Une nouvelle monnaie, qui s’intitule « Eco », devrait entrer en vigueur dans quinze pays de la région ouest-africaine d’ici 2020.

La monnaie unique au sein de la CEDEAO

Cette union s’explique par le désir de différents chefs d’Etat et de gouvernement de pays africains d’adopter une monnaie unique. C’est à l’occasion des réunions de la CEDEAO (la communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest) que ces pays ont pu travailler sur ce projet. Notons que depuis 40 ans, cette volonté de monnaie unique a été de nombreuses fois repoussée. Lors du dernier sommet, le samedi 29 juin, les membres ont adopté le nom de cette nouvelle monnaie, l’Eco. Ainsi, de nouvelles règles connexes ont été posées afin de réaliser ce projet de grande envergure. Il faut noter que les pays concernés par l’Eco correspondent aux quinze membres de la CEDEAO : la Sierra Leone, le Ghana, le Bénin, le Liberia, la Guinée, le Burkina Faso, le  Nigéria, le Sénégal, le Cap-Vert, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Mali, la Gambie, la Guinée-Bissau et le Niger.

L’abandon du franc CFA et des monnaies nationales, un symbole politique

L’adoption de l’Eco implique l’abandon des monnaies actuelles. D’une part, huit pays membres de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) vont abandonner le franc CFA. D’une autre part, sept pays vont abandonner leur monnaie nationale. Il s’agit du naira au Nigéria ou encore du cedi au Ghana.

Cette monnaie, qui signifie le franc des colonies françaises d’Afrique, est un des vestiges de la période coloniale française en Afrique de l’Ouest. Actuellement, quatorze pays utilisent le franc CFA. Cette monnaie est arrimée à l’euro selon une parité fixe garantie par la France. En échange, les pays de la zone franc doivent déposer 50% de leurs réserves de change au Trésor français. Ainsi, c’est en France que sont imprimés les billets de francs CFA. C’est pourquoi, différents peuples africains, en particulier les panafricanistes, ont montré leur opposition vis-à-vis de cette monnaie. L’Eco représente un fort symbole politique visant à se détacher de ce passé révolu.

Les objectifs de l’Eco

Cette monnaie aura un régime de change flexible par rapport aux monnaies internationales. Elle s’accompagnera d’une politique monétaire centrée sur la maîtrise de l’inflation et des déficits budgétaires.

L’objectif de l’Eco est de créer une union monétaire afin de favoriser l’intégration économique et sociale dans cette région. Autrement dit, il s’agit « d’accélérer la construction d’un espace de prospérité et de solidarité » – voir ici. Pour ce faire, chaque pays doit adopter et mettre en place des réformes pour assurer « le respect des principaux critères de convergence nécessaire à la mise en place d’une union monétaire viable et crédible »voir ici. Par exemple, ces pays devront respecter des règles en termes d’inflation, du déficit budgétaire, etc, tout comme doivent le faire les pays membres d’autres zones monétaires uniques, comme celle de l’euro.

Les inquiétudes

D’après quelques analystes, l’Eco va soumettre les pays à un niveau de risque plus élevé, du fait de leur niveau de fragilité économique, politique, social, etc. Selon des experts, actuellement, aucun pays ne respecte les critères de convergence. Par ailleurs, le manque d’intégration des quinze économies en matière d’échanges commerciaux intrazone, de la mobilité des travailleurs, des infrastructures et de spécialisation des secteurs de production, rend difficile la réussite de l’union. Notons également que le Nigéria, qui représente la majeure puissance économique de l’Afrique de l’Ouest, 60% de la population et 70% du PIB de la CEDEAO, sera susceptible de dominer la zone. Cela pourrait obliger les autres pays à s’aligner sur sa politique monétaire nigériane – voir ici. Or il faut pas oublier que si une monnaie unique peut-être le symbole d’une volonté politique forte, cela revient également à renoncer à la politique monétaire comme instrument de politique générale.