Avec Ursula von der Leyen et Christine Lagarde, l’Union européenne s’est donnée un nouveau visage. Il se conjugue au féminin. Enfin ! La nomination de ce « duo de dames » à la tête de la Commission de Bruxelles et de la Banque centrale de Francfort met l’institution en phase avec son époque : l’égalité homme-femme est aujourd’hui une exigence, malheureusement encore trop peu respectée. C’est donc une très bonne nouvelle. Jusqu’à présent, seule Simone Veil avait occupé de hautes fonctions au sein de l’Europe, comme présidente du Parlement de Strasbourg.

Certains ne manqueront pas de dire que le plus important n’est pas là. Les compétences avant tout. Je leur répondrai qu’Ursula von der Leyen et Christine Lagarde ont des parcours qui parlent pour elles. La première a été plusieurs fois ministre outre-Rhin. La seconde a été non seulement ministre des Finances chez nous, mais aussi directrice générale du Fonds monétaire international. Ni banquière ni économiste de formation, Christine Lagarde plongerait, paraît-il, les spécialistes de politique monétaire dans l’inconnu. N’instruisons pas de faux procès par anticipation. Face aux chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres, l’une et l’autre sauront faire preuve d’autorité, d’expérience et, sur la scène mondiale, faire entendre la voix de l’Europe.

Au-delà, je suis satisfait de constater que ces deux nominations traduisent un rapprochement entre Paris et Berlin, après des mois de malentendu. Celles-ci n’auraient pu avoir lieu sans l’accord conjoint d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron. Certes, tout n’est pas réglé dans le couple franco-allemand. Mais mieux il se porte, plus il montre des signes d’entente, plus la dynamique européenne est forte. Sur le départ, la chancelière allemande n’a pas été humiliée dans la répartition des postes. Quant au président de la République française, il a su s’imposer afin qu’un équilibre soit trouvé dans la représentation des deux partenaires. Nul ne pourra dire désormais que la France est à la traîne de l’Allemagne.

Sur le papier, l’affiche est prometteuse, il lui reste à faire ses preuves sur le terrain. En compagnie du premier ministre belge libéral sortant, Charles Michel, désigné pour présider le Conseil européen, du socialiste espagnol Josep Borrell, propulsé au poste de ministre des affaires étrangères de l’Union, et du social-démocrate italien David Sassoli, élu président du Parlement, Ursula von der Leyen et Christine Lagarde ont l’obligation de redonner une âme, un sens, une ambition à une institution qui pèche trop par immobilisme et arrogance à la fois. Tous sont des ressortissants des pays fondateurs de l’Europe, de ce qu’il est convenu d’appeler la « vieille Europe ». A eux de savoir parler, pour les rassurer sans les bousculer dans leurs traditions, aux nations d’Europe centrale dont les gouvernements et les peuples ne veulent pas se faire dicter autoritairement leur conduite par Bruxelles. Il est urgent de vaincre les divisions. La force vient de l’union, qui ne doit pas rester un vain mot !

Jean-Pierre Bansard
Président de l’ASFE