Coronavirus : un « retour à la normale » en Chine ?

Le 8 avril 2020, la ville de Wuhan, épicentre de l’épidémie de coronavirus, a mis un terme à un confinement qui a duré près de onze semaines. Aujourd’hui, les Chinois tentent de retrouver un rythme de vie semblable à celui qu’ils avaient avant la crise sanitaire. Cependant, la Chine, et plus généralement le monde, restent fortement préoccupés par la crise économique qui s’annonce.

Nous avons demandé à Gwënola Coupé, représentante de l’ASFE à Shanghai et ses environs, de nous en dire davantage.

Quelle est la situation actuelle en Chine ? Peut-on parler d’un véritable « retour à la normale » ?

Pour répondre correctement et de manière évolutive en fonction des événements nationaux et internationaux, il y a de nombreux, voire une pléthore de rapports circonstanciés. Certains inspirés, d’autres moins… Gouvernement Chinois, Chambre de Commerce Européenne, Ambassade de France, Chambre de Commerce Française, cabinets privés comme McKinsey. Tous publient à un rythme soutenu des analyses sectorielles, des commentaires. En faire son miel est un travail de Titan. Une lourde collection aux conclusions changeantes propre à la réflexion. Calme ou candeur…les grandes idées n’ont guère convaincu ces derniers temps, l’immédiateté non plus. RESILIENCE, pragmatisme, prudence, modestie, patience, tempérance, rigueur, propreté, courage aident peut être.

Comment s’est passé le « déconfinement » ? Quelles sont les mesures actuellement appliquées ?

La vie a poursuivi son cours, avec de la prudence et quelques obligations. L’ambiance est bon enfant. En allant acheter ma baguette de pain, je note la date, mon nom, mon numéro de téléphone, ma température venant d’être prise et l’employée me fournit un stylo bien désinfecté. Les commerces ont rouvert progressivement. C’est ainsi presque partout. Chez HSBC, grand luxe : un parcours protégé guide vers un appareil automatique suspendu à un portique, le garde vous fait alors signe d’entrer. Toutefois, plus loin à l’intérieur chaque bureau a ses propres procédures. Plusieurs fois par jour, la prise de température au poignet, au front est aimablement requise. La ‘fièvre’ d’une rencontre n’est plus d’usage. Parfois le QR code vert est requis, celui de Shanghai. Il y a peu, les autres étaient sujets à suspicion pour les étrangers.  Au 30 Avril, peu de changement. Ça rassure. La lenteur s’est invitée dans cette ville trépidante

Les personnes sont-elles toujours en « télétravail » ? L’économie a-t-elle repris ?

Dès le 22 janvier 2020, notre société, comme d’autres a pris des mesures préventives malgré seulement 6 cas à Shanghai et 270 dans le Hubei. Les décisions de télétravail furent prises avec des conseils pratiques pour la période des immenses mouvements de population qui s’annonçaient. L’expérience du SRAS y contribua. En fin des congés de la fête du printemps, strictement en ‘télétravail’, du 3 au 24 Février puis jusqu’au 16 Mars pour 50% de l’effectif avec arrivée avant 10h. J’ai à plusieurs reprises souhaité que ce choix se poursuive au-delà du confinement. Finalement, depuis le 16 mars, métro, boulot. Ce fut le cas de la plupart. Dans les usines, les contrôles sanitaires varient selon les secteurs, les villes et les provinces. L’économie a repris mais que signifie reprendre. Chacun s’active, tout le monde fait des économies. Les particuliers épargnent et ont pris des habitudes casanières. Les entreprises économisent, scrutent toutes les dépenses non essentielles, jusqu’à quand ?  Le PIB lui en a pris un coup pour le premier trimestre, pour le second, sûrement un deuxième. Après, il faut des clients.

La crainte de l’apparition d’une nouvelle vague d’épidémie est-elle avérée ?

La crainte est toujours là et reste bonne conseillère. Mais depuis de nombreux jours, les cas se limitent à des cas importés par des personnes revenant de l’étranger par les quelques vols qui subsistent. A l’extrême nord dans le Heilongjiang, des retours de l’extrême orient russe ont obligé à confiner une ville frontière. Peu d’inquiétudes car les contrôles à l’arrivée sont d’une rigueur extrême: tests, a minima 14 jours d’isolement strict en fonction des résultats de l’ensemble des voyageurs. A chacun sa couleur, à l‘image de ce qui existait déjà pour l’accès aux quartiers résidentiels, aux parcs. Pour les étrangers depuis le 28 Mars leur retour est quasiment impossible. Des interventions diverses essaient d’alléger cette quasi fermeture des frontières.

Comment se porte la communauté française en Chine ?

La communauté connait une baisse tendancielle forte de son nombre de résidents depuis trois, quatre ans. Au début de la crise nous avons dû choisir : rester ou partir ? Choix difficile… C’était l’inconnu, l’imprévisible ! Nous vivions une crise sans précédent ! Depuis, l’impact économique est là. Nous le sentons, nous le voyons. Beaucoup d’entreprises accélèrent leur redimensionnement en Chine. Des aides financières seront disponibles pour aider quelques familles à passer ce cap difficile. Les écoles chinoises ont déjà repris le 27 avril dernier pour les classes à examen. Les écoles internationales reprennent le 5 mai pour ces mêmes classes. Le Lycée Français de Shanghai va reprendre partiellement son activité en présentiel, en priorité pour les classes à examen. Des enfants et des parents sont encore bloqués. Le e-learning occupera nombre de mamans méritantes, de papas, seuls ou alternativement jusqu’à la fin de l’année scolaire. Beaucoup de résidents français étaient partis en congés hors de Chine pour le  nouvel an chinois. Certains ne sont pas revenus au bon moment. Le gong a résonné. La Chine a fermé ses frontières aux étrangers le 28 mars… et ce jusqu’à nouvel ordre! Les vacances d’été ? Nous n’y pensons pas. Il faut travailler plus dur pour retrouver et diversifier nos business ! Pas de business, c’est l’arrêt de l’activité, c’est la porte ! La perte du permis de travail, le retour en France…  

Nous vous invitons à lire la revue complète rédigée par l’équipe ASFE Shanghai ici !

 

L’équipe de l’ASFE

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