Chères élues, chers élus,

Face aux remarques acides du président américain et à l’attitude narquoise de son homologue russe, l’Europe doit impérativement affirmer sa grandeur et son authenticité. Tel est l’enseignement que je tire, personnellement, des commémorations du centenaire de l’Armistice de 1918, organisées le week-end dernier en France et à Paris. Les belles images de cet événement, historique et solennel, n’effacent pas malheureusement un constat que nous sommes sans doute beaucoup à partager : le monde ne tourne plus tout à fait rond.

Pendant que les grandes puissances – Etats-Unis, Chine, Russie – jouent leur partition nationaliste, à des degrés certes différents, l’Union européenne doit se reprendre pour ne pas se laisser intimider par elles, et emporter par ses divisions ou ses vieux démons, les « passions tristes », comme le dit le président français. Quand Emmanuel Macron nous invite à additionner nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs, je ne peux que l’approuver.

Son discours prononcé dimanche dernier sous l’Arc de Triomphe – prônant le patriotisme plutôt que le nationalisme, saluant les vertus de l’Union européenne, « une vision librement consentie jamais vue dans l’histoire et délivrant de nos guerres civiles » – doit résonner dans nos consciences et nous inciter au rassemblement.

 Je ne sais ce que donneront les élections européennes du mois de mai 2019 mais, d’ici là, il faut tout faire pour rappeler aux peuples qui composent notre espace commun qu’ils auraient beaucoup à perdre en se repliant sur eux-mêmes. Economiquement d’abord : si on additionne le PIB des 27 pays membres – et a fortiori des 28 avec le Royaume Uni – l’Union européenne reste la force la plus puissante du monde. Est-il besoin de souligner aussi qu’elle forme une zone privilégiée sur la planète où sont garantis la paix, le respect des libertés individuelles et la libre circulation des hommes et des marchandises.

Cet édifice est fragile, exposé à toutes les démagogies, il convient donc de le renforcer, à l’aide de discours positifs et de propositions constructives. Il est urgent que l’Union européenne ménage davantage les spécificités des nations qui la constituent et ne cherche pas à s’immiscer dans la vie quotidienne de chacune. Elle doit être plus efficace et moins bureaucratique. Elle doit moins jouer le gendarme en son sein que protéger et promouvoir ses membres, ses peuples, ses entreprises face aux tentations hégémoniques des grands de ce monde. C’est ce message que les avocats de la cause européenne, Emmanuel Macron en tête, doivent faire passer d’ici au mois de mai.

Reste la question de sa défense militaire, vieux serpent de mer sur lequel elle butte depuis 1954. Elle n’est pas accessoire mais ce projet, dont la compatibilité reste à prouver sans heurter inutilement les Américains, ne me paraît pas prioritaire. Expliquer, avec pédagogie, les mérites existants de l’Union européenne à ses ressortissants est bien plus capital.

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