Fondateur et Directeur général de Hit Radio – première radio musicale à destination de la jeunesse marocaine – Younes Boumehdi oeuvre pour la promotion de la culture à destination de la jeunesse africaine. L’ASFE revient sur son parcours et son engagement.
Vous êtes directeur général et fondateur de Hit Radio, la première radio musicale destinée à la jeunesse marocaine. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et des raisons qui vous ont poussé à lancer ce projet ?
J’ai grandi dans les années 90 à Rabat, à une époque où il n’existait que des radios publiques au Maroc, avec une offre musicale limitée et peu adaptée aux jeunes.
Lors de mes études en France, j’ai découvert l’univers des radios libres, un véritable espace de liberté, d’expression et de diversité musicale. Cela m’a convaincu de tenter l’aventure au Maroc. Dès 1993, j’ai entrepris les démarches pour obtenir une licence et lancer Hit Radio, mais il a fallu attendre plus de 13 ans avant que ce projet ne voie le jour.
L’objectif était clair : créer une radio par et pour la jeunesse, qui diffuse de la musique moderne, soutienne les artistes émergents et soit un espace de dialogue et de liberté dans un Maroc en pleine transformation.
Votre radio a obtenu une licence en 2006, soit plus de dix ans après le dépôt de votre demande. Quelles ont été les principales difficultés rencontrées lors du lancement de Hit Radio ?
Le principal obstacle était le monopole de l’État sur l’audiovisuel, qui ne permettait pas à des radios privées d’émerger. J’ai dû attendre les réformes engagées par Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans les années 2000 pour que la libéralisation du secteur soit enfin une réalité.
Au-delà des aspects réglementaires, il y avait aussi le défi de convaincre des banques de financer l’investissement et des annonceurs, dans un marché publicitaire encore peu structuré. La jeunesse avait soif d’un média qui lui ressemble, et c’est cet engouement qui a permis à Hit Radio de s’imposer.

Comment Hit Radio a-t-elle réussi à s’imposer parmi les premières radios privées marocaines ?
Nous avons misé sur trois éléments clés :
- Un format novateur au Maroc : Une radio 100 % musicale, axée sur la pop, l’urban et le hip-hop, à une époque où ces genres étaient peu présents sur les ondes marocaines.
- Un ton libre et interactif : Nous avons massivement donné la parole aux jeunes, avec des émissions participatives, du direct et un engagement fort sur les sujets qui les concernent.
- Un soutien aux talents locaux : Beaucoup d’artistes, devenus célèbres aujourd’hui, ont été découverts sur Hit Radio. Nous avons joué un rôle certain dans la promotion de la scène musicale marocaine et africaine.
Qu’est-ce qui a motivé l’expansion de Hit Radio dans plusieurs pays africains depuis 2012 ?
L’Afrique est un continent jeune, dynamique, en pleine transformation, avec une grande appétence pour la musique et les nouveaux médias. J’ai toujours cru que la jeunesse marocaine et africaine partageait les mêmes aspirations, les mêmes rêves et les mêmes défis.
Notre expansion s’est faite naturellement, d’abord dans des pays où la demande était forte, puis au gré des opportunités et des synergies locales. Aujourd’hui, Hit Radio est présente dans une dizaine de pays africains où elle a réussi à s’imposer dans le top 3 des audiences.
Comment adaptez-vous le contenu diffusé aux spécificités locales ?
Nous avons fait le choix de respecter les identités culturelles de chaque pays, tout en conservant l’ADN de Hit Radio. Cela passe par :
- Des playlists adaptées aux goûts musicaux locaux, tout en maintenant une ligne internationale.
- L’utilisation de langues locales, mixées au français pour être plus proche des auditeurs.
- Des collaborations avec des artistes locaux, pour mieux représenter la jeunesse de chaque pays où nous sommes implantés.
Quels sont vos projets futurs pour renforcer la présence de Hit Radio sur le continent africain ?
