CHILI : UNE RÉVOLTE SANS PRÉCÉDENT

M. Jean Ramos est ingénieur et vit au Chili depuis 30 ans. Il a occupé divers postes de direction dans des grands groupes français, et a dirigé la chambre de commerce franco-chilienne pendant sept ans. Fin connaisseur de ce pays « du bout du monde », il a accepté de revenir pour nous sur la vague de manifestations sans précédent qui secoue ce pays d’ordinaire si calme.

LES RACINES DE LA CONTESTATION 

Ce qui se passe au Chili a une origine absolument identique à ce qui se passe dans de nombreux pays du monde en ce moment, à savoir des mécontentements populaires liés à la présence de fortes inégalités au sein la société, que les peuples finissent par ne plus accepter.
Le Chili est un cas un peu spécial, puisqu’il est vu de l’extérieur comme « le bon élève de la classe ». Effectivement, c’est un pays où les grands équilibres sont respectés : au niveau économique, au niveau institutionnel, ou encore au niveau de la justice.

Augusto Pinochet, après son coup d’État, a adopté le modèle économique des Chicago-boys forts des enseignements de Milton Friedman. Des personnes qui n’avaient à mon sens pas lu Friedman jusqu’au bout. Ils considéraient que la croissance économique est la panacée universelle, que l’on peut tout lui sacrifier et que le bien être du peuple suivra. Friedman avec le temps a mis de l’eau dans son vin.

Dans tous les cas, après une première phase où Augusto Pinochet a mené le pays au bord de la ruine, il a redressé la barre avec cette recette sensiblement corrigée. La démocratie revient dans les années 90’. La règle d’or consistait alors à tout privatiser, puisqu‘on considère que l’État n’est pas compétent pour tout, et cela permet de récupérer des fonds et des dividendes. Sont ainsi privatisés de nombreux services publics : l’eau, l’électricité, etc. Ce système perdure et aux alentours des années 2000’, nombre d’infrastructures sont mise en concession et le système s’avère d’une grande efficacité. Vu de l’extérieur, le Chili est alors devenu la Suisse de l’Amérique du Sud.

On ne s’inquiète alors pas tellement du creusement des inégalités. Les grands groupes internationaux se portent bien, mais se crée une brèche sociale entre ceux qui s’enrichissent à très grande vitesse et un peuple certes sorti de la misère mais dont une grande partie demeure dans la pauvreté. Toutefois, grâce au crédit généralisé, ces personnes consomment et sur-consomment, dans des cycles de crédits, dettes et remboursement, qui permettent de faire perdurer le système. La classe moyenne se porte plutôt bien. On peut facilement partir en vacances dans les Caraïbes. Sauf que le système fonctionne à l’aveugle.

Personne n’avait l’air de s’en émouvoir outre mesure. Lors du retour à la démocratie, on a eu plusieurs présidents de centre-gauche, puis socialistes, jusqu’au gouvernement actuel de droite : malgré cette succession de gouvernants, de nombreux pans de l’économie sont mis en coupe réglés par des monopoles (la banque, la grande distribution, les pharmacies, etc.), mais là où le bât blesse vraiment c’est dans l’éducation, la santé et les retraites.

DES SYSTÈMES DEFAILLANTS  ET CREATEURS D’INJUSTICE 

L’école de ma petite fille qui a six ans et demi – qui n’est pourtant pas la plus exigeante – coûte chaque mois 400 euros à ses parents. Sachant que deux parents qui travaillent vont gagner autour de 1.500 euros, imaginez ce que cela coûte d’avoir trois enfants… Je ne parle même pas du coût des loyers, de l’eau, de l’électricité, des autoroutes… les gens vivent dans une sorte de « bicyclette » de crédit. Au Chili les intérêts sur les cartes de crédit sont de l’ordre de 45% par an. Pour les découverts, c’est autour de 20%.

