Les candidats  pro-démocratie ont obtenu – lundi 25 novembre –  une victoire aux élections locales à Hong Kong. Sur les 452 sièges qui étaient à pourvoir, les candidats pro-démocratie ont remporté 388 sièges, soit un gain exceptionnel de 263 sièges, par rapport au précédent scrutin en 2015. Les candidats pro-Pékin ne conservent que 59 sièges et cinq reviennent à des candidats indépendants. La participation a dépassé les 71% des 4,13 millions d’électeurs inscrits, un taux record. Dans ce contexte, nous nous sommes entretenus avec Emilie Tran, conseiller consulaire à Hong Kong.
  • Une crise politique majeure
Nous nous retrouvons aujourd’hui au cœur d’une crise qui dure depuis plus de 5 mois. Une crise politique – au départ – pacifique, puisque près de 2 millions de personnes âgées, des familles, des enfants, tous secteurs d’activités confondus se déplaçaient dans les rues afin de manifester contre le projet de loi d’extradition.
Comme le pouvoir restait campé sur ses positions, les manifestants sont passés à l’action. En face la répression policière se faisait elle aussi plus dure, mettant la ville à feu et à sang. Depuis les émeutes de 1967, Hong Kong n’avait plus connu ce genre de violence.
  • Un vote massif
C’est dans ce contexte très particulier que se sont déroulées les élections de dimanche dernier. Ces élections dites de « districts » ont eu un taux record de participation: plus de 70 % de la population s’est déplacée. Aujourd’hui, on parle d’un « raz-de-marée » en raison du score des démocrates qui ont remporté 17 districts sur 18. il est évident que cette situation envoie un message très fort à l’exécutif.
Il convient cependant d’analyser l’écart qui oppose les démocrates aux pro-gouvernement. Dans l’ensemble on remarque que les écarts –  sur les résultats définitifs – ne sont, dans l’ensemble, pas aussi distanciés: 60% de pro-démocrates contre 40% des pro-gouvernement. Il est important de prendre en compte ces 40% de la population qui n’ont pas voté pour les démocrates, révélant ainsi une société hongkongaise profondément divisée. Cela n’enlève, bien entendu, aucun mérite au camp des démocrates qui a fait ainsi fait du dégagisme pour instaurer une nouvelle donne dans les affaires locales.
Pour ma part je trouve que les élections locales se sont très bien déroulées. La commission électorale a été exemplaire. Il y a eu des questions et quelques incidents, mais rien qui n’ait pu être solutionné. Ce rassemblement électoral historique démontre en tout état de cause le réel mécontentement de la population face au gouvernement et une des façons de soutenir le mouvement était en effet de se rendre aux urnes.
  • L’inquiétude des expatriés et du monde économique
Cependant, depuis le mois de juin, la mobilisation a perdu en puissance en raison de tous ces actes de violence et du chaos qui régnait certains jours. Du côté du Lycée français, on note 50% de départs de plus que l’année dernière à la même époque.
Le lycée s’attend aussi à une diminution du nombre d’élèves à la prochaine rentrée. L’économie de Hong Kong est formellement entrée en récession, en raison de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, qui a pris Hong Kong en étau. La contestation sociale n’a fait qu’aggraver la situation. Aussi des expatriés qui projetaient de partir ont-ils avancé leur départ, alors que d’autres ont été relocalisés par leur entreprises, notamment vers Singapour ou Shanghai.
Aujourd’hui on ne voit aucune solution d’apaisement. Et après quelques jours de trêve, les manifestations ont repris dès le 27 novembre, avec des blocages des routes.
Du côté des universités, on se prépare à rouvrir le campus pour le second semestre, mais un plan B a cependant été mis en place, pour parer à une énième situation chaotique. Certaines universités n’accueilleront pas d’étudiants étrangers en mobilité de janvier à mai, en espérant que les choses rentreront dans l’ordre d’ici la rentrée 2020. C’est une grande déception pour de nombreux jeunes étudiants qui avaient choisi Hong Kong pour leur futur échange.