Nous travaillons sur plusieurs axes de développement :
- Renforcer notre présence digitale, avec toujours plus de contenus adaptés.
- Étendre notre couverture FM dans de nouveaux pays africains.
- Lancer un bouquet TV thématique qui proposera plusieurs chaînes spécialisées (musique, documentaires, jeunesse, culture…) multilingues.
L’objectif est de continuer à être un média convergent qui accompagne et représente la jeunesse africaine, en s’adaptant aux nouvelles habitudes de consommation des médias.
Vous avez créé la Fondation Génération Libre, une association marocaine à but non lucratif visant à promouvoir la culture et la citoyenneté auprès des jeunes Marocains. Quelle est votre vision pour le développement culturel du Maroc et le rôle que peuvent jouer les médias dans ce processus ?
La culture, et la liberté qui lui est attachée, est un levier essentiel pour le développement économique et social d’un pays. À travers la Fondation HIBA, que j’ai l’honneur de présider, et la Fondation Génération Libre, nous soutenons la création artistique, l’accès à la culture et l’émergence de talents marocains.
Les médias ont un rôle clé à jouer : ils doivent être des plateformes de découverte, de débat et d’échange, pour faire rayonner la culture continentale à l’international et accompagner les mutations de notre société.
En février, vous avez été élu président de l’Association des radios et télévisions indépendantes (ARTI). Quelles sont vos priorités pour soutenir les médias indépendants au Maroc ?
La radio reste un média extrêmement puissant au Maroc, avec plus des 2/3 de la population qui l’écoute quotidiennement. Elle résiste très bien à la concurrence du numérique, car elle demeure un média de proximité, accessible à tous et ancré dans les habitudes de consommation.
La télévision est en première ligne face à la concurrence accrue du digital et du satellite. La prolifération de chaînes étrangères capte une part de l’audience et ponctionne le marché publicitaire sans retour pour l’écosystème local : ni en termes de création d’emplois, ni en matière de production de contenus. Le pôle public résiste vaillamment, mais il est urgent que des télévisions privées puissent émerger et permettre de recouvrer une plus grande souveraineté médiatique.
Dans ce contexte, les priorités de l’ARTI sont :
- Défendre un cadre plus équitable pour les médias indépendants, en particulier pour l’accès aux financements et à la publicité.
- Favoriser l’émergence de télévisions privées marocaines, capables d’enrichir l’offre audiovisuelle nationale et de proposer des contenus en phase avec les attentes du public.
- Encourager l’innovation dans le secteur des médias, notamment à travers le digital, pour rester compétitifs face aux plateformes internationales.
L’avenir des médias marocains passe par un équilibre entre service public fort et secteur privé dynamique, afin de garantir un paysage audiovisuel diversifié, compétitif et ancré dans les réalités du pays.
Quels défis les radios indépendantes marocaines rencontrent-elles actuellement, et comment l’ARTI compte-t-elle les adresser ?
Les défis sont nombreux !
- La concurrence du digital et des GAFAM : Les grandes plateformes numériques siphonnent une part considérable du marché publicitaire, sans contribution fiscale équitable et sans aucun retour pour l’économie et la création locale.
- L’explosion des fake news : La multiplication des contenus non régulés, notamment sur les réseaux sociaux, contribue à une prolifération des fausses informations, qui fragilise la confiance du public envers les médias traditionnels.
- Une régulation parfois rigide, qui peut freiner l’innovation.
L’ARTI travaille à une meilleure reconnaissance du rôle des médias indépendants, et milite pour des réformes qui garantissent plus d’équité et de liberté dans le secteur.
Quel conseil donneriez-vous à des personnes souhaitant se lancer dans des projets culturels à l’étranger ?
Trois conseils de bon sens alors :
- Avoir une vision claire et persévérer.
- Bien comprendre le contexte local et s’adapter.
- Créer des synergies.
L’audace, la passion et la persévérance sont les clés pour faire aboutir un projet culturel à impact !
