En cette époque de relents nationalistes et de vive inquiétude pour la préservation de l’environnement un peu partout dans le monde, la signature de traités internationaux de libre-échange ne peut que susciter la polémique. Le débat est relancé en France alors que le Parlement est appelé à ratifier, ce mois-ci, l’accord commercial passé entre l’Union européenne et le Canada (le CETA) et qu’un autre accord vient d’être conclu entre cette même Union européenne et le Mercosur, organisation qui rassemble notamment l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay.

Symboles honnis d’une mondialisation débridée qui ne profite qu’aux élites et aux marchands, ces traités commerciaux ont deux défauts aux yeux de leurs détracteurs. D’abord, ils permettent des échanges avec des pays qui ne respectent pas les règles d’une production écologiquement responsable. Ainsi, le Brésil est-il accusé, depuis la récente élection du président Jair Bolsonaro, de recourir à des produits hautement toxiques pour doper son agriculture. Au passage, le transport des marchandises est également mis en cause, car il est nécessairement polluant, avec une forte empreinte carbone. Ensuite, toujours selon leurs contempteurs, ces traités détruisent les équilibres économiques nationaux : ils favorisent l’arrivée massive de denrées fabriquées dans des pays peu regardants du respect des droits sociaux le plus élémentaires. Les critiques ne viennent pas uniquement des ONG, dont le rôle de lanceurs d’alerte est nécessaire. En France, toutes les sensibilités, de droite comme de gauche, se retrouvent actuellement pour exprimer leurs craintes contre les effets du libre-échange sur l’emploi et l’environnement.

Certes, la vigilance s’impose, car le diable se cache toujours dans le détail de négociations longues et compliquées. Mais, comme en tout, il convient de ne pas passer d’un excès à l’autre. Si le libre-échange n’a pas que des avantages et oblige à des compromis, toutes les modes vantant aujourd’hui le localisme paraissent irréalistes : voulons-nous vivre au XXIème siècle comme au Moyen-Âge, repliés sur nous-mêmes, en complète autarcie ? Cela tient davantage du folklore que du bon sens. Enfin, j’entends rappeler que ce ne sont pas les accords de libre-échange qui détruisent le climat et l’emploi. Nous n’en avons pas avec la Chine, et pourtant nous sommes envahis de produits « made in China », fabriqués et acheminés dans des conditions rarement transparentes, voire inacceptables.

Qu’on se le tienne pour dit, la mondialisation est une réalité que nul ne peut écarter, sauf à vivre dans le déni. Les Français de l’étranger en ont pleinement conscience. La grandeur de l’action politique consiste à savoir l’apprivoiser pour la rendre profitable – avec le plus de gagnants possible et le moins de perdants – et non à l’instrumentaliser par des discours aussi mensongers que démagogiques pour alimenter d’inutiles peurs. J’attends du Président de la République et du gouvernement français qu’ils sachent ouvrir les yeux des plus sceptiques sur la nécessité de mettre la France au cœur du commerce international.

Jean-Pierre Bansard
Président de l’ASFE