L’amplitude de l’offre politique n’encourage pas toujours la forte mobilisation des électeurs. Malheureusement, et à mon grand regret, le scrutin européen du 26 mai devrait confirmer cette observation, étayée par tous les sondages. Le niveau d’abstention pourrait dépasser la moitié du collège électoral alors que 34 listes concourent en France et plus de 40 en Allemagne.
Certes, nombre de listes ne sont là que pour faire de la figuration. Elles rivalisent en propositions plus farfelues les unes que les autres. Dans le florilège, l’Alliance royale veut remplacer la fête du 14-Juillet par celle du 27 juillet, date de la bataille de Bouvines (1214), et l’Europe démocratie espéranto souhaite imposer sa langue dans les programmes scolaires.
N’empêche ! La forte abstention attendue est, selon moi, le symptôme de deux tendances. La première exprime la défiance toujours plus grande des électeurs vis-à-vis de leurs dirigeants politiques. Chaque pays de l’Union, ou presque, est en butte à un malaise social et culturel qui se traduit par la montée des mouvements populistes ou par le rejet de toute forme de participation au vote. Ce phénomène est particulièrement sensible parmi les jeunes.
La seconde tendance manifeste le désintérêt grandissant pour la construction européenne, assimilée à une machine ultra bureaucratique dont les mécanismes ne sont pas compris, qui impose plus qu’elle ne protège, qui affaiblit les peuples plus qu’elle ne les renforce. La faute en revient principalement aux gouvernants qui ne savent pas rendre l’Europe plus proche, plus pragmatique, plus efficace. Il faut le répéter, l’Union a contribué à assurer la paix sur notre continent depuis 70 ans et reste nécessaire si nous voulons peser face à la Chine, aux Etats-Unis et à l’Inde.
Je ne pense pas qu’il faille rendre le vote obligatoire, comme chez certains de nos voisins. Cette contrainte ne dissiperait pas le climat de défiance qui règne ici et là. Il est urgent, en revanche, de réhabiliter la geste politique, si malmenée depuis longtemps. Les acteurs du débat public et les médias ont, sur ce front, une responsabilité énorme. L’Union européenne a trop souvent bon dos.
Enfin, dans un tout autre ordre d’idées, je pense à tous les Français expatriés, vivant à l’étranger loin, très loin, d’un bureau de vote. A l’heure de la communication numérique, il est grand temps de faciliter leur accès aux suffrages. En démocratie, c’est la moindre des choses ! 
Jean-Pierre Bansard