Dimanche dernier, des centaines de milliers de Tchèques ont manifesté dans Prague demandant la démission du premier ministre, Andrej Babiš. Andrej Babiš, et les sociétés qui lui appartiennent, sont en effet sous le coup d’enquêtes pour fraude et conflits d’intérêt présumés et plus précisément une affaire de détournement de subventions européennes remontant à dix ans. Ce rassemblement a eu lieu à l’appel d’une organisation de la société civique, «Million de moments pour la démocratie», créée par des étudiants. Dans ce contexte nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Vassilli Le Moigne conseiller consulaire à Prague.

CONTEXTE ACTUEL

« Andrej Babiš, Premier ministre tchèque, oligarque et milliardaire, est soupçonné par beaucoup d’être malhonnête dans sa façon de gérer la relation entre sa société AGROFERT, géant de l’agro-alimentaire tchèque, et son travail en tant que Premier ministre. En effet, a plusieurs occasions, des subsides ont été demandés  et obtenus de façon non justifiée et l’intéressé se défend d’être mêlé de près ou de loin, à ces affaires. Une position assez dure à défendre mais la présomption d’innocence prévaut. Lui, son fils, ses sociétés, un trust, des échappées en Crimée constituent forment un tableau qui pourraient faire une excellente série télévisée.
Depuis qu’il est Premier ministre, Babis est régulièrement accusé de ne pas séparer ses intérêts privés de son mandat de Premier ministre. Ayant placé Agrofert dans un fond gestionnaire, il est donc – en théorie –  indépendant de cette société et devrait gérer son mandant sans influence sur son actif.  Et pourtant son indépendance est souvent remise en cause, y compris par l’Union européenne.Les soupçons sur son éthique remontent bien avant son mandat de ministre des Finance puis de Premier ministre et les affaires actuelles puisqu’il est accusé d’être un ancien agent secret tchèque sous le régime communiste ce dont il se défend malgré les preuves apportées.La justice lui met aujourd’hui sur le dos – premièrement – des demandes abusives de subventions auprès de l’Union européenne qui ont servi  à financer un complexe «le nid des cigognes »: complexe hôtelier en dehors de Prague qui n’aurait jamais dû, semble-t-il, recevoir ces aides. Deuxièmement, 17 millions de subventions de l’Union européenne qu’il aurait récupérés pour ses sociétés. Un audit de l’UE lui demande d’ailleurs le remboursement de ces subventions.
L‘étincelle à l’origine des manifestations vient du fait qu’ Andrej Babiš a décidé de démettre la ministre de la Justice de ses fonctions –à la suite des déclarations de la police souhaitant l’inculper- en la remplaçant par une personne soupçonnée d’être plus malléable.  Andrej Babiš répète publiquement – depuis toujours – qu’il ne lâchera jamais son poste bien que les manifestations s’enchaînent: 10,000 puis 100,000, et ce dimanche 280 000 personnes à Letna : la plus grosse manifestation depuis 1989!

RÉACTIONS

Andrej Babiš  a déclaré ne pas comprendre le comportement des manifestants.  Sa stratégie est de se déclarer victime de désinformation, d’attaques venant de l’étranger,….. L’ancien président de la République – ultra conservateur –  semble défendre Andrej Babiš.  L’actuel président de la république ne s’est – quant à lui  – pas prononcé. Les autres partis, dont certains font partie de sa coalition comme les communistes, font le dos rond, soit de peur de perdre le peu de pouvoir qu’ils ont, soit parce que l’alternative peut leur sembler pire que le mal.
En République Tchèque, il n’y a pas beaucoup de médias indépendants. Les plus importants appartiennent presque tous à des oligarques plus ou moins proches du pouvoir (dont un vient de racheter le Monde, Marianne,… en France). Babis est le propriétaire du premier site d’information du pays idnes.cz. et celui-ci comme tous les autres a relayé les faits tels qu’il se sont déroulés.
L’affaire du nid de cigogne ou des subsides de l’UE met la pression sur le Premier ministre qui, en réponse, se pose en victime de machinations extérieures au pays et clame son innocence. Connu pour être un très bon communicant,  il semble aussi utiliser son pouvoir d’obstruction afin de ralentir l’investigation contre lui en espérant que, comme chaque année, l’été fera oublier au gens le côté peu reluisant de son pouvoir et qu’à la rentrée ils penseront plus à la santé florissante de l’économie de leur pays qu’au rapport d’audit de l’Union européenne. Les sondages semblent encore une fois lui donner raison puisqu’il son parti est toujours le premier du pays malgré toutes ces affaires.