Pour la première fois en France, sous la Vème République, plus de trois mois ont séparé les premier et second tours des élections municipales. Et, pour la première fois aussi, l’abstention a atteint un niveau record : plus de 55% le 15 mars, près de 60% le 28 juin.

Sans doute la crise sanitaire a-t-elle refroidi les ardeurs des électeurs. Inquiets pour eux-mêmes et pour leurs proches, ils ont préféré ne pas prendre de risques en s’exposant à une éventuelle contamination en allant voter. Toutefois, à cette explication conjoncturelle, il convient d’en ajouter une autre, structurelle, beaucoup plus préoccupante pour l’avenir de notre démocratie.

De scrutin en scrutin, depuis une vingtaine d’années, l’abstention se creuse, y compris quand il s’agit d’élire son maire, l’élu le plus apprécié des Français dans tous les sondages, loin devant les parlementaires ou les conseillers départementaux et régionaux. C’est le signe d’une profonde fracture entre la population et ses représentants dont elle met en doute la capacité à faire évoluer les choses dans le bon sens. Aller voter, à quoi cela sert-il ?, se disent les abstentionnistes, désabusés. C’est également l’expression d’un rejet du personnel politique dans son ensemble, suspecté de n’agir que dans son propre intérêt, de multiplier les promesses qu’il sait ne pas pouvoir tenir.

Ces attitudes sont graves. On récolte les élus que l’on mérite. Ceux qui refusent d’aller voter ne devraient avoir aucune raison de se plaindre ensuite ! C’est pourtant la plupart du temps le cas. Au lieu de manifester sa colère dans la rue, mieux vaudrait l’exprimer par un bulletin de vote. Les accès de violences de plus en plus fréquents, constatés ces dernières années dans l’espace public, ne mènent nulle part.

L’abstention souligne également une fracture générationnelle : elle provient surtout des jeunes générations – pourtant celles qui étaient les moins exposées aux conséquences graves du coronavirus. D’où cette question : les réseaux sociaux auraient-ils remplacé pour elles le bulletin de vote ? Si tel est le cas, il y a tout à redouter de la démocratie d’opinion, aussi fragile que versatile.

Ces élections municipales ont, par ailleurs, été marquées par une incontestable poussée écologiste. Sans doute est-ce là la preuve que les questions relatives à la défense de l’environnement, au bien-être et au réchauffement climatique sont de plus en plus prégnantes dans la conscience collective. Toutefois, il serait exagéré d’en tirer des conclusions hâtives sur un strict plan électoral. Rien ne dit que ce vote local présage une fièvre verte à l’occasion de la présidentielle. Par ailleurs, cette tendance est presqu’exclusivement urbaine, affirmée parmi ceux qui habitent les centres-villes avec toutes les commodités à proximité : transports en commun, services publics… Ils n’ont pas la vie des Français qui résident en territoires péri-urbains ou ruraux, souvent plus difficile.

A vous tous, Français vivant à l’étranger, l’équipe de cette lettre hebdomadaire souhaite d’excellentes vacances si vous êtes appelés à en prendre. Profitez de cette période pour retrouver vos proches et pour reprendre des énergies. Ces derniers mois, perturbés par une pandémie qui a mis le monde à l’arrêt, resteront gravés dans les mémoires.

Nous avons une pensée particulière pour ceux qui vivent encore confinés, leur pays d’accueil se battant en ce moment même contre l’épidémie, alors qu’en France nous avons désormais l’esprit tourné vers l’avenir. Retrouvons-nous à la rentrée, plein d’enthousiasme et d’optimisme. Bien entendu, toute l’équipe de l’ASFE reste à votre disposition d’ici là pour répondre à vos interrogations. A très bientôt.

L’équipe de l’ASFE