La douloureuse perte de treize de nos soldats, en novembre dernier, dans le nord du Mali a replacé sous les feux de l’actualité la présence militaire française au Sahel. Depuis 2013, la France est engagée là-bas pour deux raisons essentielles. D’abord, éviter que les pays de cette région (Mali, Burkina Faso, Niger principalement) ne sombrent dans l’anarchie alors qu’ils sont en proie à de vives rivalités tribales et dotés de faibles structures étatiques. Ensuite, lutter contre les forces djihadistes de l’Etat islamique ou d’autres formations qui ont l’ambition de créer une zone qu’il leur appartient, autrement dit un califat. Il n’est pas une semaine où ces bandes ne perpétuent pas des massacres de villageois.

Certes, le moins que l’on puisse dire est d’admettre que les résultats de l’opération tricolore sont encore minces. A tel point qu’une partie des populations locales critiquent notre présence sur place : le dispositif Barkhane, auparavant baptisé Serval, compte 4500 hommes. Accusée de néocolonialisme, la France doit- elle pour autant se retirer ?

La réponse va de soi. Un retrait n’est pas du tout souhaitable. Je dirai même plus : la France est condamnée à rester… C’est évidemment le sens des propos tenus par le président de la République à Pau où il recevait, en ce début de semaine, ses homologues africains du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad et de Mauritanie. Ces derniers ne demandent d’ailleurs pas le départ des troupes françaises, dont l’impopularité est beaucoup moins grande qu’on veut bien le rapporter dans les médias occidentaux. Preuve de sa détermination, Emmanuel Macron a décidé de renforcer le dispositif Barkhane de 220 hommes qui seront opérationnels dans les jours prochains.

Sans la France, c’est toute une région du monde qui basculerait dans le chaos, bien au-delà de la seule bande sahélienne. Au nord, faut-il rappeler que le désordre libyen, déjà très difficile à contenir, se répandrait comme une métastase sur toute l’Afrique sub-saharienne ? Quant à l’Algérie, qui vit une période chahutée dont l’issue est très incertaine, elle serait beaucoup moins en mesure de jouer les gendarmes, comme dans un passé proche, si la situation devait dégénérer. Au sud, cette fois, des pays frontaliers du Sahel, comme la Côte d’Ivoire, le Togo ou le Bénin, pourraient également être gagnés par une fièvre peu à peu incontrôlable. Même le Sénégal ne serait pas à l’abri…

La France n’a donc pas d’autres solutions que de mieux ajuster sa présence et de renforcer l’encadrement qu’elle apporte aux armées locales, souvent très démunies. Le départ annoncé des Américains, qui viennent pourtant d’ouvrir une nouvelle base militaire au Niger, montre que nous n’avons pas le choix si nous voulons éviter le pire. Il convient, en revanche, de persuader nos partenaires européens de nous soutenir davantage dans cette opération. Par un soutien logistique plus important et par une aide financière à la hauteur. Il y va de leur intérêt. Si le désordre se propageait dans toute cette partie de l’Afrique, l’Europe s’exposerait à une nouvelle vague migratoire – d’une ampleur sans doute inédite – et à une menace djihadiste que tout le monde redoute…

 

Jean-Pierre Bansard