Les assurances privées coûtent une fortune. En effet pas moins de 1400 euros par mois pour me couvrir moi, ma femme, ma fille et ma petite fille. Avec cela, les médicaments ne sont même pas remboursés…

DES MANIFESTATIONS HORS NORME 

Jusqu’à présent les Chiliens courbaient l’échine et tout fonctionnait. Piñera arrive donc au pouvoir, un homme d’affaire qui a fait fortune en une génération et qui fait de son mieux. Ni meilleur ni pire que les autres.

Ce qui se produit actuellement, ce sont en réalité les gilets jaunes à la chilienne. Là où l’on casse un peu en France, ici on casse beaucoup : c’est le côté latin.

Je continue de penser que lors des débuts des manifestations – le 18 octobre dernier – le pays est parti sur un modèle insurrectionnel, sans doute organisé tant les actes de vandalisme ont été importants. Nous étions en effet face à une synchronisation des actes de vandalisme qui ne peuvent pas être l’effet du hasard : accélérateurs chimiques, matériel spécialisé pour mettre le feu à des infrastructures difficilement inflammables, incendies de péages situés à 30 km de la ville, incendies de supermarchés, dégradations des seize stations de métros en même temps… C’est en tout cas la théorie qui circule.

Pour autant, ce qui ne fait aucun doute c‘est la rage des chiliens qui se greffe à ces événements.
Leur mécontentement s’étant décuplé par le fait qu’il n’y avait plus de transport. Les pillages des magasins n’ont pas seulement été organisés par les marginaux. Une mise à sac a été effectuée dans plus de 140 grandes surfaces, pillées et incendiées. Ils ont malheureusement parfois incendié des immeubles avec des gens dedans puisque les cinq premiers morts – des employés – n’ont pas pu sortir de l’immeuble en feu.

Le président a établi rapidement un couvre-feu et déclaré l’état de siège.

Petit à petit le côté émeute, le côté terrorisme urbain, s’amenuise. Les gens se réveillent et se disent que finalement ces personnes-là ont raison. Même si j’en souffre, j’adhère. Aujourd’hui, on assiste à quelque chose qu’on n’a jamais vu en 30 ans ! Il y avait un million de manifestants dans les rues de Santiago et des manifestations jusqu’à la Terre de Feu. Tout le monde s‘est soulevé, tous ont décidé de prendre part à cette manifestation hors norme.

Aucun parti politique n’a mis son nez là-dedans. Les gens de droite se sentent coupable d’avoir profité du système et les gens de gauche se sentent honteux de ne pas avoir fait mieux pendant 30 ans. Les syndicats par contre se sont mis en marche.

J’ai toujours été choqué par ces inégalités et je suis surpris que tout cela ne soit pas arrivé plus tôt.

J’avais mis la patience des chiliens sur le compte qu’ils avaient vécu une dictature pendant dix-huit ans. Je pensais que la résignation était installée dans leur ADN. Je vois désormais qu’ils ne sont pas complètement domptés.

C’est là que la barrière est difficile à discerner entre les professionnels de la casse et les autres. Comparées aux gilets jaunes, ces manifestations étaient clairement beaucoup plus virulentes, plus meurtrières et efficaces au niveau de la destruction. Piñera commence aujourd’hui à faire son mea culpa comme Macron avait commencé à s’excuser devant les Français. La population s’est réveillée.

14 commentaires

  1. EXCELLENT ! Rarement lu quelque chose d’aussi objectif, pondéré et pertinent sur le sujet.
    Il conviendrait d’ajouter une autre inégalité, celle devant la justice.
    Il est difficile de comprendre la quasi impunité dont ont bénéficié des cuellos con corbata (propriétaires ou cadres supérieurs de PENTA, SQM et autres) dans des affaires de financement illégal de partis politiques mais aussi certains des plus hauts cadres de l’armée et des carabiniers dans des affaires de détournement de fonds publics.

  2. EXACT ! Je suis tout à fait d’accord avec cette vision de la situation (cela fait 22 ans que je vis au Chili). J’apprécie en particulier l’objectivité de cet article.
    Cette qualité manque aux journalistes qui créent un climat d’angoisse et de haine.

