Comme le disait le général de Gaulle, il y a l’accessoire et l’essentiel. Le remaniement ministériel, dont il faut bien avouer qu’il a traîné en longueur, a fait couler beaucoup d’encre et a monopolisé l’actualité de ces derniers jours. A tel point qu’un sujet majeur pour l’avenir de notre pays a été quelque peu relégué au second plan. Je veux, bien sûr, parler de la réforme des retraites. Chargé de préparer ce dossier délicat, l’ancien sénateur Jean-Paul Delevoye a reçu, le 10 octobre, les partenaires sociaux pour amorcer le dialogue.

Nombre d’éléments mis sur la table par le président de la République me semblent aller dans le bon sens pour davantage d’équité. Emmanuel Macron veut notamment unifier tous les régimes de retraites – plus d’une quarantaine aujourd’hui – et mettre fin à la distinction entre agents relevant de la fonction publique et salariés du secteur privé. Grande ambition qui se heurtera nécessairement à des corporatismes et à la résistance de certaines caisses. Traditionnellement, la réforme des retraites – 1993, 2003, 2010 – suscite des inquiétudes et jette beaucoup de monde dans la rue pour manifester. Je constate néanmoins qu’à chaque fois, les gouvernements ont tenu bon et que des évolutions ont été enregistrées. Beaucoup tient aussi à la méthode. Je conseillerais donc au pouvoir exécutif de se montrer pédagogue et, peut-être, de ne pas vouloir tout régler en même temps.

Le chef de l’Etat souhaite, par ailleurs, instaurer un système de retraite par points, inspiré de ce qui se fait en Scandinavie. Pourquoi pas si l’équité y trouve son compte ? Je suis, en revanche, beaucoup plus inquiet sur sa promesse de ne pas reculer l’âge de départ à la retraite, qui est aujourd’hui de 62 ans. Le nombre d’inactifs ne cessant d’augmenter – les Français vivent de plus en plus âgés, et c’est heureux -, je ne vois pas comment les actifs, qui ne représentent aujourd’hui qu’un tiers de la population française, pourront continuer à financer les besoins des retraités, toujours plus nombreux. Peu de pays ont réussi à financer leur système sans reculer régulièrement l’âge de sortie du monde du travail… Je ne demande qu’à être convaincu, mais permettez-moi, à cette heure, de rester perplexe…

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