Par Martine Schoeppner, Membre titulaire du Bureau de vote électronique, Vice-présidente de l’AFE, Vice-présidente de l’ASFE

Au lendemain du premier test grandeur nature du vote électronique pour les Français de l’étranger, organisé entre le 5 et 8 juillet 2019, voici quelques éléments permettant de constituer un « premier bilan » de cette expérimentation – du point de vue de l’électeur – et répondre à quelques interrogations.

Les chiffres

12 526 « électeurs » avaient été proposés par nos postes diplomatiques à l’étranger, choisis parmi les agents, les élus, les représentants d’associations et des volontaires inscrits sur la Liste Électorale Consulaire (LEC). Ces « participants » avaient ainsi indiqué une adresse mail et un numéro de téléphone portable.

S’agissant de volontaires et responsables, on sera donc étonné de la faible participation – même en prenant en compte les différents problèmes – puisque seuls 3408 votants (soit 32%) ont été enregistrés. Cette proportion correspond toutefois aux tests précédents.

Certains se sont plaints de n’avoir reçu absolument aucune information. Il serait utile de vérifier si le poste avait bien procédé à leur inscription sur la liste, car cela n’a pas toujours été le cas.

La marche à suivre

Les différentes phases de vote avaient été présentées en séance plénière à l’AFE en mars dernier. La procédure de vote a été simplifiée à l’extrême, avec un portail de vote où il faut renseigner son code (SMS) et son identifiant (@).

En cas de non-réception de l’un des codes, il était possible de le récupérer immédiatement grâce à l’autre code et au NUMIC. Le vote pouvait s’effectuer en trois étapes/ écrans :

  1. Choix de la liste,
  2. Visualisation des candidats et vote
  3. Validation du vote grâce au code OTP envoyé par mail.

Ainsi, plusieurs messages ont été envoyés dans cet ordre :

  • Mail prévenant du test
  • SMS contenant un code
  • Mail contenant le NUMIC et l’identifiant
  • Mail contenant le lien de connexion au Portail (lors des véritables élections ce sera le portail France Diplomatie)
  • Mail de rappel de clôture du test

Ceux qui ont pu voter ont reçu le code de validation par mail et une preuve de vote également par mail.

Ces différents envois sont faits par différents expéditeurs et différents prestataires, ce qui explique que l’on ait pu recevoir une partie seulement des messages.

Les problèmes rencontrés

Pendant le test, le problème principal a concerné la réception du mail de l’identifiant. Celui-ci a été bloqué par certains fournisseurs d’accès en particulier Yahoo, T-online ou Gmail, considérant qu’il s’agissait de messages commerciaux. D’autres ont été envoyés dans les SPAMS. Une proposition a été faite au BVE par un auditeur de la solution pour éviter ou limiter ces cas.

Si vous aviez reçu le premier code par SMS il était possible de récupérer cet identifiant via le Portail de vote, avec ce même code reçu et votre NUMIC.

Parmi les codes envoyés par SMS, 10 244 ont été correctement délivrés. Le problème principal est ici le blocage local fait par certains pays. Les SMS sont régulièrement renvoyés pendant 48 heures. Après ils sont automatiquement supprimés, ce qui est la règle de tous les prestataires. Si votre téléphone était éteint ou déconnectévous n’avez pas pu recevoir le SMS. C’était le cas de plusieurs électeurs en déplacement sans leur téléphone « étranger ». Dans ces cas-là il était aussi possible de le récupérer.

Ce sont environ 1 100 codes ou identifiants qui ont été récupérés sur le portail de vote.

Certains ont signalé le rejet des codespar la machine. Il semble que ce sont principalement des électeurs utilisant des claviers étrangers, mais également utilisant le système copier/collerque le système refuse. Chaque code doit être tapé directement par l’électeur. Enfin, il y a les fautes de frappe. Pour éviter les erreurs en visualisant le code a la place des points, il suffit de cliquer sur l’icône (petit œil) au bout de la ligne.

Il faut également ajouter les fautes et les coquilles dans les adresses mails et les numéros de téléphone. Il appartient à l’électeur de vérifier régulièrement ces données.

Les problèmes de connexion au portail – peu nombreux – n’auront pas lieu d’être pour les élections consulaires, puisque l’accès se fera par France Diplomatie. On ne relève d’ailleurs que 33 échecs de connexion.

Moins de 4 000 électeurs se sont connectés à la plateforme ce qui souligne, même en prenant en compte les problèmes qui ont pu survenir, le peu d’intérêt des participants. J’ai d’ailleurs demandé à ce que les listes de volontaires soient revues et qu’on fasse un bilan de la proportion (agents, élus…) qui ont participé. Ceci est possible grâce à la liste d’émargement.

La solution de vote

Les problèmes évoqués ne concernent pas la solution de vote en elle-même, mais uniquement l’identification de l’électeur. En réalité, celle-ci ne sera optimale qu’avec l’utilisation par exemple de la reconnaissance faciale, de la biométrie ou l’identité numérique.

Cette expérimentation a permis de tester les enchainements techniques, après les diverses modifications apportées à la solution. Aucun problème majeur n’est apparu. Un compte-rendu du Bureau de Vote Electronique (BVE) sera prochainement publié.

Par contre, les procédures doivent être encore testées. Cela sera fait lors du second test, qui devrait avoir lieu fin octobre/ début novembre.