  3. el gobierno actual de chile está trabajando para satisfacer las demandas sociales, no destruyamos Chile, que puede llegar al camino de Venezuela. La clase media es la mayoría en Chile y hay colegios gratis de muy buena calidad, que las ideologías de izquierda están destruyendo. La Concertación (partidos de izquierda) governaron Chile después de Pinochet (1990 a 2010) y en el periodo (2014 a 2018), siendo casi todas las concesiones hechas durante este periodo.
    La economía está sufriendo un gran golpe con estas manifestaciones y destrucciones, gente quedará sin empleos. Estas destrucciones son irracionales y solo persiguen destruir las instituciones y llegar a una asamblea Constituyente, que manda el que mas grita.

    1. El único sostén y argumento que tienen los “Sarkozistas” chilenos para asustar es el mismo desde 1990: no volver a la catástrofe cubana y venezolana. El problema consiste en que se entregó Chile desde ese año a políticos sin la mínima experiencia y racionalidad para devolverlo a la democracia.

  4. Les calculs de l’assurance santé sont loin d’être représentatif… Pour une famille de 4 personnes, 2 adultes, 2 mineurs, un plan de santé avec 90% de couverture a la Clínica Alemana coute aux alentours de 600 euros, loin des 1.400 euros dont on parle dans l’article. Et on parle d’une clinique privée des plus réputées et chères… Quant aux restes des opinions exprimées, dommage que l’article ne parle que du ressenti d’une personne, cela aurait interessant d’avoir plusieurs avis et idéalement divergents pour se faire une meilleure idee…

  5. Cher Monsieur Jean Ramos en connaissence je suit tout a fair d accord avec vos commentaires manque ajouter que la clase politique chillienne manque beacoup d’expertise et ne font que parlotter au senat et ce bagarre entre eux dommage!
    manque dire aussi les medicaments ne sont abordable .

  6. Cela fait pas mal d’années que je vis au Chili.
    Excellent post de Mr Jean Ramos, équilibré, pertinent, et qui me semble bien refléter la situation actuelle.
    Quelques remarques personnelles à propos des autres envois.
    INEGALITES DEVANT LA JUSTICE :
    La quasi impunité dont ont bénéficié certains cols blancs, mais aussi certains politiques vient simplement du fait qu’au Chili la notion de “crime économique” ne correspond en rien à celle qui prévaut en Europe (par exemple).
    La quasi impunité dont certains membres de l’armée et de la police ont pu bénéficier (mais, procès en cours) provient sans doute aussi du fait que le budget annuel des forces armées n’est ni voté au Congrés, ni contrôlé véritablement par ces mêmes assemblés.
    Au total, un rafraichissement de certaines lois (10% de Codelco etc…) et mise à niveau du droit en vigueur pourraient probablement limiter ce type de dérives.
    LA CLASE MEDIA ES LA MAYORIA EN CHILE:
    Chère Madame, si l’on s’en tient aux chiffres connus,
    53% des chiliens ont un revenu mensuel inférieur à CLP 400.000 (480 Euros).
    20% des chiliens ont un revenu mensuel compris entre $ 700.000 et $ 1.400.000 (1.700 Euros)
    3% des chiliens ont un revenu supérieur à $ 6.000.000 (7.500 Euros et plus).
    La clase media ne représente donc pas la majorité, loin s’en faut.
    Nota: Le coût de la vie au Chili est sensiblement celui de la France (-7% en 2018, vérifié poste par poste, niveau de vie plutôt inférieur à celui de la France).
    PLAN DE SANTE EN LA CLINICA ALEMANA:
    Encore faut-il habiter à Santiago. Et que faut-il entendre par 90% de couverture (?).
    La notion de couverture santé au Chili me parait malheureusement plus complexe.
    Il existe 2 systèmes au Chili:
    La Fonasa (sécurité sociale chilienne). Celle des pauvres (dit-on ici). Files d’attente garanties.
    Les Isapres (complémentaires santé privées). Celle des (plus) riches.Attention immédiate et de qualité.
    La Fonasa n’est pas obligatoire. Les Isapres.non plus. On appartient à l’un ou l’autre système.
    Environ 70% des chiliens sont de Fonasa. Environ 70% du système de santé est privatisé.
    Le niveau d’attention en domaine privé est très bon, proche de celui de la France. Le niveau en milieu public est très correct.
    Le coût d’une complémentaire chilienne est en moyenne supérieur à celui pratiqué en France. Mais il est vrai qu’il faut ajouter le coût de la CFE et de la COTAM si l’on vit à l’étranger et si l’on cotise en France.
    Les honoraires pratiqués par les spécialistes et les dentistes sont proches de ceux pratiqués en France. L’optique et la kiné sont meilleur marché.
    Les médicaments, le dentaire, l’optique et le kiné ne sont pas couverts (remboursés) au Chili.
    Une grande partie des frais d’hôtellerie, certains médicaments, les matériels utilisés (prothèses) facturés en hospitalisation (public ou privé) ne sont pas remboursés non plus.
    Presque toutes les cliniques privées sont liées à une Isapre.
    CETTE QUALITE MANQUE AUX JOURNALISTES :
    Rien d’étonnant dans un monde largement privatisé où il est quand même important d’assurer son emploi.
    Cependant, incroyables et inhabituelles réactions de certains animateurs, chroniqueurs et autres vedettes du petit écran lors des dernières émissions qui ont suivi les évènements actuels (toutes tendances confondues).

