Est-il déjà trop tard ? C’est la question que tout le monde se pose alors que s’est ouvert cette semaine, pour douze jours, la conférence internationale sur le climat à Madrid, dite « COP 25 ». A l’ouverture de cet événement, Antonio Gutierres, le secrétaire général des Nations unies, a dressé un tableau sombre de l’état de la planète. Son introduction a résonné comme un ultimatum aux membres des 196 pays représentés : « Voulons-nous vraiment rester dans l’histoire comme la génération qui a fait l’autruche, qui flânait pendant que le monde brûlait ? »On ne saurait mieux dire…

Nombre de pays, notamment les nations les plus polluantes comme les Etats-Unis et la Chine, ne brillent pas par leurs efforts. Les promesses de l’accord de Paris, signé en 2015, sont très loin d’être tenues. Une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont au rendez-vous, mais ni Donald Trump ni Emmanuel Macron n’avaient prévu de venir. Pas pour les mêmes raisons.

Si l’aversion du président américain pour la défense de l’environnement est connue, les engagements du chef de l’Etat français sont au menu de la deuxième partie de son quinquennat. Je m’en réjouis. La cause écologique a même été élevée au rang de priorité, compte tenu de l’intérêt exprimé par les Français pour ce sujet dans tous les sondages. Notre gouvernement a pris deux décisions d’envergure : la fin des voitures à moteur thermique d’ici à 2040 et la division par six des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

La France, qui bénéficie de l’énergie nucléaire, peu polluante – même si elle comporte d’autres risques -, n’a pas à rougir de son action par rapport à ses voisins et au reste du monde. Selon un récent rapport de l’ONU, les émissions de CO2 ont progressé en moyenne de 1,5% par an ces dix dernières années. Elles ne donnent aucun signe de ralentissement alors qu’il faudrait qu’elles baissent de 7,6% par an chaque année, entre 2020 et 2030, pour espérer respecter la limite de +1,5°C du réchauffement climatique.

Fin 2018, les principaux gaz à effet de serre ont franchi de nouveaux records de concentration dans l’atmosphère… Le niveau des mers, quant à lui, a augmenté de 15 cm au XXe siècle. Le rythme de cette élévation s’accélère et le niveau des océans continuera à monter pendant des siècles, menaçant des zones côtières, où vivront d’ici à 2050 plus d’un milliard de personnes. La hausse des océans pourrait atteindre 30 à 60 cm d’ici à la fin du siècle.

Pareilles prévisions n’incitent guère à l’optimisme à l’heure où la diplomatie multilatérale est mal en point. La tendance au repli sur soi des nations est le pire adversaire de la défense de l’environnement, laquelle nécessite dialogue, concertation et union. A la France et à ses responsables de continuer à labourer le sillon de la raison pour protéger du chaos les générations futures.

 

Jean-Pierre Bansard
Président de l’ASFE