Alors qu’une partie du monde sort peu à peu du traumatisme causé par le coronavirus, les Etats-Unis renouent avec leurs vieux démons. La mort de George Floyd, un Afro-américain de 46 ans, victime de brutalités policières à Minneapolis, dans le Minnesota, a plongé la première puissance mondiale dans une ambiance de guerre civile. La tension est telle que des couvre-feux ont été décrétés ici et là dans le pays, y compris à New York.

Curieuse Amérique qui, la même semaine, passe du rêve au cauchemar. Le rêve, c’est évidemment le lancement réussi vers la lune de la mission habitée SpaceX, depuis Cap Canaveral. L’envers de cette marche vers le futur, c’est la colère de la minorité noire qui nous renvoie à un passé que l’on croyait révolu. Plus précisément vers les années 1960, marquées par des manifestations géantes et violentes pour les droits civiques et l’assassinat de Martin Luther King, l’homme qui avait un rêve…Déjà, à cette époque, les Américains étaient en route pour l’espace avec les fusées Apollo, dont les héros s’appelaient Buzz Aldrin, Neil Armstrong et Michael Collins.

Un demi-siècle plus tard, les Etats-Unis n’auraient-ils pas changé ? Les deux mandats de Barack Obama, premier président métis de la nation, n’auraient-ils servi à rien alors que son arrivée à la Maison-Blanche était pleine de promesses ? Il faut le croire, malheureusement. Les Afro-américains, qui représentent 13% de la population, restent en majorité ceux qui souffrent le plus de la précarité et des inégalités devant l’école, la santé, le chômage, la sécurité… Le racisme n’a pas disparu, tant s’en faut.

Obama n’a pas transformé la société. Son élection a, au contraire, radicalisé la frange de ceux qu’il est convenu de qualifier les « petits blancs » souffrant de la désindustrialisation et du décrochage sociale par rapport aux Etats des côtes est et ouest. Cette Amérique profonde a élu Donald Trump avec un esprit de revanche chevillé au corps et continue à le soutenir coûte que coûte.

L’actuel président le sait, qui a pris le parti de l’ordre et de la loi depuis la mort de George Floyd. A cinq mois de la présidentielle, il réitère le pari de Richard Nixon en 1968. Cette année-là, alors que l’Amérique était sous tension après l’assassinat de Luther King et les déconvenues de la guerre du Vietnam, le républicain Nixon décide de défendre l’ordre et les vieilles hiérarchies sociales. Sa campagne lui permettra de succéder au démocrate Lyndon Johnson. En dépit de la colère suscitée par le meurtre de Minneapolis, il y a des chances que l’histoire se répète en novembre prochain. D’autant plus que Joe Biden, l’adversaire de Trump dans la course à la Maison-Blanche, ne parvient pas à émerger.

Encore une fois, ce qui se produit aux Etats-Unis a et aura des répercussions dans le monde. En France, alors que les rassemblements publics de plus 10 personnes demeurent proscris, une manifestation de 20 000 personnes s’est tenue mardi soir sur le parvis du tribunal de Paris, afin de dénoncer les violences policières à l’appel du Comité Adama, du nom d’Adama Traoré qui avait trouvé la mort lors d’un contrôle policier il y a quatre ans. Le rassemblement, interdit par la Préfecture de police, s’est achevé par des heurts…