    Impression personnelle et non un jugement (connaitre de nombreux pays m’a vite éloigné du réflexe comparaison et plus encore du jugement systématique):
    J’ai toujours pensé que le Chili, avec le temps, corrigerait les imperfections que ce pays connait encore. C’est d’ailleurs le lot de n’importe quel pays dans le monde.
    Difficile de jouer dans le club des 40 pays les plus riches du monde mais avec des règles du jeu différentes.
    Demeurer à la queue du classement mondial qui mesure la répartition de la richesse; par exemple.
    Avec le temps, or, on voit bien que quand une majorité souffre, le temps devient subitement compté.

  7. Excellent texte! D’une très grande objectivité (ce qui est malheureusement de plus en plus rare sur le net) et justesse. J’adhère complètement à l’argumentaire développé dans ce post.

  8. Merci pour ces analyses pertinentes. Depuis 3 ans au chili je reste choquée par le taux de privatisation du pays et sa plutocratie. Au delà de l’éducation, la santé, les retraités (déjà cités et horriblement chers), ce sont aussi les sommets de la cordillère des Andes ou l’eau qui sont privés. Influence du secteur minier?
    Difficile d’imaginer des changements sur la propriété, un retour au bien commun dans la joie et la bonne humeur.
    Comme disent nos amis chiliens, « ici il ne reste plus que le ciel à vendre! »
    Le Chili est un pays magnifique. Les Chiliens méritent mieux comme démocratie.

