Nous venons d’apprendre qu’un accord sur le Brexit a été trouvé entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, qui doit encore être entériné par le Parlement britannique. Sans s’avancer sur la décision que ce dernier prendra, on peut espérer qu’une issue sera trouvée afin d’éviter un no deal. Toutefois, un autre sujet grave m’inquiète aujourd’hui: il s’agit des événements qui se déroulent actuellement dans le nord de la Syrie.

Le retrait annoncé, puis effectif depuis le week-end dernier, des troupes américaines de cette région risque d’avoir des conséquences graves pour l’équilibre mondial. Il a commencé à entraîner un jeu de dominos géopolitique dont nul ne peut imaginer la fin…

La décision unilatérale de Donald Trump de lâcher les Kurdes ne pouvait qu’ouvrir la voie à une offensive turque. Ankara redoute par-dessus tout que ces derniers prennent toujours plus leur autonomie pour, un jour, constituer un Etat indépendant. Face aux troupes d’Erdogan, les Kurdes, militairement beaucoup plus faibles, se sont donc tournés, en début de semaine, vers le régime de Damas, soutenu par Moscou et Téhéran.

Trois effets immédiats sont déjà perceptibles.

Le premier est la recrudescence du terrorisme islamiste à travers la planète. Avec l’appui des Américains, les Kurdes ont été les principaux artisans de la chute de Daech en Syrie et en Irak. Les milliers de prisonniers djihadistes qu’ils retenaient jusque-là sont désormais pour la plupart dans la nature avec la volte-face de Washington. Parmi eux, près d’un millier sont d’origine européenne, française notamment. Ils cherchent à fuir la zone et évidemment à revenir vers l’Europe où ils seront autant de « bombes vivantes » potentielles.

Le deuxième est le chantage que ne manque pas d’exercer le régime de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc s’était engagé, moyennant un gros chèque de l’Union européenne, à retenir sur son territoire les milliers de réfugiés irakiens et syriens – près de deux millions d’individus –  fuyant la guerre dans leur pays respectif. Aujourd’hui, il menace de rompre cet accord si les Européens s’opposent à son avancée en territoire syrien. Une nouvelle vague migratoire d’ampleur est donc envisageable en Europe.

Le troisième effet est l’extension de la zone d’influence iranienne. Comme chacun le sait, Téhéran tient le régime de Damas de Bachar el Assad – les alaouites étant une branche du chiisme –, et soutient le Hezbollah au Liban. En se rapprochant de Damas, les Kurdes se placent donc sous parapluie iranien. Face à l’Arabie saoudite sunnite, la puissance ennemie dans la région, l’arc chiite gagne dangereusement du terrain. Jamais la tension n’a été aussi forte au Moyen Orient entre Ryad et Téhéran.

Cette situation m’inspire deux remarques. D’abord, en ne voulant plus jouer les gendarmes du monde et en optant pour la ligne « America first », la politique de Donald Trump met sérieusement en danger ses alliés traditionnels et la relation transatlantique. Les Etats-Unis et l’Europe ont, de mon point de vue, tout à perdre à ce jeu égoïste de Washington. Ensuite, il est urgent que l’Europe se fasse entendre pour rester maître de son avenir. Il faut pour cela qu’elle reste unie et qu’elle se donne les moyens d’une puissance incontestable. C’est encore malheureusement loin d’être le cas…

 

Jean-Pierre Bansard

Président de l’ASFE