Le résultat français des élections européennes ne se restreint pas à un score RN-LREM.

Les résultats du scrutin des européennes en détails

Sur les 751 sièges du parlement européen, 175 reviennent aux conservateurs (au lieu de 217), 148 aux sociaux-démocrates (186 anciennement), 115 à l’extrême droite (37 dans le parlement précédent), 109 aux centristes, 77 pour les écologistes, 58 pour la droite nationale-souverainiste, parmi les principaux partis.

Succès des euro-sceptiques

Matteo Salvini a réussi à faire élire 28 députés tandis que son allié le RN n’a pas reproduit l’exploit de 2014 : il n’a raflé “que” 22 députés au lieu de 24 la dernière fois. Pour l’instant, le groupe ENL (Europe des nations et des libertés) compterait 58 eurodéputés (dont 28 issus de la Ligue et 23 du RN). Au Danemark, le parti d’extrême droite – vainqueur des précédentes européennes, s’est effondré.

De manière générale, les positions anti-européennes n’ont finalement pas remporté les voix de plus d’un tiers des électeurs du continent. Ces partis – ne réclamant, en plein Brexit, ni sortie de l’UE ni fin de l’euro étaient dotés d’un programme édulcoré. Divisés sur le plan idéologique – séparés entre pro et anti-russes (le RN et la Ligue italienne d’une part, les Polonais du PiS d’autre part), ils arborent une position différente en termes de libéralisme économique. Or, il apparaît complexe, dans de telles conditions, de ne former qu’un seul groupe au parlement européen avec de telles divergences de points de vue. Isolés dans leur opposition, ils devraient peu peser dans le fonctionnement de l’Union, sans postes stratégiques dans la structure de l’UE à venir.

Attachement à la construction communautaire

L’idée d’UE sort victorieuse de ce scrutin. Le fonctionnement de ce mastodonte complexe, d’ordinaire peu propice au déferlement de passions ou d’intérêt chez les européens qu’est l’UE, commence à susciter l’attention de ses habitants.

Des sondages Eurobaromètre montrent, depuis le référendum sur le Brexit, un attrait supérieur en faveur de l’idée européenne : 65 % y sont attachés. D’autres études sont le reflet qu’aucun pays membre n’aurait pour ambition de suivre le Royaume-Uni dans sa volonté de retrait. Pourtant, le Brexit a cristallisé les fragilité de l’UE et ce, en pleine crise migratoire, enjeux terroristes et sécuritaires, le climat, la coopération en matière de renseignement. Ces sujets ont clairement dépassé les frontières nationales et seule l’UE semble être de taille à les affronter.

Le parlement – habituellement dominé par une entente droite-gauche, les conservateurs et sociaux-démocrates s’y répartissaient les postes. Or, le PPE (parti populaire européen de droite et centre droit) et S&D (alliance progressiste des socialistes et démocrates au parlement européen) y ont perdu la majorité. Les libéraux, auxquels se rattachent LREM et les écologistes sont dorénavant des forces politiques à ne pas négliger dans le paysage politique.

Portugal et Espagne : victoire de la gauche

Avec la victoire du PSOE (33 %), l’Espagne constituera la plus grosse délégation sociale-démocrate. Au Portugal, le Parti socialiste l’emporte aussi avec 33,4 % des voix.

Une classe verte

Les verts ont opéré une percée inattendue dans plusieurs pays européens. Cet attrait pour l’écologie est géographiquement concentré, partagé par les pays du Nord et de l’Ouest européens.
En France, 13 % des voix soit 12 sièges
Au Royaume-Uni, 11 % et 7 sièges
En Finlande, 16 % (deux sièges)
Pays-Bas 11 % (trois sièges)
Au Luxembourg, 19 % (1 siège).

Ainsi, en Italie, il ne représente que 2,3 % des voix, en Espagne 1,3 % et en Grèce 0,9 %, de même en Europe de l’Est et centrale : Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Pologne, Roumanie et Bulgarie n’ont apporté aucun siège aux Verts.

Côté Français, 25 % du vote des 18-24 ans et 28 % de celui des 25-34 ans va aux écologistes, selon un sondage Ipsos – Sopra Steria pour FTV – Radio France, ce qui montre que la nouvelle génération est davantage sensibilisée aux dangers du réchauffement climatique.

L’imbroglio britannique

Sur fond de crise liée au Brexit, le Royaume-Uni ressort plus divisé que jamais à l’issue des résultats du vote : le Brexit Party s’envole, les Libdem et les Green opèrent une percée inattendue, le Labour et les conservateurs connaissent leur pire score depuis 1832.

Prochain enjeu : les postes clés

La bataille pour la présidence de la Commission a commencé. Un accord semble peu probable : ADLE-Renaissance, les eurosceptiques, la gauche radicale n’accepteront de laisser le PPE les diriger. Pour autant, le poste de président de la Commission est stratégique. Vice-président de la Commission, Président du Parlement, Président de la Banque centrale européenne, Ministre des Affaires étrangères de l’Union le sont aussi. Reste à espérer que ces partis europhobes ne conduisent pas à un immobilisme ou une paralysie du parlement et que des accords parviendront à être trouvés.