Le grand projet chinois, les « nouvelles routes de la soie »,  soulève d’importantes questions sur la scène internationale. De quoi s’agit-il ? Quels sont les enjeux pour l’Etat chinois ? Quelles sont les réactions de l’ensemble des pays dont la France ?

Que sont les nouvelles routes de la soie ?

En 2013, le Président Xi Jinping lance le grand projet des « routes de la soie » ou « la ceinture et la route » en mandarin.  L’objectif est de relier la Chine à l’Europe via l’Asie centrale, par route maritime via l’océan indien.

Un projet qui est estimé à plus de 1 000 milliards de dollars dont 200 milliards de dollars ont déjà été dépensés. Selon la banque Morgan Stanley, ces investissements pourraient avoisiner 1 200 milliards de dollars d’ici 2020.  Le double objectif  pour la Chine est d’écouler ses milliards de capitaux et soutenir l’activité de ses entreprises ; et de refaçonner le monde selon les normes techniques chinoises et industrielles, en rapport avec sa stratégie « Made in China 2025 » de montée en gamme de son économie. Notons que ce projet a une vision large, puisqu’il touche plusieurs domaines et plusieurs zones comme l’Amérique latine ou l’Arctique.

Ainsi, une soixantaine d’Etats ont bénéficié de capitaux chinois, en Asie et en Afrique, comme des ports, des autoroutes, des liaisons ferroviaires, des centres industriels, etc. Dès lors, il existe déjà un rail reliant la Chine à une trentaine de villes européennes en moins de trois semaines. La Chine a également racheté le port de Kumport en Turquie qui représente l’un des points importants de la jonction.

La Chine réalise une mission de conquête pour ce projet de grande envergure auprès de nombreux Etats. En effet, l’Etat multiplie les entretiens bilatéraux et les forums comme le « Belt and Road », un sommet multilatéral. En mars 2019, Xi Jinping a rencontré Emmanuel Macron, qui a tenté d’unifier l’approche européenne face à la Chine – voir ici.

Quelles sont les réactions des autres Etats ?

Le projet de « nouvelles routes de la soie » est pharaonique et controversé en ce qui concerne le programme d’investissement diligenté par la Chine entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

D’un côté, plusieurs pays européens, comme la Pologne, la Grèce, la Croatie, la Hongrie, la République Tchèque ou encore le Portugal, ont déjà conclu des protocoles d’accord pour rejoindre le projet. Ainsi, le 21 mars 2019, l’Italie a signé un mémorandum pour les « routes de la soie ».

D’un autre côté, Emmanuel Macron comme d’autres chefs d’Etat aux Etats-Unis, en Allemagne, en Inde ou encore au Royaume-Uni, craignent une croissance de « l’hégémonie » chinoise grâce à ce projet. Les raisons sont le contrôle des matières premières et des accès à différents marchés pour écouler les produits chinois à travers le monde. De plus, la Chine accordant des prêts colossaux court-circuite le financement des pays en développement et menant à leur dépendance. Le Sri Lanka, par exemple, qui a été incapable de rembourser ses créances, a dû céder à la Chine le contrôle d’un port de Hambantota en eaux profondes pour 99 ans. S’ajoutent à cela, l’opacité des appels d’offre et les manques de normes environnementales et sociales. Selon une note du Trésor français, plus de 96% des projets financés par Pékin sont confiés à des entreprises chinoises.

Cette volonté chinoise de peser sur l’échiquier géopolitique mènerait à un bouleversement de l’équilibre des puissances dans un contexte de rivalité sino-américaine – voir ici. Pour Emmanuel Macron, ces routes « ne peuvent être celle d’une nouvelle hégémonie » qui placerait en « vassalité » les pays traversés – voir ici.  Bien que ce projet puisse représenter une opportunité pour les entreprises françaises en quête de nouveaux marchés. La France souhaite une « approche coordonnée » des pays européens pour une possible coopération basée sur la soutenabilité écologique et financière et la réciprocité. En réponse aux critiques de plusieurs Etats, le Président Xi Jinping a récemment plaidé pour plus de transparence et une tolérance zéro pour la corruption.

Bon à savoir

Le 15 novembre 2018, le Ministère de l’Europe et des affaires étrangers a répondu à la question écrite du Sénateur Evelyne Renaud-Garabedian sur les moyens mis en œuvre par le gouvernement pour suivre et prendre part  aux projets déjà lancés dans le cadre des routes de la soie et également  les dispositifs envisagés pour accompagner les entreprises françaises – voir ici.