Nous célébrons, cette semaine, le 75ème anniversaire du Débarquement en Normandie. C’est évidemment l’occasion de rendre hommage à tous ceux qui, au péril leur vie, se sont battus pour la liberté, notre liberté. Ils étaient Américains, Canadiens, Britanniques, Australiens… Ils étaient jeunes, très jeunes souvent. Ils étaient courageux, très courageux. Depuis, la France vit en paix, même s’il convient de ne pas oublier les épisodes de la décolonisation. Et l’Europe aussi, même si elle fut longtemps divisée en deux et que le conflit des Balkans est gravé dans les mémoires.

L’Après-guerre restera dans l’histoire comme une période d’espoir, de prospérité et de solidarité exceptionnelle pour le monde occidental. Après le chaos, tout était à faire, bâtir, imaginer. C’était le temps des Trente glorieuses, avec des taux de croissance élevés, le plein emploi et l’envie, entre voisins européens, de se donner la main pour construire le monde de demain.

Puis vinrent 1989, la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc soviétique. Certains ont alors pensé, avec le penseur américain Francis Fukuyama, que sonnait « la fin de l’histoire », titre du livre qui l’a rendu célèbre. Autrement dit, que plus rien ne pouvait plus arriver. La victoire, selon lui, du camp de la liberté serait définitive…

L’expérience montre que la prudence doit toujours être de mise. La vigilance s’impose pour préserver ce bien le plus précieux qui s’appelle « liberté ». Le monde d’aujourd’hui n’est pas moins dangereux que celui d’hier. Bien au contraire. Comme s’il n’avait pas retenu les leçons de l’histoire, il est en train de reproduire certains traits du passé.

La mondialisation, et la révolution numérique qui l’accompagne, est une réalité qui a des bons côtés, mais pas seulement… Avec la concurrence acharnée qu’elle suscite, elle provoque des tensions qui rappelle le choc des blocs d’antan. Les Etats-Unis sont toujours là, mais l’URSS a été remplacée par la Chine. Evoquant l’Antiquité, certains redoutent que le monde sombre dans le piège de Thucydide, quand une puissance dominante (Sparte, aujourd’hui l’Amérique) part en guerre contre une puissance émergente (Athènes, aujourd’hui Pékin).

Ce contexte encourage le réarmement, exacerbe les nationalismes, favorise les réflexes de peur. L’Europe n’échappe pas cette spirale, qui voit nombre de ses pays se replier sur eux-mêmes au lieu de s’unir pour former une puissance à l’égal des grands de la planète. Elle, qui fut le théâtre de deux des guerres les plus meurtrières, doit impérativement se ressaisir si elle veut rester maître de son destin et continuer à vivre en paix…

 

Jean-Pierre Bansard