La relation franco-chinoise

Placé sous le signe du commerce et des échanges économiques, le voyage d’Emmanuel Macron, cette semaine, en Chine est de la première importance. A l’heure où les tensions sont vives entre Pékin et Washington, il est capital que l’Europe sache vanter ses atouts, et tout particulièrement la France. Je sais que la Chine populaire aime rappeler que notre pays jouit d’un statut à part pour avoir été la première grande nation occidentale à la reconnaître, sous l’impulsion du général de Gaulle, en 1964.
Certes, il ne faut guère se faire trop d’illusions : nous restons un enjeu relatif pour les Chinois qui, quoi qu’ils disent, ne veulent pas perdre le lien avec l’Amérique de Donald Trump. Ils sont obsédés par leurs négociations avec elle et n’ont pas de temps pour l’Europe, confiait récemment Joerg Wuttke, le président de la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine (EUCCC).
Les deux premières économies mondiales négocient un accord commercial intérimaire car Xi Jinping comme Trump restent déterminés à enrayer leur escalade tarifaire, menaçant l’économie mondiale. Ces négociations opaques font d’ailleurs craindre aux Européens d’être les victimes collatérales d’un accord. Xi doit donc rassurer Macron, en faisant quelques gestes sur le front commercial. La diplomatie d’ouverture du chef de l’Etat français vis-à-vis de Moscou et de Téhéran est appréciée à Pékin où, en revanche, les questions de droits de l’homme ne sont pas les bienvenues : la France est bien placée pour le savoir depuis l’accès de fièvre de 2008 autour du Tibet et de la venue du Dalaï Lama en Europe.
Au total, la France aura signé une quarantaine de contrats qui couvrent les grands axes de la coopération commerciale avec la Chine. Emmanuel Macron œuvre, avec pugnacité et raison, pour obtenir des engagements tangibles sur la réciprocité du marché chinois aux produits et aux investissements européens. C’est, bien sûr, dans l’agriculture que nous avons beaucoup à gagner : la croissance à deux chiffres de la consommation de viande en Chine peut notamment compenser la baisse de celle-ci en France. Sur le front bancaire, tout doit être fait pour que BNP Paribas, la Société générale et le Crédit agricole se voient accorder des licences. Enfin, la filière nucléaire française suscite chez les Chinois, je le sais, un intérêt particulier en dépit des ratés de notre EPR. La construction par nos soins d’une usine de recyclage du combustible nucléaire usagé est d’actualité depuis une dizaine d’années. Souhaitons qu’elle finisse par se réaliser.
Entre amis, on offre toujours le meilleur, surtout à un ami qui vient de loin, disait à peu près Confucius. C’est tout ce que je peux espérer de la relation franco-chinoise pour les années à venir…
Jean-Pierre Bansard
Fondateur de l’ASFE

Un commentaire

  1. Il est à noter que si la Chine est intéressée par la filière nucléaire française malgré les déboires des EPR construits en Europe, c’est probablement parce-que les EPR construits à Taishan, eux, l’ont été sans trop de soucis et suite à un surcoût finalement acceptable. Cette technologie fonctionne et la Chine peut en profiter, cela prouve que la coopération franco-chinoise porte ses fruits et je pense que c’est particulièrement vrai quand celle-ci se fait dans le respect mutuel et dans un certaine curiosité plutôt que dans le dédain et dans la méfiance. Concrètement, sur le terrain après quelques balbutiements le temps de poser certaines bases, l’emultion entre les équipes françaises et chinoises peut créer de grandes choses et cela est encore mieux quand les interactions sont telles que les équipes devient véritablement franco-chinoises.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *