Chères élues, chers élus,

A la faveur de la réforme de l’audiovisuel public en cours, de la crise que traverse Air France-KLM ou même de déclarations de quelques responsables politiques ces dernières semaines, le débat sur l’opportunité pour l’Etat d’être actionnaire d’une grande entreprise revient à l’actualité.

Pendant longtemps, la participation de l’Etat dans la vie économique du pays allait de soi en France. La doctrine nationale consistait à reconnaître qu’elle était légitime dans les industries dites stratégiques, qu’elles soient nucléaires, du secteur de l’énergie ou de la défense, ainsi que dans les grands réseaux de service public comme les transports, la communication ou le système bancaire.

Cette époque est désormais révolue. D’abord, parce que l’Etat n’a pas toujours brillé par ses compétences managériales, en laissant souvent filer les coûts de fonctionnement de ses entreprises ou en commettant des erreurs tactiques de gouvernance. Ensuite, parce que l’ouverture à la concurrence engendrée par la globalisation de l’économie a parfois obligé l’Etat, de plus en plus endetté, à passer la main faute de pouvoir moderniser lui-même son patrimoine industriel.

Personnellement, je pense qu’il convient d’être pragmatique en la matière et qu’il est préférable d’agir au cas par cas, sans à priori idéologique. Lorsqu’une entreprise connaît des difficultés, il ne me paraît pas inopportun que l’Etat puisse intervenir temporairement pour la sauver. C’est ainsi que Barack Obama avait pu en son temps voler au secours de General Motors ou que François Hollande avait décidé en 2013 d’aider le constructeur automobile PSA à sortir de la crise.

En arrivant à l’Elysée, Emmanuel Macron avait affirmé que l’Etat, hors secteurs stratégiques, n’avait pas vocation à conserver tous ses actifs en évoquant, pour l’exemple, un possible désengagement d’Orange, ex France Télécom. Il avait également souligné son souhait que l’Etat ait une « vision dynamique » de ses actifs comme celle de céder certains de ses titres à hauteur de dix milliards d’euros pour doter un fonds d’investissement dédié à l’innovation.

Dans ce contexte, qu’en est-il du destin d’Air France-KLM ? J’entends dire, y compris par son ancien PDG, M. Jean-Marc Janaillac, que le groupe se porterait mieux sans l’Etat, toujours actionnaire à hauteur de 14% du capital. Le groupe AccorHotel serait d’ailleurs sur les rangs pour lui racheter ses parts.

Je me fais fort de suivre de près l’évolution de ce dossier qui ne doit pas, je le dis clairement, être traité à la légère. J’observe que nombre de compagnies aériennes nationales ont disparu et n’ont jamais été remplacées par des prestataires à la hauteur des attentes de leur clientèle. Je redoute fort qu’un désengagement de l’Etat n’entraîne inévitablement  une dégradation de l’offre proposée aujourd’hui sous pavillon national. Ce qui ne serait pas acceptable.

 Jean-Pierre Bansard
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