Alors que Hong Kong – région de 7,4 millions d’habitants – est supposée disposer d’un haut degré d’autonomie vis-à-vis de Pékin – en vertu du principe « un pays, deux systèmes » – qui le régit depuis sa rétrocession à la Chine en 1997,  les manifestations et revendications ont actuellement « plongé Hong Kong dans cet immense chaos ».  On compte environ 900 arrestations depuis juin qui ne pouvaient qu’inciter les jeunes Hongkongais à se mobiliser, malgré l’interdiction.

Que revendiquent les manifestants aujourd’hui, à la suite du retrait du projet de loi sur l’extradition des prisonniers de Hong Kong vers la Chine, projet qui avait initié les contestations ?

Il faut être précautionneux sur le terme « suspension ». Ce que Carrie Lam – la Cheffe du Gouvernement de HK – a déclaré – à savoir « ce projet est mort » – n’est pas juridiquement contraignant.
Nos revendications n’ont jamais changé. Les manifestants étaient à l’origine remués par le projet de loi sur l’extradition, mais désormais il s’agit d’une insatisfaction générale à l’égard du manque d’action du Gouvernement, de la violence policière et du fait que la liberté des citoyens de Hong Kong est mise à mal.

Les manifestations à Hong Kong semblent massives et continues. Le mouvement est-il structuré ? Est-il composé plutôt d’individus jeunes ou bien de toutes les tranches d’âges ? Quelles sont ses particularités ?

A l’inverse du “mouvement des parapluies”, nous n’avions pas de « leader » cette fois. La plupart des manifestations et des mouvements est organisé en ligne par différents groupes de gens. Il y a des partis politiques qui organisent des rencontres et des manifestations, mais ce ne sont pas les seuls.

Les gens de tous ces groupes rejoignent le mouvement. Je considère que ce qui sépare les partis « jaunes » (pro-démocratie) et les « bleus » (pro-etablishment) sont le niveau d’éducation, et s’ils bénéficient directement du développement économique de la Chine et du régime. Bien sûr, les personnes qui sont en première ligne sont pour la plupart de jeunes adultes et étudiants, mais cela ne signifie pas que le reste des citoyens reste passif.

Le principe essentiel qui unit les individus dans ce mouvement est le fait que le monde soit d’accord sur ce que nous voulons accomplir, et même si une partie – dont moi – rejette la violence, nous ne nous séparons pas du reste du groupe. Il y a trois types de personnes qui se mobilisent dans ce mouvement :

– Le “front” : des adolescents et des jeunes adultes très actifs, qui sont potentiellement prêts à réaliser des actes violents et peuvent avoir des gaz lacrymogènes ;

– Les groupes pacifiques : où se situent la plupart des citoyens, moi comprise. Nous participons aux manifestations et sommes très attentifs à l’actualité. Lorsque nous ne pouvons pas participer, et avec le 3ème groupe, nous donnons de l’argent et des ressources pour venir en aide au « front ». Mes amis et moi par exemple avons mis de l’argent en commun pour acheter des coupons de restauration rapide, des casques et des masques de protection à ceux du « front ».

– Les « guerriers du clavier » : ce groupe rassemble des personnes qui ne viennent normalement pas manifester, mais qui utilisent leurs propres réseaux sociaux et forums pour distribuer l’information.

L’anonymat est un élément clé du mouvement, car nombreuses sont les personnes qui ont peur des conséquences, en particulier de la part du Gouvernement de Pékin. Par conséquent, l’application Telegram est devenue un canal clé, où les gens peuvent rejoindre différents groupes permettant d’avoir des nouvelles en direct, des mises à jour et recevoir les appels à agir. Il existe également des groupes spécifiques en communication et design, un groupe de médecins, un groupe de juristes, etc.

Comment sont perçues par la population les 900 arrestations enregistrées depuis juin dernier ?
Cela renforce t-il le mouvement de manifestation ?

Il existe deux groupes : le parti des « bleus » qui pensent qu’ils le méritaient, et les « jaunes » qui pensent bien entendu qu’ils étaient innocents. Personnellement, avec mon entourage, nous pensons que certains des membres du « front » doivent assumer les conséquences de leurs actions (et ils le savent, puisque ils sont nombreux dans ce groupe à avoir laisser des notes pour leurs proches dans leur sac au cas où quelque chose leur arriverait).

Les arrestations ont intensifié notre mouvement, car depuis juin 900 manifestants ont été arrêtés et rien n’a été fait pour rectifier les actions des forces de police corrompues. Bien au contraire, on voit seulement des policiers être « au-dessus des lois » comme l’a montré l’incident à Prince Edward et à la station Yuan Long MTR.

Considérez-vous que les médias internationaux couvrent correctement la situation à Hong Kong, ou bien certaines informations ne sont pas relayées ? Lesquelles ?

Je crois que oui. Les médias étrangers ont intensément couvert les manifestations à Hong-Kong depuis juin et crée des chronologies et des outils interactifs pour aider les étrangers à comprendre les événements. De nombreux articles décrivaient correctement la situation, détaillaient les raisons des manifestations et la mauvaise gestion du gouvernement et de la police de Hong Kong.