  9. DIFFICILE D’IMAGINER DES CHANGEMENTS …
    Il semblerait pourtant que certaines nouveautés aient été annoncées récemment. Telle que le revenu minimum qui augmenterait de CLP 65.000 par mois (en réalité de CLP 50.000 net; à priori les chiffres indiqués étant en valeur brute). Pour financer cette réforme, on parle d’augmenter l’Impôt Territorial pour les propriétaires possédant une seconde résidence ou plus. Rappelons que cet impôt foncier ne s’applique qu’à partir d’une valeur du bien supérieure à 30 ou 35 millions de CLP si je me souviens bien (valeur non contemporaine mais celle inscrite aux Bienes Raices). Peu de chiliens s’en acquittent aujourd’hui.
    A priori, une solution de financement qui ferait appel à une sorte d’ISF n’a pas été retenue, car elle aurait alors sans doute impacté l’ensemble de la fortune du contribuable, et donc, impacté brutalement l’économie. Il s’agirait donc d’un ISF revisité tel qu’il existe en Europe, propre à protéger l’investissement ici.
    Il s’agit d’une mesure rapide et audacieuse. Quel serait alors l’incidence sur les loyers de certains locataires ou sur les prix à la consommation, et donc sur l’IPC? Pour l’instant, les choses ne sont pas claires.
    A propos de la retraite, on parle aussi d’une réforme qui s’orienterait vers un double système de pensions. Peut-être, en plus de l’AFP (et autres nouvelles complémentaires?), de l’introduction d’un système solidaire, ou celle d’un système orienté assurance? cela n’est pas précisé pour l’instant.
    J’ai constaté la grande ignorance de mes amis chiliens quand ils abordent les mécanismes de la retraite à l’européenne. Celle qui emporterait leur faveur d’après ce que j’ai compris.
    Si une telle réforme (de solidarité) devait être mise en place, il serait nécessaire de faire preuve d’une grande pédagogie.
    Parler beaucoup d’arithmétique aussi. Qu’une telle réforme ne pourrait pas changer les choses du jour au lendemain, mais qu’il s’agirait surtout d’un investissement pour les générations futures. Egalement, que la viabilité d’un tel système demanderait un minimum d’années de cotisation, bien supérieure aux annuités cotisées en moyenne actuellement. Dans l’hypothèse d’un système géré (ou en partie) par l’état, l’obligation, pour plus de lisibilité, de percevoir les salaires (mensuels) sur un compte courant ou cuenta RUT au minimum et non plus un salaire payé par chèque ou en espèces, à l’heure ou à la tâche, comme c’est souvent le cas. Que cela signifierait sans doute quelques adaptations des lois bancaires, voire des lois du travail. Vaste tâche.
    Enfin, le post précédent aborde le thème de l’éducation. C’est à mon sens le plus compliqué à réformer. L’éducation représente aujourd’hui un pan important de l’économie chilienne, et c’est un fait. Sujet compliqué qui demanderait du temps pour être résolu.
    Enfin, même si toute démocratie demande à être perfectible, je ne peux pas laisser dire que le Chili n’est pas un pays démocratique. Il suffit d’aller voir dans la plupart des pays d’Amérique du Sud (voire Latine, où encore beaucoup d’autres pays) pour s’en rendre compte. Bien sûr il y a des problèmes économiques pour une bonne partie de la population et qui demandent des amélioration dans le temps.
    Ce serait vraiment chouette que les derniers gouvernements (y compris l’actuel) par leurs actions récentes ou futures, passent à la postérité. Il faut garder confiance, le peuple chilien est un beau et grand peuple. Mais, il ne le sait pas toujours.
    Sauf peut-être les femmes qui sont au Chili, et plus que jamais, el futuro del hombre.

