La semaine dernière, des fusillades dans deux bars à chicha ont fait dix morts près de Francfort, faisant craindre aux autorités allemandes l’émergence d’un « terrorisme d’extrême-droite ». Ces dernières années, le racisme s’intensifie en Allemagne. Les violences meurtrières commises par des personnes ou des groupes d’extrême-droite se sont multipliées. Un racisme qualifié de « poison » par la chancelière allemande Angela Merkel.

L’ASFE s’est donc rapprochée de Martine Schoeppner, conseillère consulaire de Munich, vice-présidente de l’AFE, afin d’en savoir plus sur cette question.

Quelle est la situation actuelle en Allemagne depuis les fusillades ?

Je souhaiterais tout d’abord faire quelques remarques. Plus que de terrorisme on parle ici de racisme et de radicalisme. On peut également faire une différence entre radicalisme et extrémisme.

Concernant les fusillades de Hanau, il semblerait que le meurtrier ait agi seul. Il avait déposé une plainte contre les agissements de soi-disant services secrets étrangers. Il était dans la théorie du complot, et profondément raciste. Dans son manifeste qui a été retrouvé, il ne fait aucune allusion à aucun parti mais à des « expériences personnelles ».

Certes, cela ne signifie pas non plus qu’il n’ait pas été, dans son délire, influencé par certains discours. Mais on ne peut pas l’affirmer.

Comment peut-on expliquer cette montée du radicalisme et de la violence, particulièrement du côté de l’extrême droite en Allemagne ?

Ces dernières années, le radicalisme a effectivement augmenté et les autorités comptent environ 26 000 personnes considérées comme radicalisées à droite. Celles d’extrême droite sont principalement actives au sein du « NPD (Nationademocratische Partei Deutschlands) », «  Die Rechte » et le « III Weg ».

Leur nombre a beaucoup augmenté depuis 2014. La situation est très complexe et ce sont surtout les éléments les plus violents qui augmentent. L’extrême droite est également beaucoup plus présente dans les anciens Länders de l’Est, tout comme l’extrême gauche d’ailleurs. Ce sont dans ces régions que les scores de l’AfD ou de « Die Linke » sont les plus élevés lors des élections.

Les causes sont multiples et très complexes. Une étude récente fait état – pour de nombreux citoyens de l’ex DDR – de conséquences de relations historiques avec « l’étranger ». Dans ces Länder, en particulier la Saxe, l’extrême droite a toujours été présente (rappelons qu’en 2004 le NPD y a obtenu 9,4% aux élections régionales).

L’impression de « laissé pour compte » joue également un rôle, tout comme le fait de considérer le migrant comme un privilégié. Ce dernier élément peut se retrouver dans les populations de l’ouest, auquel s’ajoute un fort sentiment antimusulman.

Le sentiment de « trop d’étrangers » était, selon un sondage, de 18% à l’ouest et de 57% à l’est. Alors que proportionnellement le taux d’étrangers y est beaucoup plus bas.

Les actes racistes s’exercent contre les foyers de migrants mais aussi les musulmans, juifs, Tsiganes… et nombreuses autres minorités.

Quel est le sentiment qui prédomine chez nos voisins germaniques ?

Bien entendu, c’est la stupeur, puis la compassion, qui ont suivi cette attaque tout comme l’incompréhension. Dans leur grande majorité les Allemands restent pragmatiques et ont confiance en l’Etat pour les protéger et résoudre les problèmes de ce type. Mais chacun a une responsabilité individuelle dans son comportement.

Après Hanau la discussion porte surtout sur la législation concernant les armes pourtant déjà très stricte ici. Il n’y a pas de sentiment anti migrant dominant car la grande majorité d’entre eux s’intègre. Il y a toujours beaucoup d’engagement dans les associations pour leur intégration. La violence est condamnée d’où qu’elle vienne.

Pensez-vous que la montée des violences dues à la radicalisation en Allemagne aura des répercussions sur la scène politique germanique ?

Je ne pense pas car ils sont très rationnels et pragmatiques. Le système électoral contribue aussi à empêcher certaines dérives. Certes l’AfD – qui au début était surtout un parti anti européen -surfe depuis 2016 sur le sentiment anti migrants, favorisant dans une partie de la population un racisme latent. Les extrémistes de droite se retrouvent plus au sein du NPD et groupuscules associés. Cette fois l’AfD a réagi à sa mise en cause. Ses dirigeants condamnent cette tuerie et se disent opposés « à toute forme d’extrémisme car c’est agir contre l’Allemagne et contre l’AfD » mais surtout veulent se poser la question de savoir « pourquoi on les rend responsables ? ».  

Quelles sont les solutions proposées par les partis politiques allemands afin de lutter efficacement contre ce racisme prégnant en Allemagne ?

Pas de mesures exceptionnelles. La police et les services compétents font leur travail. Il existe un Plan d’action du gouvernement contre les racismes, de toutes origines. Un certain nombre de peines vont être intégrées ou augmentées dans l’arsenal juridique. Une obligation de signalisation de contenus haineux, dans les réseaux sociaux doit voir le jour. Enfin le droit d’enregistrement (registre domiciliaire) va être modifié pour mieux protéger les personnes susceptibles d’être ciblées.

La main est laissée aux actions locales, de groupes de réflexion citoyens, religieux etc. Les Allemands ont toujours fait confiance en matière sociale particulièrement à l’échange, à la discussion, à l’éducation pour régler ou au moins améliorer une situation. C’est le cas encore.

Quid des Français résidants en Allemagne ? Sont-ils, eux aussi, victimes de violences xénophobes ?

Je n’ai personnellement connaissance d’aucun problème particulier. La meilleure preuve est d’ailleurs que plus de la moitié d’entre eux, n’ayant que la nationalité française ne s’inscrivent plus au consulat. Les postes n’ont pas eux non plus à souffrir d’attaque, de détérioration quelconque.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Il est difficile de faire une analyse sans expliquer ce qu’est vraiment la société allemande et sa façon de fonctionner, bien loin de tout ce qu’on peut lire dans la presse française.

Certaines réactions peuvent alors être mal comprises. La solidarité et les manifestations de soutien furent sincères et importantes au soir du drame mais la vie ne s’arrête pas pour autant. Ce serait d’ailleurs donner trop d’importance aux auteurs de ces violences sans pour cela aider les victimes. Discussions et réflexions OUI, climat de peur et de défiance NON.