De nouveaux « sacrifices » sont demandés aux italiens

Toute la péninsule italienne en quarantaine

Alors que les régions de Lombardie, d’Émilie-Romagne, du Piémont et de Vénétie avaient été mises en quarantaine, le président du Conseil a décidé ce lundi 9 mars, d’étendre les mesures de confinement à l’ensemble du pays. Hier soir mercredi 11 mars à 22h, le gouvernement italien a annoncé un durcissement de ces dispositions, drastiques, qui laissent espérer une limitation de la propagation du virus avec des résultats attendus d’ici 14 jours. Nous nous sommes entretenus avec Annie Rea résidente à Milan, sur la situation particulièrement inédite que les Italiens sont en train de vivre.

Quelle est la situation actuelle en Italie ?

“io resto a casa” : Lundi soir, le président du Conseil des Ministres, Giuseppe Conte, lançait un appel à la responsabilité individuelle en invitant tous les Italiens à adopter ce comportement « restons à la maison ».

Les Italiens qui, après avoir relâché l’observation des mesures de prévention durant la semaine qui avait précédé, sont, depuis lundi, contraints de devoir obtempérer aux dispositions sanitaires.

Depuis hier soir, de nouveaux sacrifices sont demandés aux Italiens :

Mercredi soir, le président du Conseil des Ministres a appelé tous les Italiens à faire de nouveaux sacrifices. En plus des règles sanitaires strictes déjà imposées et des mesures restrictives importantes concernant les bars, restaurants, les musées, les lieux de culte, les cinémas, les activités sportives et récréatives, les commerces (sauf alimentaires et pharmacies), les bars, les restaurants, les pubs, les salons de coiffure, d’esthétique, seront désormais totalement fermés. Restent en activité les transports publics et privés, les bureaux de tabac et journaux, pressing, distributeur d’essence, les plombiers, les mécaniciens, à savoir tout ce qui est essentiel. S’agissant des déplacements, il est plus que jamais, fortement recommandé d’éviter de se déplacer (y compris à pieds) sauf pour des motifs professionnels justifiables, des raisons sanitaires ou des motifs de première nécessité. Il faut se munir du document prévu à cet effet justifiant du motif du déplacement (y compris pour les déplacements à pieds). Des contrôles par les forces de l’ordre sont effectués de manière hétérogène selon les endroits.

Une vie sociale à rude épreuve :

Nous vivons des changements de mode de vie radicaux, que l’on peut qualifier de vrais sacrifices : ne pas rendre visite aux grands-parents, car ce sont les plus fragiles et les plus exposés, maintenir les enfants confinés à la maison, conjuguer garde des enfants et travail à distance, éviter de se retrouver entre amis chez les uns ou les autres, attente devant les supermarchés alimentaires car entrées graduelles dans les grandes surfaces, priorisation des hospitalisations en raison de la surcharge des hôpitaux. Une situation inédite qu’aucun de nous n’aurait jamais imaginée !

Quelles sont les conséquences directes de cette mise en quarantaine du pays ?

Il y aura un avant et un après cette quarantaine. Des conséquences économiques immédiates sont déjà constatées : rudes pertes d’exploitation pour de nombreux restaurants, hôtels, bars, commerces…, sans compter les secteurs du tourisme, du voyage, touchés au premier plan. De nombreux dépôts de bilan sont à prévoir dans les prochaines semaines. A moyen terme, des conséquences économiques d’autant plus lourdes pour de nombreux autres secteurs d’activité sont à envisager. Le grand gagnant de cette crise est le commerce online avec les services de livraison à domicile.

Quel est le sentiment qui prédomine chez les italiens aujourd’hui ?

Pas de sentiment de panique, mais une puissante inquiétude mêlée chez certains à de la peur.

Il aura fallu des mesures drastiques pour obtenir une prise de conscience de l’extrême gravité de la situation et inciter à une stricte obéissance et observation des règles imposées. Résignés, les Italiens ont fait le choix de rester « a casa ».

Près de 42 000 ressortissants français vivent en Italie (enregistrés dans les consulats), sont-ils concernés par ces mesures ?

Oui, bien sûr au même titre que tous les Italiens. A notre connaissance, il n’y a pas de ressortissant français qui ait déclaré aux autorités françaises être atteint par le coronavirus. Si vous me demandez l’estimation du nombre de ressortissants français ayant rejoint leurs familles en France pour se mettre à l’abri d’une éventuelle contagion, je vous répondrai qu’il y en a très certainement un bon nombre, mais difficile de faire des estimations. Cependant, je connais aussi beaucoup de Français résidant à Milan ayant également un pied à terre en France, qui ont fait le choix de rester à Milan en cette période, par solidarité.

L’Italie enregistre depuis le début de l’épidémie 12 462 cas positifs dont 1 045 guérisons et 827 décès en date du 11 mars. Comment se fait-il que l’Italie soit le pays européen le plus touché par l’épidémie ?

Une question à laquelle il est impossible de répondre. Il faut tout de même signaler que l’Italie a fait un nombre considérable de tests jusqu’à ce jour, 73 154 tests. Par ailleurs, on peut avancer une hypothèse sur le fait qu’il semblerait que le virus atteigne majoritairement les personnes âgées. Rappelons que l’Italie est le pays le plus vieux d’Europe, les plus de 65 ans représentent environ 23% de l’ensemble de la population italienne, contre près de 18% en France.

Comment selon vous l’Italie se sortira de cette situation ?

Alors que les médias du monde entier ne parlent que de nous, l’Italie tient le cap et la tête haute.

Une fois de plus, les Italiens confirment leur capacité à donner le meilleur d’eux-mêmes lors des moments difficiles. Les établissements hospitaliers, le corps médical et sanitaire, sont en train d’accomplir de vrais miracles. “Ce la faremo”, traduisez « nous y arriverons » est la conviction profonde qui habite chaque italien. Nous pouvons être fiers de l’Italie et des Italiens !

L’équipe de l’ASFE