Chères élues, chers élus,

L’année 2017 aura vu les monnaies virtuelles, appelées aussi cryptomonnaies, passer sous les feux de l’actualité et, parmi elles le bitcoin, dont les cours ont récemment atteint des sommets avant de revenir à des niveaux plus raisonnables.

Certes, l’engouement est aujourd’hui un peu retombé et ces instruments financiers sont désormais plutôt pointées du doigt comme  présentant de grands risques spéculatifs. Le nombre hebdomadaire de recherches sur le mot « bitcoin » dans Google, qui a été divisé par plus de cinq depuis le début de l’année 2018, est le meilleur signe de cet essoufflement. Dans le même sens, les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter ont annoncé interdire toutes publicités pour des levées de fonds effectuées en cryptomonnaie.

Un consensus semble cependant se dessiner afin d’accueillir beaucoup plus favorablement les monnaies virtuelles émises par des entreprises ou des projets d’entreprises. Elles se sont même multipliées mondialement et émergent peu à peu des petites communautés d’initiés. Elles consistent, pour un entrepreneur, à émettre des “jetons” ou “tokens” numériques, reposant comme le bitcoin sur la technologie « blockchain » c’est-à-dire sur une chaîne de « blocs » à voir comme des registres d’échanges décentralisés et infalsifiables. Ces jetons sont ainsi vendus contre la promesse d’accès à un service futur conçu par l’entrepreneur et pourront ensuite être revendus ou rachetés au sein d’une communauté d’utilisateurs, qui en auront besoin pour accéder au service promis.

En France, ce marché se structure et se professionnalise à grande vitesse sous l’impulsion des pouvoirs publics. L’Autorité des marchés financiers (AMF) s’est d’ailleurs saisie du sujet et s’apprête à lui donner un cadre légal. Je ne peux qu’approuver cette initiative car, comme expliquait récemment avec raison le Ministre de l’Economie Bruno Le Maire, « La France a tout intérêt à devenir le premier grand centre financier à proposer un cadre législatif ad hoc ».

Un label attribué à des opérations selon des critères prédéfinis – information pertinente, procédure transparente, souscriptions sous séquestre jusqu’à la fin de l’opération – devrait créer un précédent au niveau mondial. Il faut s’en féliciter car il y a urgence à légiférer. Dans le monde, après les 3,8 milliards de dollars recueillis l’an passé au travers de près de 900 levées de fonds par émission de crypto actifs, le compteur de l’année 2018 s’affole, avec déjà plus de trois milliards de dollars levés en quatre mois au travers de 540 opérations. En France, le phénomène est certes plus modeste, mais l’essor est bien réel.

Il me paraît donc judicieux que notre pays s’intéresse au sujet et montre la voie.

 

Jean-Pierre Bansard