Est-ce à l’aune d’une crise sanitaire que l’on mesure la puissance d’un pays ? Depuis le début de l’année, l’apparition d’un nouveau coronavirus en Chine met le monde en émoi. Il ne peut en être autrement alors que ce pays est le plus peuplé de la planète – 1,4 milliard d’individus -, qu’il possède la deuxième économie la plus forte et qu’il est devenu incontournable dans le concert des nations.

A titre de comparaison, le virus Ebola qui ravage certains pays d’Afrique, comme la République démocratique du Congo où il a causé la mort de quelque 2300 personnes depuis un an et demi, ne suscite pas les mêmes inquiétudes. La RDC a beau receler dans son sous-sol de nombreuses richesses, elle n’est pas au centre d’échanges commerciaux, financiers et humains aussi intenses que le géant asiatique. Pour ces mêmes raisons, elle n’a pas la même influence que lui sur l’échiquier des relations internationales.

A la lumière de l’épidémie du virus 2019-nCoV, on voit combien la Chine a évolué. Au tournant des années 2000, face au Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère), le régime communiste avait fait preuve de légèreté en essayant de cacher cette maladie au monde. Vingt ans plus tard, conscient des enjeux et soucieux de préserver le rayonnement du pays, il ne lésine pas sur les moyens pour prévenir et contenir l’épidémie. A-t-on déjà vu une nation construire, en quelques jours seulement, un hôpital spécialement dédié au traitement des malades ?

Cette rapidité – sidérante à mes yeux – est un message adressé d’abord au peuple chinois. Contrairement à un préjugé tenace, le pouvoir incarné par Xi Jinping sait que sa survie dépend aussi de sa faculté à répondre aux vives inquiétudes environnementales et sanitaires de sa population. Sa difficulté à se soumettre aux accords internationaux, aussi bien sur le climat que sur la santé, s’explique plus par des obstacles techniques que par des réticences politiques. La répétition de violents épisodes de pollution et de crises épidémiques pourrait finir par provoquer des révoltes sociales incontrôlables. Celles-ci mettraient à mal le régime communiste et l’affaibliraient sur la scène mondiale.

Cette alacrité est ensuite un message envoyé à toute la planète pour montrer que la Chine, hier pays émergent, est devenue une grande nation. Elle n’est pas un géant aux pieds d’argile, comme il y a vingt ans. Elle contrôle la crise et se donne les moyens d’y répondre, comme personne.

Son poids est telle qu’elle a réussi à influencer, en coulisses, le communiqué divulgué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Tout en déclenchant un état d’urgence sanitaire internationale, l’agence onusienne a bien précisé que la circulation des biens et des personnes avec l’Empire du Milieu devait continuer. La perspective d’une mise en quarantaine aurait eu, il est vrai, des conséquences importantes sur l’économie mondiale. C’est dire si, aujourd’hui, c’est le monde qui tourne autour de la Chine, et non le contraire !