  10. Jean, merci pour cette note, qui fait le jour sur quelques aspects de la crise actuelle. J’aimerais y apporter quelques compléments.
    Systèmes défaillants, bicyclette de crédit, etc. : tout à fait. L’école privée est chère et pas très performante, l’école publique est tristement nulle dans ses programmes, enseignants et infrastructure, et l’école cofinancée a été détruite par le gouvernement précédent. Le niveau culturel général du chili a beaucoup baissé en 30 ans, ce qui explique en partie la pauvreté du débat politique et les mouvements social et anti-social que nous voyons aujourd’hui. La santé coute entre 200 et 400 euros par mois (pas 1400) pour une famille de 4, pour des soins de luxe dans des cliniques privées et performantes. Voir chiffre d’Alain, plus précis. Grande partie des problèmes aujourd’hui sont encore dus à la pauvreté – nous sommes loin de l’Europe. Le Chili est encore en voie de développement… et les politiques et media continuent à promettre des droits de pays développés. C’est une machine à frustrer tout le monde, au moins autant que les inégalités, selon les multiples enquêtes de ces derniers jours.
    « Là où l’on casse un peu en France, ici on casse beaucoup : c’est le côté latin. » … ? Allons, les préjugés… Le chaos dans lequel nous sommes tombés le 18 octobre est le résultat de 3 grands mouvements très différents dans leur nature : tout d’abord le mouvement social, aux exigences encore peu articulées – d’accord avec Jean, « gilets jaunes à la chilienne » en quelque sorte, oui, mais plus confus encore quant à ses exigences. Ce mouvement, toutes causes à la fois, représente autour de 85% de la population, il est en général pacifique ; il n’aurait pas pris la rue aujourd’hui sans un autre mouvement qui met le feu aux poudres. On ne peut parler du « coté latin » quand en moins de 5 heures il y a 30 stations de métro incendiées, et en moins de 3 jours plus de 250 salles de supermarché et 2000 petits magasins (aujourd’hui plus de 7000), plusieurs péages saccagés et incendiés. Ce n’est pas le « pays » qui est parti sur un mode insurrectionnel. Même si le gouvernement et autres politiques se nient encore à utiliser le mot, pour des raisons que j’ignore, le Chili est en proie à une attaque terroriste organisée et à grande échelle, qui vise à déstabiliser le pays. Un des objectifs de l’attaque était l’APEC, maintenant annulée. Le troisième mouvement – d’accord avec Jean – sont des vandales habituels (« lumpen »), en nombre croissants, typiquement jeunes adultes « ni-ni » qui n’étudient ni ne travaillent, et très violents, et qui ont saisi l’opportunité du désordre pour s’en donner à pleine joie.
    Face à ça, manque de leadership bien triste, politiques, media, grands entrepreneurs piteux. Mais ces réactions (ou leur absence) sont aussi en partie expliquées par le syndrome et traumatisme du Chili avec ses forces de l’ordre depuis la dictature de Pinochet: la police nationale (« carabineros ») a conservé le même uniforme, et le stigma de sa violence de l’époque lui coupe sa liberté d’exercer son rôle aujourd’hui : quand le casseur lance un cocktail molotov sur un policier qui se défend, on poursuit le policier en justice et sa carrière est rapidement écrasée, pendant que le casseur retrouve sa liberté immédiatement. Comme en plus, les premiers gouvernements démocratiques des années 90 ont évidemment éliminé la DINA, intelligence policière, mais de l’ont pas remplacée (la DINE sans budget est pratiquement inexistante), l’Etat se retrouve complètement dépourvu de capacité d’anticipation. Finalement, pour les mêmes raisons, les forces de l’ordre et militaires, qui il y a 20 ans étaient un orgueil national pour beaucoup et attiraient facilement des talents professionnels, ont aujourd’hui des problèmes internes énormes de drogue, intégrité, préparation et autres, ce qui augmentent bien sur les probabilités de mauvaises réactions dans la rue.
    Les mea culpa politiques sont peu crédibles et insuffisants, les annonces plus récentes aussi, les attaques terroristes et les manifestations continuent, maintenant de plus en plus dénuées de sens, et le pays a brusquement changé. La solution ici n’est pas celle de Macron en France, pays bien plus solide. La population s’est réveillée ? elle me parait plutôt être somnambule, à deux pas du précipice et mal guidée. Sans être optimiste, je crois quand même que le Chili maintiendra sa place comme le plus stable et vivable de la région, mais la récession des 12 prochains mois pourrait approfondir la crise sociale, et les présidentielles de 2022 seront imprévisibles et conflictuelles – rarement une bonne chose. Une correction réelle et la création des bases d’une meilleure société sont encore possibles, mais elles requierent les efforts de tous et le courage des têtes de file…

  11. Je suis très d’accord avec votre commentaire , malheureusement on manque comme vous dites de politiques sérieux , beaucoup parmi eux ne font que des appels à l’haine .

  12. Jean, oui, dans votre article, la situation est assez bien descrite dans l’ensemble effectivement..et bien complétée par les précisions ou commentaires apportés par les intervenants précédents. Par contre, oui, le chiffre du coût de l’Isapre 1400 euros x mois, parait erroné, mais sans doute vouliez vous dire 1400 euros x trimestre…? Ensuite concernant les 400 euros x mois de scolarité , de quelle école parlez vous ? je doute qu’il s’agisse de l’Alliance Française qui elle coûte 600 euros x mois…

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