Alors que la pandémie de coronavirus connaît un essoufflement en Europe et notamment en France, elle continue de sévir lourdement en Amérique Latine. La propagation du Covid-19 ne cesse de s’accélérer dans la région. A titre d’illustration, le Brésil est devenu depuis quelques jours le nouvel épicentre de l’épidémie et le troisième pays au monde à compter le plus de victimes.

Face à cette situation sanitaire, les pays de l’Amérique du Sud ont décidé de ne pas adopter des stratégies de déconfinement similaires : le Mexique entame sa troisième semaine de déconfinement alors que l’Argentine décide de poursuivre, de nouveau, sa politique d’isolement.

L’équipe de l’ASFE a pu rencontrer Adrien Grynblat, représentant ASFE de la circonscription de Santiago (Chili), afin d’en savoir davantage.

Quelle est la situation au Chili ?

Le nombre de cas au Chili continue d’augmenter de façon exponentielle anticipant un pic d’ici la fin du mois de juin. Le gouvernement chilien a très vite anticipé la crise en fermant les frontières à la fin mars et optant pour des confinements de manière dynamique afin de viser l’immunité collective. Malheureusement, cette politique a montré ses limites et depuis environ 4 semaines, la totalité de la région métropolitaine de Santiago (environ 1/3 de la population du Chili) est passée sous quarantaine totale. Effectivement le système de santé est aujourd’hui complètement saturé avec peu de lits d’urgence disponibles et de ventilateurs mécaniques.

Les records de contamination au coronavirus s’enchainent au Chili, comment l’expliquez-vous ?

Le Chili est certainement l’un des pays au monde qui a fait le plus de tests, cela explique que les cas sont très nombreux, en revanche le taux de mortalité de l’ordre de 1% est très bas par rapport a de nombreux autres pays. Par ailleurs, il faut souligner que la quarantaine obligatoire n’est malheureusement pas un succès vu que les gestes barrières sont peu respectés et la circulation des personnes n’a diminué que de 30% en moyenne.

Aujourd’hui, quel bilan peut-on faire de la crise sanitaire au Chili ? (Moyens humains, matériels, organisationnels, etc.)

De nombreux moyens sont réquisitionnés pour faire face a cette crise sans précèdent. Au niveau hospitalier, le nombre de lits « covid » est constamment augmenté dans la mesure du possible par les différents établissement de santé publics et privés. Au niveau économique, de nombreux moyeux de stimulation ciblés sur les populations pauvres ont été mis en place étant donné la très forte hausse du chômage et la grande informalité de l’économie.

Au mois de mai dernier, de violentes manifestations ont éclaté dans les rues de Santiago, la capitale du pays, afin de dénoncer la hausse de la précarité dans les quartiers défavorisés. Pensez-vous que cette crise sanitaire risque d’aggraver la crise sociale que le pays est en train de connaître ?

La crise sociale est effectivement accrue par la crise sanitaire mais prend désormais un tout autre visage. Il ne s’agit plus d’offrir plus de bénéfices aux classes moyennes pour vivre mieux mais de garantir la survie des personnes en situation d’extrême précarité et des revenus minimums dans ce contexte particulièrement difficile.

Malgré les mesures de confinement partiel imposées, l’économie chilienne s’est effondrée avec une chute de 14% du PIB au mois d’avril. Il s’agit de la baisse le plus forte en trente ans. Comment pensez-vous que l’économie chilienne va évoluer ces prochains mois ? Comment le gouvernement chilien envisage-t-il la suite des événements au Chili sur le plan économique ? Des aides ont-elles été déployées ?

Plusieurs mesures sont actuellement évaluées a ce jour. Le stimulus fiscal sera clé pour la reprise de l’économie au moment où nous sortirons de la quarantaine. Le Chili reste une économie très ouverte et dépendante du cuivre donc la relance de l’économie globale et la stabilité de la Chine seront d’autres clefs pour la sortie de crise du Chili.

Comment la communauté française au Chili vit-elle cette crise sanitaire ?

Comme dans de nombreux pays, certains ont pris la décision de revenir en France mais je pense que ce ne sont que peu de familles. Les autres familles restent bien sur attentives aux événements en espérant un déconfinement au plus vite.