Le Bénin est un pays reconnu pour sa stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest. En effet, en 1990 ce pays inaugurait les conférences nationales africaines qui ont mené à une trajectoire de démocratisation exemplaire dans la région. Sous la présidence actuelle de Patrice Talon, homme d’affaires et grand bailleur de fonds, l’Etat béninois est frappé par une crise politique majeure liée à des violences et un climat d’instabilité sur le territoire.

Cette crise est issue, en partie, de la réforme du Code électoral et de la Charte des partis politiques  ayant pour objectif de rationaliser et d’assainir le champ politique béninois. Résultat, les élections législatives du dimanche 28 avril se sont déroulées sans la participation des partis d’opposition. Le peuple béninois a exprimé son mécontentement qui se reflète par un taux d’abstention historiquement important. Les deux anciens chefs d’Etat du Bénin, Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo, ont dénoncé un coup d’Etat institutionnel et réclament l’organisation d’un nouveau scrutin.

A l’occasion des tensions post-électorales, nous avons pu nous entretenir avec deux béninois dont l’un est Président d’une ONG (Mathieu) et l’autre dirigeant d’une entreprise (Jean).

La journée de vote et les conséquences

Mathieu : « La journée de vote en général s’est bien passée, sauf dans 37 bureaux de vote au nord où il y a eu de la casse. Mais ceci n’a pas entaché le scrutin. Le Gouvernement du Président Talon a pris tous les dispositifs nécessaires pour ces élections législatives. Au préalable, il existait des consensus entre les différents députés. Cependant, ce consensus n’a pas été respecté par certains députés de l’opposition.

La situation actuelle au Bénin est que le pays est sous tension. Il y règne un climat de peur car inhabituel. Les anciens Présidents béninois, Yayi Boni et Nicéphore Soglo, ont participé à l’insurrection du peuple en mettant le feu aux poudres.»

Jean : « La journée de vote s’est déroulée dans la peur et des tensions dans le Nord. En termes de sécurité, le gouvernement a déployé la police républicaine dans tout le pays pour prévenir les dérapages.

Il y a eu beaucoup de violences le lendemain des votes. On a observé quatre morts tombés sous les balles de l’armée. En ce moment, la situation est calme mais reste toujours tendue. »

Le contexte sécuritaire

Mathieu : « Les conséquences sont que l’appel à la révolte du peuple a provoqué des incendies et de la casse dans le pays. Il y a des mouvements de protestation, des mécontents, des corrompus et des pilleurs de l’économie béninoise.

En règle générale, les Français sont très contents du régime de Talon, mais ils sont actuellement inquiets face à la situation. A ma connaissance, il n’y a pas eu de consigne spécifique en termes de sécurité de l’Ambassade et du Consulat français.»

Jean : « Il y a eu des morts et beaucoup de dégâts matériels. Le peuple s’est soulevé. Tous les partis d’opposition se sont mis ensemble pour protester.

Aucune réaction des Français mais ils ont eu peur. Le ministre des affaires étrangères du Bénin a fait une conférence de presse et a rassuré tous les diplomates après la violence post-électorale».