Il y a trente ans, tombait le mur de Berlin. Pour beaucoup, à l’époque, c’était la promesse d’un nouveau monde, débarrassé de cette fracture qui séparait l’est de l’ouest de l’Europe et, au-delà, les pays occidentaux, démocratiques et à l’économie de marché, du glacis communiste, tenu d’une main de fer dans un collectivisme peu enviable. Certains observateurs, comme le politologue Francis Fukuyama, prédisait déjà la « fin de l’histoire ». Autrement dit le triomphe du modèle libéral partout, ou presque, sur la planète. Rien de comparable ne s’est effectivement produit. Trente ans après l’effondrement de l’empire soviétique, l’humanité se cherche un avenir qui est loin d’être rassurant.


L’heure est moins à l’ouverture et aux mains tendues qu’au repli sur soi et aux égoïsmes nationaux. C’est vrai en Europe. Après avoir pris goût à la liberté, les anciens pays du bloc soviétique placés sous la férule de Moscou n’ont pas envie de se voir dicter, à présent, leur conduite par la technocratie bruxelloise de l’Union européenne. Les pays fondateurs, signataires du Traité de Rome de 1957, s’éloignent, quant à eux, de leurs ambitions initiales. Ils font souvent de l’Union européenne le bouc émissaire de leurs problèmes : immigration, insécurité, terrorisme… Cette tentation protectionniste, voire nationaliste, est également visible aux Etats-Unis, qui ne veulent plus être les gendarmes du monde. Mais aussi en Chine où le régime, bien qu’expansionniste comme le montre la volonté de tracer de nouvelles routes de la soie, est beaucoup moins disposé à ouvrir ses frontières aux quatre vents du commerce afin de préserver son niveau de production intérieure.


La résurgence du « frontiérisme », ainsi que la surnomment certains, se double de la peur du terrorisme islamiste qui, depuis le tournant des années 2010, frappe partout dans le monde. Face à la menace, chacun se cadenasse. Et aussi longtemps que la poudrière du Moyen Orient sera explosive, la crainte perdurera.


Dans pareil contexte, l’Europe devrait savoir se faire entendre et respecter. C’est malheureusement le contraire qui est à déplorer, trente ans après la chute de Berlin. Depuis 1989, l’Union européenne a vécu trois crises qui ont ralenti sa construction et provoqué des divisions. La première, politique, en 2005, est née du rejet par les électeurs français et néerlandais du projet de constitution européenne. La deuxième, financière, en 2008, a creusé un écart béant entre les économies fortes – Allemagne, Autriche… – et les plus faibles – Grèce, Espagne… La troisième, migratoire, en 2015, a mis au jour l’incapacité des Vingt-Huit à s’accorder pour trouver des solutions. Au lieu de se serrer les coudes, l’Union européenne est sortie affaiblie, ébranlée de ces trois épisodes, dont le Brexit est la manifestation la plus visible.


D’ici au 1er décembre, la nouvelle Commission européenne, présidée par Ursula Von der Leyen, devrait être en place. Espérons que cette entrée en fonction s’accompagne de la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement de donner une nouvelle jeunesse à l’Union sans laquelle l’Europe ne pourra rivaliser dans la mondialisation d’aujourd’hui…

Jean-Pierre Bansard
Président de l’ASFE