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Huit ans après la catastrophe, le Japon commémore le tremblement de terre de magnitude 9, le tsunami qui a fait 20.000 morts et l’endommagement de la centrale nucléaire de Fukushima.
Deux témoins reviennent pour nous sur la situation actuelle d’un pays encore en reconstruction. Nous avons ainsi eu l’occasion de nous entretenir avec Evelyne Inuzuka, Conseiller Consulaire au Japon, ainsi qu’avec Jean-Philippe Audren, Président de l’association des Bretons au Japon.

8 ANS APRES, QUEL BILAN ?

Jean-Philippe Audren : « Outre le bilan humain, le Tohoku – la région sinistrée par le tsunami – peine à se reconstruire car tout a été entièrement détruit surtout sur les côtes. Les populations ont quitté les endroits sinistrés avec une plus forte exode dans la préfecture de Fukushima qui a été frappée, en plus, par l’accident nucléaire.

LE DEMANTELEMENT DE FUKUSHIMA SE POURSUIT

Evelyne Inuzuka : « Le long travail de démantèlement se poursuit à la centrale nucléaire Fukushima Daiichi. La construction d’un toit au-dessus de la piscine de stockage a été achevée fin février 2018 pour éviter les fuites de radioactivité pendant la manipulation de ces débris. 

Cette opération, qui ne s’achèvera pas avant 30 ou 40 ans, n’est prévue qu’à partir de 2023 pour les unités 1 et 2. (…) Une impressionnante quantité d’eau est utilisée pour assurer le refroidissement des réacteurs, à laquelle s’ajoutent les eaux de pluie qui se contaminent en tombant sur la centrale.

Au total, environ 1 million de m3 d’eau sont stockés sur le site, principalement dans un millier de cuves, et ce volume augmente chaque jour. Tepco (la compagnie japonaise d’électricité) a construit un mur de glace souterrain autour des bâtiments depuis la mi-2017 pour éviter que les eaux ne soient souillées au contact des installations (…).

L’eau est déjà en partie traitée mais aucune solution n’a encore été trouvée pour éliminer un de ses éléments radioactifs: le tritium.

Tepco s’attend à devoir stocker 750.000 mètres cubes de déchets solides d’ici 2029. Des bâtiments d’entreposage ont été construits. D’autres structures de stockage sont en projet. »

DES CONDITIONS DE TRAVAIL DIFFICILES DANS LA ZONE DE FUKUSHIMA

E. I. : « D’après Tepco, “les conditions de travail” des milliers d’intervenants (6000) sur le site “s’améliorent” progressivement. Le gouvernement tient absolument a ce que la région dévastée fasse bonne figure lors des jeux olympiques en 2020 et promet d’accélérer les chantiers, pourtant 50,000 personnes sont encore privées de maisons et vivent dans des logements précaires et provisoires. Ainsi, pour parer au manque de main d’oeuvre surtout dans la construction le gouvernement a mis en place de nouvelles catégories de visas dont la demande sera possible a partir du 1er avril 2019.

Le gouvernement japonais assure que les habitants n’encourent aucun risque en revenant vivre dans les zones ou l’ordre d’evacuation a été levé, mais les ONG dénoncent une mise en danger des populations. »

CONSEQUENCES ET PREVENTION

E.I. : « La catastrophe nous a rendu plus attentifs au risque de catastrophes naturelles majeures. Avec mon mari nous avons décidé de déménager dans un appartement au 2eme etage d’un immeuble, alors que nous habitions dans un appartement au 24eme étage ».

J-P. A : « Les Japonais n’ont pas attendu le 11 mars 2011 pour avoir un « kit de survie », car ce n’est pas la 1ère fois que l’archipel est frappé par un tremblement de terre. Je fais partie des Français qui sont restés à Tokyo pendant la catastrophe de Fukushima. J’ai suivi avant tout les conseils des autorités japonaises comme celles des autorités consulaires française. Aucun ordre d’évacuation à Tokyo n’a été donné ni même dans les communes voisines. J’ai fait le choix de rester et ce fut le bon choix.

Face au drame que certaines personnes ont vécu en mars 2011, le sentiment des étrangers qui n’ont pas cédé ni à la panique, ni à l’hystérie en restant à Tokyo est que l’on se sent vraiment plus fort mentalement. De plus celles et ceux qui sont restées  ont souvent fait preuve d’une grande solidarité à travers de multiples actions comme en allant sur le terrain pour aider les sinistrés. »

UN SUJET OMIS

J-P. A : Le 11 mars « il y a eu des cérémonies officielles et religieuses en mémoire des victimes du tsunami, surtout dans le Tohoku. » Dès le lendemain toutefois : « les médias nationaux japonais parlent d’autre choses. La question du nucléaire n’est pas une préoccupation de la population japonaise dans son ensemble…en dehors des pauvres résidents de la préfecture de Fukushima. « 

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