Il est des événements qui transcendent les crises, dépassent les rivalités, surpassent les égoïsmes. L’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris en ce début de semaine est de ceux-là. De Washington à Pékin, de Moscou à Johannesburg, le temps s’est arrêté, les distances se sont effacées, les consciences se sont réveillées pour partager un moment d’éternité.
Alors que le cœur de la capitale française brûlait, le monde communiait dans la tristesse et la désolation. Soudain, la cathédrale n’était pas seulement le symbole de la civilisation chrétienne. Elle devenait le témoin vivant de l’attachement, toutes religions confondues, que les hommes portent au sacré, à l’universel, en ces temps où on les dit aspirés par le tourbillon de l’éphémère et les tentations identitaires.
   Notre-Dame de Paris, traversée par plus de 850 ans d’histoire nationale, est un pilier de la Terre que le monde entier brandit en héritage. Elle a été chantée par nos plus grands écrivains, de Bossuet à Victor Hugo en passant par Claudel ; elle a marié nos rois et pleuré nos présidents ; elle a résisté aux envahisseurs et aux révolutionnaires sans foi ni loi ; elle a célébré nos victoires. Pourtant, elle appartient à l’humanité tout entière dont elle suscite l’admiration, pour sa beauté, sa majesté, sa grâce, comme une « femme infiniment noble, infiniment courtoise, infiniment joyeuse », disait Charles Péguy. Il n’est qu’à voir, tous les jours, les milliers d’étrangers, croyants ou pas, catholiques ou pas, qui la visitent ou s’y recueillent sans autre dessein que d’y vivre un instant de paix intérieure. Entre ses pierres ancestrales et sous ses charpentes de bois nobles, Notre-Dame souffle l’air contagieux de la félicité.
La cathédrale de Paris a subi l’outrage du feu, mais la flamme de la civilisation continue de scintiller dans le ciel planétaire. Grâce à un extraordinaire élan de solidarité, Notre-Dame va continuer, tel un vaisseau insubmersible, à fendre les siècles futurs. En cette époque d’individualisme forcené où les sociétés se cherchent un avenir commun, sa reconstruction apparaît comme un projet collectif qui rassemble les peuples et efface les divisions. C’est aussi cela la magie de Notre-Dame…