C’est sous le signe de la défense européenne que le Président de la République a placé, cette année, la cérémonie du14-Juillet. Le traditionnel défilé a d’ailleurs été ouvert par les emblèmes de dix pays participant à l’Initiative européenne d’intervention (IEI), née l’année dernière sous l’impulsion d’Emmanuel Macron. France, Belgique, Royaume-Uni, Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Estonie, Espagne, Portugal et Finlande étaient ainsi réunis. « C’est un grand geste pour une politique de défense européenne », a salué Angela Merkel, à l’issue de la cérémonie à laquelle elle assistait. « Nous sommes honorés de la participation d’Allemands, c’est un symbole de la forte coopération franco-allemande », a-t-elle ajouté.

Au-delà des symboles, il y a bien sûr la réalité. Sur la scène internationale, la France et ses partenaires européens montrent un double visage, malheureusement guère rayonnant. Ils ne parlent pas d’une voix unanime face aux défis posés par un monde de moins en moins multilatéral. Ils n’ont pas les moyens de peser militairement dans le concert des nations.

L’Union européenne aurait tout intérêt à se doter d’une politique étrangère commune. A côté des Etats-Unis, qui ne veulent plus « payer » pour protéger l’Occident, la Chine, qui a un appétit d’ogre, et la Russie, jalouse de son emprise sur ses marges, elle doit se faire entendre et respecter. C’est loin d’être le cas. Je le déplore, mais peut-il en être autrement ? Les raisons de l’absence de politique étrangère commune – le Haut représentant pour les affaires étrangères, poste créé en 2009, n’a jamais brillé par son éclat – trouvent leurs origines dans les tréfonds de notre histoire : l’Allemagne est hantée par la mémoire de l’Holocauste et du nazisme, les pays d’Europe centrale ruminent leur passé sous tutelle soviétique, la Grande Bretagne est prisonnière de son esprit insulaire… Au sein des Vingt-Huit, chacun voit midi à sa porte, au plus près de ses intérêts et de son expérience, jaloux de sa souveraineté. C’est d’ailleurs un motif supplémentaire pour comprendre que l’heure ne peut être à l’acceptation de nouvelles adhésions. Le chef de l’Etat français, cette semaine en Serbie, l’a répété à ses interlocuteurs. Discours qui vaut pour l’ensemble des pays des Balkans qui frappent avec insistance à la porte européenne.

L’Union européenne aurait tout aussi intérêt à se doter d’une défense commune. Mais, là aussi, le poids du passé explique beaucoup de choses. Dès 1954, le projet de Communauté européenne de défense (CED) a été mis en échec. De mon point de vue, il reste une utopie encore aujourd’hui, peut-être même plus qu’hier, surtout si l’objectif est de construire une armée commune. En fait, seules la France et la Grande Bretagne – en dépit du Brexit, celle-ci devrait continuer à coopérer sur ce front – ont une force de frappe digne de ce nom. L’une et l’autre disposent de l’arme atomique. C’est donc autour de ce noyau dur que doivent à présent se former des coopérations intergouvernementales engageant le plus de pays possible. Celles-ci étaient prévues par le Traité de Lisbonne de 2009, mais l’intention a été peu suivie d’effets. Le but de ces coopérations doit être, avant tout, de mieux répartir le fardeau financier de la défense européenne : au Sahel, par exemple, l’armée française aurait besoin d’être davantage soutenue. Il doit aussi permettre de développer l’innovation pour imaginer les armes du futur. « Jamais, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire, a déclaré Emmanuel Macron, dimanche dernier. La construction d’une Europe de la défense, en lien avec l’Alliance atlantique dont nous fêtons les 70 ans, est pour la France une priorité ».  Le président de la République parlait d’or. Mais il revient maintenant à chacun des membres de faire des efforts.

Chères élues, chers élus, il me reste à vous souhaiter d’excellentes vacances à vous et votre famille, si vous avez le loisir dans prendre. Soyez assuré de mon soutien et retrouvons-nous à votre retour. Bel été – pour ceux d’entre-vous qui sont dans l’hémisphère nord ou s’y rendent – à tous.

 

Jean-Pierre Bansard
Président de l’ASFE