La réforme des retraites est donc lancée en France. Déjà, les esprits s’échauffent sur ce sujet qui, à chaque fois qu’il en est question, rencontre de vives résistances. Mais si, d’ordinaire, c’était plutôt les fonctionnaires et les salariés assimilés qui descendaient dans la rue pour faire valoir leurs droits acquis, le projet à l’ordre du jour suscite aussi la grogne de professions qu’il est rare de voir manifester. Avocats, médecins, cadres supérieurs et beaucoup d’autres redoutent de faire les frais de la réforme. Pourquoi ?
Le point de friction vient de la volonté du gouvernement de rassembler tout le monde sous un même toit. De construire un régime universel là où, aujourd’hui, la France compte quelque 42 régimes distincts. L’objectif est de rendre le système plus équitable et d’éviter les distorsions – parfois injustes – entre les carrières. L’intention est certes louable, mais est-elle convertible dans la réalité ? Il paraît très difficile de mettre sous la même toise un kinésithérapeute, qui a fait cinq ou six ans d’études, et un travailleur du bâtiment, entré sur le marché du travail souvent très tôt.
Emmanuel Macron et le gouvernement en ont pris conscience puisqu’ils ont décidé de donner du temps au temps pour l’adoption de cette réforme qui était prévue, à l’origine, début 2019. Soucieux d’éviter une reprise du mouvement des Gilets jaunes – lequel serait d’ailleurs beaucoup plus massif -, le pouvoir exécutif avance à pas feutrés et multiplie les consultations tous azimuts. Faut-il craindre une convergence des mécontentements alors que, par définition, chaque profession défend ses intérêts particuliers dans le calcul de la retraite ? Je ne le souhaite évidemment pas et j’espère que le Président de la République sera assez habile pour tenir compte des remarques de chacune. La précipitation, en pareil contexte, n’est jamais bonne conseillère.
Il est certain qu’une réforme est nécessaire si l’on veut préserver notre système de retraite par répartition, système de solidarité entre générations qui a fait ses preuves depuis la Libération. Il convient juste de gommer quelques inégalités flagrantes pour pérenniser la « machine ». Faute de quoi, c’est la retraite par capitalisation que se profile et, là, on sait que nombre de Français seraient dans l’incapacité de préparer leurs vieux jours puis d’y subvenir. Si rien n’est fait donc, y compris pour tenir compte de l’allongement de la durée de la vie, des lendemains sombres s’annoncent. Deux chiffres suffisent à la démontrer : en 1960, la France comptait quatre actifs pour un retraité ; soixante ans plus tard, la proportion est d’1,5 actif pour un retraité. Tout est dit, ou presque…
Jean-Pierre Bansard
Président de l’ASFE