Chères élues, chers élus,

C’est à une femme qui a marqué l’histoire contemporaine de la France que je voudrais rendre hommage cette semaine. A une femme et à son mari puisqu’ils étaient inséparables et qu’ils formaient un couple remarquable de générosité et d’engagement pour la défense de leur pays et de la paix. Ce dimanche, les corps de Simone et Antoine Veil entreront au Panthéon, en ce temple républicain où reposent quelques-unes des grandes figures de la nation.

J’ai eu la chance de connaître Simone et Antoine Veil lorsque nous siégions ensemble à l’Institut Pasteur-Weizmann, établissement qui soutient de fructueuses et utiles collaborations entre chercheurs israéliens et français pour lutter contre les maladies et faire progresser la science.

A l’heure où l’Europe doute, vacille et se déchire sur la crise des migrants, évoquer la mémoire de Simone Veil me paraît essentiel. Rescapée du camp d’Auschwitz-Birkenau où elle avait été déportée à l’âge de 16 ans, Simone Veil, née Jacob, a par la suite consacré toute sa carrière politique à la réconciliation entre les peuples européens. Qui mieux qu’elle pouvait porter la voix de la raison, sage et nécessaire, pour que les haines et les tragédies qui ont défiguré l’Europe de la première moitié du XXè siècle ne reviennent jamais ? Ce fut son combat, le combat d’une vie qui la mena notamment au Parlement européen, dont elle fut la première présidente en 1979.

Alors que le populisme, avec tout ce qu’il charrie de démagogie, d’hypocrisie et de rejet de l’autre, s’installe un peu partout en Europe, il est bon de rappeler que, naguère, des hommes et des femmes, à l’instar de cette grande dame, ont œuvré pour que nos peuples fraternisent et trouvent le chemin de la concorde. Suivons donc leur exemple et méfions-nous des discours véhéments qui réveillent de vieilles pulsions dont toute l’Europe pourrait être demain de nouveau la victime.

Les élections européennes qui se tiendront dans un an, seront décisives pour l’avenir de notre Vieux Continent. Il faudra, je pense, savoir profiter de cette occasion pour ouvrir un débat qui relance l’Union européenne sur des bases réalistes, protectrices et acceptables pour chacun de ses membres. Face aux Etats-Unis de Donald Trump, un président américain pas toujours bien disposé à l’endroit des Européens, face à la tentation impériale de la Chine et à la volonté d’exister de la Russie, il me paraît urgent que l’Europe se redresse et que les pays qui la composent marchent d’un même pas. Tel aurait été probablement le message de Simone Veil, si elle était encore parmi nous, et son message doit être, plus que jamais, repris sans relâche et perpétué pour les générations futures