffe-eaux comme des produits qui prendraient en compte l’environnement dans leur fonctionnement. Ils permettent à l’utilisateur d’économiser une part importante de leur consommation énergétique.

Pour aller encore plus loin, nous avons décidé de compenser les effets de nos activités économiques en nouant un partenariat avec l’association Planète Urgence. Ainsi, pour chaque cuve achetée, un arbre est planté et, justement dans des régions où il faut pallier l’absence de politique environnementale : en Indonésie ou à Madagascar où les ressources forestières sont exploitées pour les productions agricoles.

Pour autant, il m’a paru essentiel de ne pas s’en vanter. Cette démarche venait justement du fait de voir la concurrence promouvoir l’achat de chauffe-eaux solaires comme un acte pleinement écologique. Mais je suis quand même content et fier de cette action. Je m’implique dans une démarche écologique plutôt que d’en être simplement concerné.

Je crois aussi que j’ai eu la chance de développer mon activité dans un pays qui encourage les économies durables. Même si la Chine se fait souvent retoquer par les Occidentaux, je suis convaincu que dans 10 ans, elle leur donnera des leçons. Le pays a très largement encouragé les productions d’énergie renouvelables et notamment le photovoltaïque et a sensibilisé sa population à ces questions tout en leur donnant les moyens de saisir l’information.

Par exemple, nous avons ici une application qui nous transmet les relevés de pollution au quotidien et je n’ai pu constater qu’une très forte diminution.

Est-ce que vous avez constaté une évolution des mentalités par rapport au climat en Chine et sur les marchés occidentaux ? Si oui, quel rythme aurait-elle suivi ?

Les Chinois sont beaucoup plus sensibles à l’aspect environnemental. En dix ans, les mentalités ont énormément changé. Ils ne veulent plus d’un capitalisme effréné où l’argent passe avant tout le reste.

En Europe, même s’il y a aussi une prise de conscience, elle met plus de temps à s’intégrer dans le monde des affaires. L’environnement n’y est pas un sujet phare, il le devient et quand j’aborde mon partenariat avec Planète Urgence, je n’ai que trop peu de réactions enthousiastes. Certes, je ne l’exprime pas toujours, mais ça n’est pas l’attitude que je ressens.

La technologie pourrait-elle justement être une réponse à ces préoccupations ?

La technologie va, selon moi, permettre de réduire les effets de l’activité humaine sur l’environnement. Par exemple, en développant notre système (iCuve) qui n’était à l’origine qu’un système intelligent, de contrôle et de pilotage à distance, on s’est rendu compte qu’il permettait par exemple de limiter l’utilisation de la résistance électrique d’appoint.

En effet, sur les systèmes traditionnels, les utilisateurs lorsqu’il n’y a pas assez de soleil enclenchent la résistance sur le tableau électrique et oublient bien souvent de l’éteindre. Ils se retrouvent donc avec un chauffe-eau électrique plutôt qu’un chauffe-eau solaire. Avec notre système, nous avons constaté une économie de +30 % sur un parc de 100 chauffe-eaux solaires.

Un autre exemple, toujours en lien avec notre système intelligent, est le fait que nos installateurs peuvent visualiser l’ensemble du parc de chauffe-eaux sur un département, identifier et résoudre les dysfonctionnements à distance en cas de réclamation de la clientèle. On a donc réduit de 40 % les déplacements inutiles et les émissions de CO2 qu’elle génère. Idem en cas de fuite d’eau. L’ICUVE détecte et informe l’installateur et l’utilisateur.
Je suis donc convaincu qu’elle permettra de limiter l’impact environnemental.

Est-ce que c’est un point de vue que vos partenaires et vos clients partagent ?

Pour nos partenaires, nous sommes bien sûr, sur la même longueur d’onde. Nous avons de très bons retours sur les produits intelligents et leurs effets. Du côté de la clientèle, il y a encore des réticences à l’utilisation des systèmes intelligents. Certains veulent de la technologie, d’autres la considèrent comme un gadget. Pourtant, nous nous efforçons de les convaincre que ça n’est pas le cas et que c’est un outil qui permet vraiment de réaliser des économies. C’est respectable !

Pour terminer, quels sont les messages qui s’expriment à travers votre parcours professionnel ?

Le seul message serait d’être curieux. J’étais un cancre à l’école et je dis toujours aux jeunes – j’ai 57 ans – d’observer leur environnement, de lire pour apprendre, et comprendre ce qui les entoure, c’est ce qui m’a sauvé. Ça ne sert à rien d’avoir de grands diplômes si l’on ne comprend pas son époque, ses défis et que l’on ne se projette pas vers demain. Il faut des idées, de l’imagination et de la créativité. Cela ne s’apprend pas à l’école. Cela m’attriste parfois de voir des gens me demander comment lancer ou développer leur affaire, je leur réponds qu’il suffit de regarder autour de soi.

Pascal Bouquerel, fondateur d’une entreprise de chauffe-eau solaires : Elioteknology et lauréat du Trophée Entrepreneur des Trophées des Français d’Asie

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