La tournée européenne de Xi Jinping a conduit le président chinois en France à l’heure où un grand nombre de nos compatriotes expriment des craintes, voire des peurs, engendrées par une mondialisation qui, partout, change la vie. Chez nous, comme chez beaucoup de nos voisins, la tentation du repli national gagne du terrain, y compris dans les urnes, alors que Pékin nourrit, de son côté, de grandes ambitions expansionnistes.

Ce contraste est saisissant.

Il est donc plus que jamais impératif de regarder la réalité en face pour que l’Europe et la France tirent leur épingle du jeu dans le climat de concurrence effrénée qui règne aujourd’hui sur la planète.

En recevant son homologue chinois, Emmanuel Macron a dit espérer le convaincre d’adhérer à « un nouvel ordre international ». Au-delà des formules, il convient, en tous les cas, de ne jamais faire preuve de naïveté pour savoir défendre nos intérêts.Le titan chinois est en train de changer la face du monde en investissant massivement dans tous les pays, notamment dans ses “nouvelles routes de la soie”.

Totalisant 2,1 milliards d’euros pour l’année 2010, les investissements directs de l’Empire du Milieu dans l’Union européenne ont bondi à 20,7 milliards d’euros en 2015, puis à 37,2 milliards en 2016. Avant de décroître ces deux dernières années, en raison des incertitudes liées au Brexit. Le Suédois Volvo Cars (automobile), l’Italien Pirelli (pneus), les Français Club Med (tourisme), St Hubert (margarines) et Lanvin (mode), les Allemands Kuka et KraussMaffei (machines-outils) figurent parmi les fleurons passés sous pavillon chinois.

D’autres acquisitions sont certainement à prévoir à la faveur du passage de XI Jinping en Europe ces jours-ci.

A saluer toutefois : l’impressionnante commande de 300 avions passée à Airbus et annoncée lundi, pour un montant estimé à 35 milliards d’euros. Même si tout cela est, certes, dans la logique de la globalisation de l’économie, ne soyons pas aveugles.

Au train où vont les choses, l’Europe ne tardera pas à décrocher définitivement face aux ogres chinois et américain si elle ne réagit pas. Je regrette, personnellement, qu’elle n’ait toujours pas trouvé de ligne politique pour préserver ses intérêts commerciaux. Minée par ses fractures internes, elle souffre d’avancer en ordre dispersé dans la compétition : les pays européens du sud et de l’est, aux niveaux de vie plus modestes, sont toujours moins regardants sur les termes des partenariats qu’ils passent.

Avec une incroyable légèreté, l’Europe empêche, par ailleurs, la constitution de grands groupes industriels nécessaires à son rayonnement, comme on l’a constaté récemment, avec le rejet par la Commission européenne de la fusion Alstom-Siemens. Il est urgent qu’elle change ses règles sur ce front.

Enfin, éblouie par le miroir aux alouettes d’un accès au marché chinois, l’Europe a souvent trop ouvert en grand le sien.

Gouvernance mondiale, normes commerciales, respect de l’environnement, investissements… Sur tous ces terrains, je soutiens le “réveil européen” face à Pékin que veulent à présent susciter Emmanuel Macron et Angela Merkel.

Nous ne pourrons « survivre » que si nous nous montrons unis…